| Chez
une patiente, primigeste, se plaignant d'une sensation de proctalgies
et d'incontinence anale (aux selles molles, en tous cas), j'ai pratiqué
une césarienne pour protéger son périnée
(césarienne programmée avant le travail).
Ces troubles très mal tolérés, étaient apparus
au décours d'une intervention sur des hémorroïdes.
Le gastro-entérologue consulté (un autre que l'opérateur
initial)
recommandait "d'éviter un travail trop prolongé pouvant
entraîner une souffrance du périnée et un retentissement
sur le sphincter anal supplémentaire qui risquerait de faire
apparaître des troubles de la continence beaucoup plus gênants".
J'ai donc pratiqué cette césarienne avec l'accord total
de la patiente, sans aucune complication (enfant en parfaite santé,aucune
complication maternelle, etc..).
Depuis, cette patiente a mis en cause le gastro-entérologue qui
l'avait opérée des hémorroïdes, et celui-ci
et son avocat contestent l'indication de la césarienne qu'ils
vont bientôt présenter comme abusive, précisant
qu'aucun spécialiste sollicité pour ce cas ne m'avait
conseillé la césarienne .. (J'avais signé un certificat
indiquant que la césarienne avait été pratiquée
pour protection périnéale en raison d'incontinence anale
apparue au décours d'une intervention proctologique).
Qu'en pensez-vous ? quels arguments faire valoir ? Dr M... (56)
Réponse
du Professeur Fabrice PIERRE
J'ai pris connaissance du cas que vous soumettez, qui en résumé
pose le problème d'une césarienne dont la justification
est (ou pourrait être) rétrospectivement mise en cause.
Il me semble que cette affaire est extrêmement complexe et avant
d'aborder le problème purement obstétrical, je crois que
le principal problème est que vous ayez signé «
un certificat indiquant que la césarienne avait été
pratiquée pour protection périnéale en raison d'incontinence
anale apparue au décours d'une intervention proctologique »,
ce certificat étant à l'évidence l'ouverture de
récriminations possibles pour cette patiente. Il n' est donc
pas très étonnant qu'il puisse y avoir un « effet
boomerang » surtout à l'issue de ce type de certification
dont l'utilité, sur le plan purement médical et de l'indication
de sa césarienne, n'est pas très évidente. Il me
semble que c'est donc là probablement l'inducteur des suites
possibles en responsabilité médicale.
Pour ce qui est des recommandations que faisait le gastro-entérologue,
elles n'incitaient pas très clairement à effectuer une
césarienne, et je ne rentrerai pas dans ce débat, si ce
n'est pour souligner que vous avez signalé qu'aucun spécialiste
sollicité pour ce cas ne vous avait conseillé la césarienne.
Cela laisse préjuger de certaines difficultés en terme
d'expertise pour trouver une justification médicale à
cette césarienne, et tout le débat au cas où une
recherche en indemnisation (par voie judiciaire ou non) suivait, afin
de savoir quelle perception les experts auront de la césarienne
:
• s'agissait-il d'une césarienne que vous avez basée
sur une indication, médicale, et là, ce sera une démonstration
difficile ?
• ou y a t'il eu une grande part de demande de la patiente que
vous n'avez ,pas réussi à convaincre de ne pas faire une
césarienne, mais là il faudra encore démontrer
que vous l'avez bien informée, de la façon la plus adaptée,
des risques des deux options (voie basse ou césarienne). Si la
notion de demande forte de la patiente ressort, pour ne pas dire domine
la "supposée" indication médicale, il restera
à savoir quelle va être la perception de la "césarienne
sur demande" par les experts nommés.
Tout va donc reposer sur le poids qu'a pris la demande de la patiente
et donc de l'information initiale qu'elle avait reçue sur les
alternatives.
Dans un premier temps et dans la limite des données dont je dispose,
je ne vois pas bien d'autres commentaires.
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