Mise en cause de la justification et de l'indication de césarienne
Mai 2005

Chez une patiente, primigeste, se plaignant d'une sensation de proctalgies et d'incontinence anale (aux selles molles, en tous cas), j'ai pratiqué une césarienne pour protéger son périnée (césarienne programmée avant le travail).
Ces troubles très mal tolérés, étaient apparus au décours d'une intervention sur des hémorroïdes. Le gastro-entérologue consulté (un autre que l'opérateur initial)
recommandait "d'éviter un travail trop prolongé pouvant entraîner une souffrance du périnée et un retentissement sur le sphincter anal supplémentaire qui risquerait de faire apparaître des troubles de la continence beaucoup plus gênants".
J'ai donc pratiqué cette césarienne avec l'accord total de la patiente, sans aucune complication (enfant en parfaite santé,aucune complication maternelle, etc..).
Depuis, cette patiente a mis en cause le gastro-entérologue qui l'avait opérée des hémorroïdes, et celui-ci et son avocat contestent l'indication de la césarienne qu'ils vont bientôt présenter comme abusive, précisant qu'aucun spécialiste sollicité pour ce cas ne m'avait conseillé la césarienne .. (J'avais signé un certificat indiquant que la césarienne avait été pratiquée pour protection périnéale en raison d'incontinence anale apparue au décours d'une intervention proctologique).
Qu'en pensez-vous ? quels arguments faire valoir ? Dr M... (56)

Réponse du Professeur Fabrice PIERRE
J'ai pris connaissance du cas que vous soumettez, qui en résumé pose le problème d'une césarienne dont la justification est (ou pourrait être) rétrospectivement mise en cause.
Il me semble que cette affaire est extrêmement complexe et avant d'aborder le problème purement obstétrical, je crois que le principal problème est que vous ayez signé « un certificat indiquant que la césarienne avait été pratiquée pour protection périnéale en raison d'incontinence anale apparue au décours d'une intervention proctologique », ce certificat étant à l'évidence l'ouverture de récriminations possibles pour cette patiente. Il n' est donc pas très étonnant qu'il puisse y avoir un « effet boomerang » surtout à l'issue de ce type de certification dont l'utilité, sur le plan purement médical et de l'indication de sa césarienne, n'est pas très évidente. Il me semble que c'est donc là probablement l'inducteur des suites possibles en responsabilité médicale.
Pour ce qui est des recommandations que faisait le gastro-entérologue, elles n'incitaient pas très clairement à effectuer une césarienne, et je ne rentrerai pas dans ce débat, si ce n'est pour souligner que vous avez signalé qu'aucun spécialiste sollicité pour ce cas ne vous avait conseillé la césarienne. Cela laisse préjuger de certaines difficultés en terme d'expertise pour trouver une justification médicale à cette césarienne, et tout le débat au cas où une recherche en indemnisation (par voie judiciaire ou non) suivait, afin de savoir quelle perception les experts auront de la césarienne :
• s'agissait-il d'une césarienne que vous avez basée sur une indication, médicale, et là, ce sera une démonstration difficile ?
• ou y a t'il eu une grande part de demande de la patiente que vous n'avez ,pas réussi à convaincre de ne pas faire une césarienne, mais là il faudra encore démontrer que vous l'avez bien informée, de la façon la plus adaptée, des risques des deux options (voie basse ou césarienne). Si la notion de demande forte de la patiente ressort, pour ne pas dire domine la "supposée" indication médicale, il restera à savoir quelle va être la perception de la "césarienne sur demande" par les experts nommés.
Tout va donc reposer sur le poids qu'a pris la demande de la patiente et donc de l'information initiale qu'elle avait reçue sur les alternatives.
Dans un premier temps et dans la limite des données dont je dispose, je ne vois pas bien d'autres commentaires.

Professeur Fabrice PIERRE
Poitiers

MC : PIERRE - Césarienne