Maternité dans le secret
Protocole de la Fédération de Gynécologie-Obstétrique
Hôpital Paule de Viguier - Toulouse - 2000
Introduction

La loi n° 93-22 du 8 Janvier 1993 précise que "lors de l'accouchement une mère peut demander que le secret de son admission et de son identité soit préservé". Cette loi, destinée aux femmes en détresse, nous engage à des devoirs et des obligations.

Les devoirs

Ils consistent à informer et soutenir des mères en détresse ainsi qu'à respecter les droits que la loi leur confère.

Plusieurs points importants sont à rappeler ici :
La patiente doit être informée que le secret de sa maternité ne signifie pas, automatiquement, abandon de sa filiation. La mère peut, en effet, demander le secret de son admission et reconnaître son enfant.
A l'inverse, qu'un enfant peut faire l'objet d'une procédure d'adoption à la naissance sans que la mère accouche dans le secret +++.

Les obligations

Ces obligations principales sont les suivantes :
• Assurer l'anonymat des dossiers administratifs et médicaux
Etablir un procès verbal de l'abandon de l'enfant et, éventuellement, de rétractation. Le devenir de l'enfant est confié soit au Service d'Aide à l'Enfance de la DSD (Direction de la Solidarité Départementale) ou à une oeuvre privée agréée si la mère l'a demandé.

Protocole concernant la mère

Tout le suivi de la grossesse se fait dans le secret

Dès la première consultation dans le Service, la patiente exprime le souhait d'accoucher dans le secret :
Elle sera enregistrée sous 2 prénoms choisis sur une liste, le premier servant de prénom, le second de nom de famille. Tous les examens biologiques, y compris le groupage, seront effectués sous ces deux prénoms.
Dès que cet enregistrement est fait, elle sera mise en rapport avec l'assistante sociale du Service qui l'informera des différentes aides dont elle dispose et de la possibilité de rétractation dans un délai de 2 mois suivant l'accouchement.
Elle notera son état civil complet, dans un pli confidentiel, qui sera déposé dans le coffre du Directeur de l'hôpital par l'Assistante Sociale.
La patiente pourra, si elle le souhaite, constituer un dossier contenant un certain nombre de renseignements la concernant ainsi que les circonstances l'ayant poussée à abandonner son enfant. Ce document accompagnera le procès verbal d'admission, permettra d'avoir des renseignements sur la mère si elle se rétracte (délai de 2 mois) et pourra être ultérieurement utilisé par les parents adoptifs ou l'enfant à sa majorité.
Lorsqu'elle aura accouché elle pourra, si elle le désire, voir son enfant et lui donner ses prénoms.

La demande d'anonymat se fait secondairement

La patiente a donc un dossier constitué à son nom et demande que sa grossesse soit suivie dans le secret en période prénatale, au moment de l'accouchement ou dans le post-partum :
Son dossier obstétrical doit être rendu totalement anonyme +++
-
La couverture du dossier ne laisse apparaître que les deux prénoms et le groupe sanguin. Ne doivent y figurer ni la date de naissance, ni l'adresse, ni le nom du médecin traitant.
-
Le dossier du suivi obstétrical est rendu anonyme en effaçant le nom de la première page.
-
Tous les résultats de ses examens biologiques sont également rendus anonymes à l'exception du groupage +++ qui sera refait sous ses deux prénoms. L'original de ce groupage sera remis à la mère +++. Pour le CTS, il s'agira d'une nouvelle patiente (le premier prénom servant de prénom, le deuxième prénom de nom) et il n'est pas nécessaire de signaler qu'il s'agit d'un accouchement dans le secret.

• Le reste du dossier (autres grossesses, dossier gynécologique, etc...) sera rendu aux archives et pourra servir, après la grossesse, si la patiente revient consulter dans le Service sous son vrai nom. En aucun cas +++ le dossier anonyme ne devra être placé dans son dossier antérieur +++.

• Le dossier anonyme sera enregistré, par les archives, sous un nouveau numéro et devra être conservé 4 ans (en fonction des dispositions de la loi).

En cas de fugue

• Si la mère quitte seule le Service sans prévenir, il n'existe aucun recours. Prévenir simplement l'administrateur de garde et le Chef de Service d'astreinte

• Si la mère quitte le Service avec son enfant, prévenir le Directeur de l'hôpital ou l'administrateur de garde qui préviendra la brigade des mineurs

Protocole concernant l'enfant

• Dès que l'enfant est né, il sera hospitalisé dans le Service de Néonatologie de la Grave. Cette hospitalisation permettra une exploration complète du nouveau-né, indispensable avant toute adoption.

• La déclaration de naissance sera retardée au maximum (3 jours) pour éviter, si la mère se rétracte, une trace sur le registre d'Etat Civil.

• La mère pourra voir l'enfant autant de fois qu'elle le désire pendant son séjour hospitalier. Dans ce cas, elle ne pourra jamais rester seule avec son enfant +++

• L'officialisation du consentement à l'adoption nécessite que l'assistante sociale prévienne par téléphone le service agréé, puis adresse le Procès Verbal déjà constitué

• Un dossier médical différent de celui de la mère sera constitué pour l'enfant par le pédiatre. En aucun cas, ce dossier ne doit être placé dans le dossier anonyme de la mère +++.

• L'enfant sera ensuite transféré à la pouponnière du CDEF (Centre Départemental de l'Enfance et de la Famille) ou à l'oeuvre privée choisie par la mère.

La consultation post-natale
Elle sera prévue le 2ème mois suivant l'accouchement comme pour toute patiente. Le rendez-vous sera pris sous les noms d'anonymats et c'est le dossier ayant servi pour l'accouchement qui sera utilisé pour cette consultation. Ensuite ce dossier ne resservira plus et sera conservé 4 ans, comme cité plus haut. Les médicaments prescrits à la sortie d'hospitalisation seront délivrés par la pharmacie de l'hôpital et facturés, sous le nom d'anonymat de la patiente, au Service d'Aide Sociale à l'Enfance ou à l'oeuvre choisi par la mère.
Détails pratiques et recommandations

Il est nécessaire que la patiente, qui souhaite accoucher dans le secret, soit mise en relation avec le psychiatre du service. En effet, il s'agit d'une mère en situation de détresse qu'il faudra soutenir.

La date de naissance n'étant pas précisée, pour une patiente accouchant dans le secret, la loi autorise l'équipe soignante à pratiquer l'ensemble des gestes médicaux nécessaires sans se préoccuper du fait qu'il s'agisse ou non d'une personne mineure +++.
Deux listes de prénoms seront déposées, la première à la consultation d'obstétrique (à la disposition du personnel enregistrant une patiente en consultation : assistante sociale ou sage-femme), la deuxième au bloc obstétrical (pour les patientes non suivies et/ou annonçant leur désir d'accoucher dans le secret en accouchant). Ces listes, différentes, permettent d'éviter d'attribuer les mêmes noms aux patientes. Sur les étiquettes d'hospitalisation, les deux lettres MS précéderont le nom d'anonymat. La date de naissance sera notée 01/01 pour le jour et le mois et, pour l'année, - 20 ans par rapport à l'année d'enregistrement (par exemple, pour l'année 1996 -> 1976).

Une patiente accouchant dans le secret peut recevoir des visites et des appels téléphoniques lors de son hospitalisation. Il faut, pour cela, qu'elle contacte ses proches pour leur donner le numéro de sa chambre et celui de son téléphone. Si une personne se présente, dans le Service, il lui sera impossible d'obtenir le moindre renseignement sur la patiente puisque ni l'accueil, ni le bureau des entrées, ni le secteur où elle est hospitalisée ne connaît sa véritable identité.

Il est important de personnaliser, autant que possible, le suivi d'une patiente qui souhaite accoucher dans le secret. Le rôle de l'assistante sociale et du psychiatre est primordial chez ces patientes en situation de détresse. Le fait que cette patiente puisse bénéficier du suivi d'un même obstétricien pendant la grossesse et le post-partum devrait être, également, un soutien important. Il pourra être, en quelque sorte, le "leader de l'équipe ", et guider éventuellement les autres partenaires de soins. Il faut qu'une sympathie puisse s'installer entre la patiente et les membres de l'équipe soignante.


MOTS-CLES : Secret - X - Sous X - Abandon - Adoption - Toulouse