Le contexte
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La
SEP étant une pathologie touchant la femme jeune, ses relations
avec la grossesse suscitent beaucoup d'intérêt pour les médecins
et les malades. Jusque dans les années 50, la maternité
était déconseillée dans la SEP. A partir de cette
date et surtout depuis une dizaine d'années, les conclusions ont
changé. Ces données ont été confirmées
récemment par l'étude européenne PRIMS (1) qui répond
à la majorité des questions sur les relations entre la SEP,
la grossesse et le post-partum. |
Les faits cliniques |
| Poussées
de SEP et grossesse
Dans la
majorité des études scientifiquement acceptables, il existe
une réduction franche de la fréquence des poussées
pendant la période de la grossesse et surtout lors du troisième
trimestre. Dans l'étude PRIMS par exemple, la réduction
de la fréquence des poussées est de 70 % au cours des
3 derniers mois de gestation, par rapport à l'année avant
la grossesse.
Par contre dans le trimestre qui suit l'accouchement, il existe dans
la plupart des études une reprise de la fréquence des
poussées (70 % d'augmentation par rapport à l'année
précédent la grossesse dans l'étude PRIMS) expliquant
la position des anciens auteurs qui préconisaient l'interdiction
de la grossesse dans cette maladie. Ces poussées du post-partum
sont pour certains auteurs plus graves que celles rencontrées
habituellement au cours de la maladie (3). Cette recrudescence d'attaques
neurologiques du post-partum correspond en fait au rattrapage des poussées
qui auraient dû survenir pendant les neuf mois de gestation. En
effet, lorsque l'on étudie l'année de grossesse (les neuf
mois de grossesse plus les trois mois du post-partum), le nombre de
poussées paraît comparable à l'année pré-grossesse.
Il semble que les poussées survenant après l'accouchement
soient plus fréquentes si la patiente a présenté
des poussées juste avant la grossesse ou même pendant celle-ci
(2).
Evolution
du handicap de la SEP et grossesse
L'évolution
du handicap neurologique ne paraît pas influencé par l'existence
ou non de grossesse. Les patientes multipares ne présentent pas
d'évolution plus péjorative que les femmes qui n'ont pas
eu d'enfant. Dans l'étude PRIMS la courbe du handicap dans la
période du post-partum correspond à celle observée
dans une période hors grossesse.
Données
obstétricales
De nombreuses
données sont disponibles dans la littérature sur l'influence
de la SEP sur le déroulement de la grossesse et de l'accouchement.
Celles-ci ont mis en évidence l'absence d'effet délétère
de la SEP sur le degré de fertilité, sur les avortements
spontanés, sur l'incidence de la prématurité ou
sur l'existence de toxémie gravidique. Toutes les études
s'accordent pour dire que le travail et l'accouchement se déroulent
normalement. Il semble que l'on puisse conclure de la même manière
en ce qui concerne l'enfant. Leur périmètre crânien,
leur poids de naissance, le score de mortalité infantile, la
proportion de malformations congénitales ne diffèrent
pas des pourcentages obtenus dans une population générale
normale.
Il existe
relativement peu d'études concernant les conséquences
de l'analgésie péridurale sur la SEP. Lorsque les patientes
porteuses de SEP doivent avoir une césarienne, il n'a pas été
constaté plus de complications avec une anesthésie péridurale
qu'avec une anesthésie générale classique. Les
résultats de l'étude PRIMS semblent affirmer l'absence
de risque de ce procédé confortable pour l'accouchement
chez les patientes porteuses de SEP.
En ce
qui concerne l'allaitement, une étude réalisée
par Poser en 1983 a permis de constater que les patientes atteintes
de SEP allaitaient moins fréquemment (53 %) que lors des grossesses
précédant leur maladie (87 %). Mais cette différence
pouvait en fait refléter l'avis donné par leur neurologue
traitant. Les études plus récentes comme PRIMS indiquent
que l'allaitement ne semble pas altérer l'évolution de
la SEP. Quand il est de longue durée, il pourrait même
être favorable.
Une grossesse
ne peut être débutée qu'en l'absence de traitement
de fond, ceux-ci étant tous, jusqu'à ce jour, considérés
comme contre-indiqués durant cette période. |
Physiopathologie
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Ces
variations d'activité de la SEP en fonction du stade d'évolution
de la grossesse sont le meilleur exemple de l'influence des hormones sexuelles
sur le système nerveux central. Elles ont en premier lieu une action
neurotrophique. Ainsi il a été montré in vitro que
la progestérone semblait capable de réguler d'importantes
fonctions gliales comme la synthèse des protéines de la
myéline et qu'elle avait par ailleurs un véritable rôle
de neurotransmetteur. Les œstrogènes, quant à eux,
semblent favoriser la croissance neuronale dans l'hippocampe, les neurones
du cortex frontal, pariétal et occipital. Parallèlement
à ces propriétés, les hormones sexuelles ont des
propriétés immunomodulatrices bien connues. Ainsi les oestrogènes
à forte dose diminuent l'activité des cellules T, la fonction
NK ainsi que la maturation et la différenciation macrophagique.
Ils diminuent également la production de cytokines pro-inflammatoires
et sont capables de diminuer le nombre de lymphocytes B matures dans la
moelle osseuse par l'intermédiaire d'une réduction de la
production d'IL6 et IL7. A faibles doses ils sont plutôt immuno-stimulant.
La progestérone à forte dose stimule la sécrétion
de cytokines de type TH2 (en particulier l'IL10) et serait capable de
bloquer l'activité NK. |
Stratégies thérapeutiques
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Tout
traitement de fond doit être stoppé avant le début
de la grossesse qu'il soit immunomodulateur et surtout immunosuppresseur.
Si une poussée survient au cours de la grossesse, un traitement
par corticoïdes, sous forme de flash (3 jours de perfusions) est
possible.
La prévention de la recrudescence des poussées de post-partum
comporte deux étapes. D'abord, la grossesse doit être débutée
si possible après une période de faible activité
(absence de poussée dans la dernière année) et un
traitement par immunoglobulines intraveineuses sitôt l'accouchement
peut être prescrit préventivement. Un essai thérapeutique
confirmant l'efficacité de ce traitement est en cours actuellement
en Europe.
La reprise du traitement de fond n'est pas urgente après l'accouchement,
elle surviendra quelques semaines après la fin de la grossesse. |
Conseils aux patients
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•
La grossesse n'est pas « contre-indiquée » dans la
SEP.
•
Les poussées sont rares pendant la grossesse.
•
Dans les 3 premiers mois après l'accouchement, il existe une
recrudescence de la fréquence des poussées, une prévention
par des médicaments paraît réalisable.
•
Le handicap n'est pas influencé par les grossesses.
•
Sur le plan obstétrical, aucun risque particulier n'a été
mis en évidence pour la mère et l'enfant.
•
La péridurale et l'allaitement sont tout à fait possibles.
•
Il est préférable de débuter une grossesse pendant
une période faible d'activité de la SEP (absence de poussée
pendant un an).
•
Tout traitement de fond est contre-indiqué pendant la grossesse,
il sera repris quelques semaines après l'accouchement.
•
Le traitement des poussées par corticoïdes est possible
pendant la grossesse.
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Conclusion
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En pratique,
il ne faut pas décourager une femme porteuse de sclérose
en plaques de débuter une grossesse, celle-ci n'influant pas
globalement l'évolution du handicap neurologique ni le déroulement
de la grossesse. Bien sûr, ces consignes répondent à
des données scientifiques issues de grands groupes de patientes,
il est essentiel pour conseiller au mieux la malade de tenir compte
du contexte individuel (familial, niveau de handicap, professionnel…)
avant de débuter une grossesse.
Monsieur
le Professeur Thibault MOREAU
Service de Neurologie Clinique et Laboratoire d'Exploration du Système
Nerveux
Hôpital Général
3 reu du Faubourg Raines
BP 1519
21033 DIJON CEDEX |
Bibliographie
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- Confavreux
C, Hutchinson M, Hours M, Cortinovis-Tourniaire P, Moreau T,
the pregnancy in multiple sclerosis group, rate of pregnancy-related
relapse in multiple sclerosis. N Engl J Med 1998; 339: 285-291.
- Confavreux
C, Vikusic S, Adeleine P Hours M, Moreau T, Hutchinson M. Pregnancy
and multiple sclerosis (the PRIMS Study): two years results. Neurology
2001; 56 S3: A197.
-
Sadovnick AD, Eisen K, Hashimoto SA et al. Pregnancy and multiple
sclerosis: a prospective study. Arch Neurol 1994; 51: 1120-4.
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