Infection à Parvovirus B19 et grossesse

Michel DAGUES-BIE

Le parvovirus B19, est l’agent du mégalérythème épidémique ou ""5ème maladie". Sa recrudescence récente a fait l’objet d’une circulaire de la direction générale de la santé en juillet 2005.

Epidémiologie

Le parvovirus B19 est un virus strictement humain qui se transmet par voie respiratoire, transfusionnelle ou materno-foetale et entraîne de petites épidémies au printemps et en hiver. La contagiosité est importante (50 %). La séroprévalence serait de 50 à 60 % dans des études publiées en Grande-Bretagne et en Scandinavie.
Le risque de séronconversion chez les femmes séronégatives serait de 1 à 2 % avec une transmission fœtale dans 20 à 30 % des cas. Dans la grande majorité d’entre eux, l’atteinte fœtale est sans conséquences. L’augmentation du risque de FCS avant 20 SA est discutée dans les études car comparable au taux retrouvé dans la population générale (10-15 %) ; celui des FCS après 20 SA ou MFIU après 20 SA serait de 2 %. Le risque d’anasarque serait de 1 % en cas de séroconversion ; les conséquences de cet anasarque sont très variables selon les séries : MFIU dans 10 à 30 % des cas ou guérison sans séquelles.

Clinique

La période d’incubation peut aller jusqu’à 3 semaines et la maladie est très contagieuse dans les jours précédant l’éruption.

Chez les enfants, le virus est à l’origine du mégalérythème épidémique ou cinquième maladie associant :

  • un syndrome pseudo-grippal avec fièvre modérée, myalgies, céphalées
  • suivi par une éruption associant :
    • Erythème facial maculaire avec aspect souffleté du visage. Elle peut se présenter comme un coup de soleil ou en paire de claques
    • Macules roses des membres et des fesses en arabesque, en guirlande,
    • Exanthème réticulé du tronc et des extrémités.

Chez la femme enceinte, l’éruption est atypique voire absente et l’infection peut se manifester par des douleurs articulaires.

Diagnostic

Le diagnostic de la primo-infection maternelle est sérologique par la mise en évidence des IgG et IgM spécifiques. Les IgM apparaissent environ 15 jours après la contamination et persistent 3 ou 4 mois. Les IgG apparaissent environ une semaine après les IgM et persistent très longtemps ;ils sont considérés comme protecteurs.

Le diagnostic prénatal repose soit sur l'analyse du sang foetal qui révèle une anémie arégénérative et la présence du virus à l'examen direct en microscopie électronique, soit sur la mise en culture du liquide amniotique avec amplification de l'ADN viral par la technique de « polymerase chain reaction » PCR. L'avantage de la PCR est la spécificité et la rapidité de la réponse.

Evolution

Son évolution est spontanément bénigne. Des complications hématologiques peuvent survenir chez des personnes porteuses d’une maladie génétique fragilisant les hématies (drépanocytose, thalassémie….) ou chez le sujet immunodéprimé.
Chez la femme enceinte au cours des 20 premières semaines d’aménorrhée l’infection à parvovirus B19 peut conduire à un risque de mort fœtale (5 à 9%) et un risque d’anasarque foeto-placentaire (estimé entre 1 et 3%). Aucune malformation liée à la contamination foetale n’a été confirmée à ce jour.

Conduite à tenir

Si une infection à Parvovirus B19 est suspectée chez une femme enceinte de moins de 20 SA ou s’il existe une notion de contage,  il est recommandé de :

  • réaliser une sérologie du parvovirus B19 avec détection des IgM et IgG;
  • en présence d’une immunité ancienne (IgG positives et IgM négatives), rassurer la patiente ;
  • en présence de résultats négatifs, contrôler 2 à 4 semaines après le contage ou devant l’apparition de symptômes ;
  • en présence d’une infection récente(1), organiser un suivi spécialisé avec une surveillance échographique régulière à la recherche de signes d’anasarque.

En présence de signes d’anasarque foeto-placentaire, rechercher une infection par le parvovirus B 19 et orienter la patiente vers un centre spécialisé. Si la prise en charge est assez précoce après l'infection, et si la grossesse a moins de 32 SA, des transfusions de globules rouges in utero permettent parfois de corriger l'anémie et l'anasarque, aboutissant ainsi à une résolution de l'anasarque dans plus de 80% des cas.

Le Collège National des Gynécologues et Obstétriciens Français recommande de ne pas réaliser de dépistage systématique du parvovirus B19 au cours de la grossesse.

Michel DAGUES-BIE
12 chemin de l'Ormeau
65000 Tarbes

 

Sources :
Institut de veille sanitaire, DMI, 21 juillet 2005
http://www.orpha.net/data/patho/FR/fr-B19.pdf
CNGOF : Le Président et le Bureau du Collège « en direct ». 12.06.2003

(1) L’infection récente correspond à une séroconversion ou la présence d’IgM. Cependant la mise en évidence d’IgM doit être interprétée dans le contexte et contrôlée, il peut s’agir de faux positifs et les IgM peuvent persister jusqu’à 6 mois. 


MOTS-CLES : MDB - Parvovirus B19 - Anarsaque