Mort foetale in utero
Protocole de la Fédération de Gynécologie-Obstétrique
Hôpital Paule de Viguier - Toulouse - 1997
Généralités

Fréquence

10 % dont 3 % de malformations

Définitions

• Foetus : à partir de 10 SA
< 20 SA ou < 500 g : FCS
> 28 SA ou > 1000 g : MFIU
entre les deux : variable selon les auteurs

Diagnostic

Absence de perception des mouvements actifs. Préciser depuis quand.

L'échographie :

    • Affirme le diagnostic par la constatation de BCF (-)
    • Recherche
      -
      un chevauchement des os du crâne
      -
      une image en double contour
      qui laissent présager du caractère ancien de la mort foetale

Rappel

Eléments à rechercher et à noter dans l'observation :

Facteurs de risques

• Antécédents de MFIU (récidive : 13 %)
RCIU inexpliqué

Etiologies

Pathologie maternelle

• chronique :
- néphropathie
- cardiopathie
- hypertension artérielle chronique
- pathologie immunitaire
- diabète
-
anémie < 8 g/dl
-
hyperthyroïdie, hyperparathyroïdie

• liée à la grossesse :
-
toxémie
-
hématome rétro-placentaire
-
allo-immunisation foeto-maternelle

• infectieuse
-
aiguë :
. paludisme
. pyélonéphrite aiguë
- sub-aiguë :
. toxoplasmose
. contage rubéole, rougeole, varicelle, oreillons
.
hépatite, HIV
-
traumatique

Pathologie ovulaire

• malformation (myasthénie: penser à étudier la force musculaire chez la mère)
accident vasculaire cérébral
syndrome transfuseur-transfusé
grossesse prolongée

Causes inexpliquées : 50 %

Bilan de MFIU

Echographie

• Oriente vers le caractère ancien de la mort foetale :
- contours du foetus aplatis
- contenu foetal anéchogène

• Puis
- soulèvement épidermique surtout au niveau du crâne, chevauchement des os du crâne
- ascite
- diminution du liquide amniotique
-
oedème placentaire

• Précise le type de la grossesse et la présentation (si transverse ou podalique : faire radiographie de présentation)

• Recherche une malformation si le caractère récent de la mort foetale le permet

• Observe le parenchyme cérébral

Biologique maternel

• Surveillance de la mort foetale : bilan hémostase CIVD (intérêt du fibrinogène)

• En dehors d'une pathologie évidente
- NFS
- RAI
- acide urique, créatinine
- bilirubine, transaminases
- Hb A1C, fructosamine
- Kleihauer
- αFP
- AC anti-coagulant circulant
- ECBU après labstix
-
BW à refaire toujours
-
rubéole, toxoplasmose si nécessaire
-
HIV si non fait antérieurement
-
hépatite et CMV à discuter

Foetus

• Examen clinique avec compte-rendu pédiatrique
• Poids, mensurations
• Examen anatomo-pathologique si mort récente (48 h)
Prélèvements périphériques bactériologiques
Caryotypes (si mort récente)

Placenta

• Examen anatomo-pathologique
• Bactériologie
Rechercher anomalie funiculaire

Prise en charge de l'interruption médicale

L'état d'esprit de ce protocole repose sur deux notions :

L'utilisation de l'association MIFEGYNE® (Mifepristone)-analogues des prostaglandines-péridurale, est actuellement la meilleure technique d'induction du travail dans les IMG des 2ème et 3ème trimestres et dans les MFIU. En effet, elle permet :

    • une diminution des doses d'analogue de prostaglandines nécessaires
    • une diminution de la durée de l'expulsion
    • une régulation de la dynamique du travail induit

Un travail déclenché, pour IMG ou MFIU doit être médicalement considéré comme un accouchement à part entière.

Préalable avant toute interruption de grossesse

La patiente doit avoir été vue en consultation

• Avant son hospitalisation. Si cela est impossible (patiente venant de loin et hospitalisée dans le même temps que le contrôle échographique), la consultation sera effectuée lors de son admission en hospitalisation, dans sa chambre, avant tout acte thérapeutique +++.

• Un dossier clinique détaillé sera constitué (ou complété si existant) dans lequel devront se trouver tous les documents qui motivent l'interruption de grossesse +++.

• Cette consultation a pour buts principaux :
- de vérifier les indications et contre indications médicales précisées
plus loin
- de s'assurer que la patiente (le couple) a bien compris les raisons de son IMG et le déroulement technique du geste.
-
d'apprécier l'importance des difficultés psychologiques du couple.
Une rencontre avec le pédiatre sera proposée avant l'hospitalisation
si nécessaire. Dans tous les cas, celui-ci sera prévenu de l'hospitalisation et verra la patiente dans le Service.
-
d'informer d'emblée la patiente qu'une autopsie de l'enfant sera effectuée et d'expliquer son importance pour comprendre la pathologie que présente son foetus et permettre une prévention avant et pendant une éventuelle prochaine grossesse.

Au cours de l'hospitalisation

La patiente doit être confiée à un médecin qui aura la responsabilité globale de l'IMG. Ce sera :
• Soit le médecin qui connaît la patiente et qui l'a d'emblée prise en charge
• Soit le chef de clinique des Suites de Couches
Le médecin s'assurera que le dossier a bien été constitué et notera par écrit la technique de réalisation de l'interruption de grossesse en fonction des indications et contre indications qui suivent.
Consultation anesthésiste.
Prévenir :
-
le PSYCHIATRE dès l'hospitalisation
-
le PEDIATRE de garde +++, le matin de la pose des prostaglandines, pour organiser la prise en charge de l'enfant à l'expulsion (examen clinique, radios, prélèvements, conduite à tenir si enfant vivant, etc...)
Un LIVRET D'ACCUEIL sera remis à la patiente, dès son entrée, où sont résumés tous les détails pratiques indispensables à connaître (déroulement d'une IMG, déclaration de l'enfant, obsèques +++, autopsie, etc...) (voir en annexe).

Réalisation pratique de l'interruption de grossesse en dehors de toute CI

IMG

• J-2 :
-
Signature du formulaire par le médecin responsable de l'IMG
-
Prise de 3 comprimés de MIFEGYNE® 200 en présence du médecin ou d'une sage-femme.

• J-1 :
-
Hospitalisation l'après-midi
-
Consultation anesthésiste + E.C.G. systématique
-
Prévenir le psychiatre (sages-femmes)

• J 0 :
-
Péridurale +++
- Déclenchement du travail par NALADOR® à la pompe électrique
. 2 ampoules dans 500 cc de sérum salé isotonique
. débuter à 17 gouttes par minute (50 ml/h), si besoin augmenter progressivement jusqu'à 80 gouttes par minute (240 ml/h)
. dose maximale: 3 ampoules de NALADOR® 500
- Remplir le partogramme
- Prévenir le PEDIATRE DE GARDE +++ (sages-femmes)

• J + 3 : Sortie de la patiente, sous PARLODEL®, en l'absence d'anomalie.

MFIU

Protocole identique avec en plus la prise d'une deuxième dose de 3 comprimés de MIFEGYNE® 200 à J-1.

Cas particuliers

Contre-indications à la MIFEGYNE®

• Insuffisance surrénalienne
Corticothérapie au long cours
Diabète insulino-dépendant
Insuffisance rénale ou hépatique

J-1 :
-
Hospitalisation
- Consultation anesthésiste
-
E.C.G. systématique
-
Mise en place d'une laminaire

J 0 :
-
NALADOR® en perfusion (cf: IMG)

Contre-indications aux analogues des Prostaglandines

• HTA sévère
ATCD cardiovasculaire

J-2 : MIFEGYNE® 200 : 3 comprimés

J-1 :
-
Laminaire
- Hospitalisation
-
Consultation anesthésiste

J 0 :
-
Sonde ballonnet et/ou perfusion synto
- Analgésie adaptée

Contre-indications au NALADOR®

• asthme
• comitialité
glaucome

J-2 : MIFEGYNE® 200 : 3 comprimés

J-1 :
-
Hospitalisation
- Consultation anesthésiste
-
E.C.G. systématique
-
CERVAGEME®: 1 ovule dans le cul-de-sac vaginal postérieur renouvelé toutes les 6 heures (maximum 5 ovules) à débuter J-1 à 18 H _
-
Analgésie adaptée

Contre indications à l'association MIFEGYNE® 200-NALADOR®

• Femme ayant fumé plus de 5 cigarettes par jour au cours des 2 années précédentes
Age > 35 ans

J 2 : MIFEGYNE® 200 3 comprimés

J-1 :
-
Hospitalisation
- Consultation anesthésiste
-
E.C.G. systématique
-
CERVAGEME®: 1 ovule dans le cul-de-sac vaginal postérieur renouvelé toutes les 6 heures (maximum 5 ovules) à débuter J-1 à 18 H.
-
Analgésie adaptée

Les utérus cicatriciels

Un utérus cicatriciel, surtout un antécédent de césarienne, expose la patiente à une rupture utérine en cours de déclenchement.

La surveillance sera donc accrue et organisée de la manière suivante :
Les mêmes produits seront utilisés pour déclencher le travail : MIFEGYNE® puis NALADOR® en général
La péridurale sera mise en place, de la même manière, au bloc chirurgical avant l'administration du NALADOR®
Dès que la patiente présentera des contractions régulières ou un début de dilatation, elle sera transférée au bloc obstétrical +++. Ceci permettra une surveillance plus étroite que dans le Service d'hospitalisation et surtout à proximité d'un bloc chirurgical.

Déroulement de l'interruption de grossesse

Pas d'interruption de grossesse le samedi-dimanche et jours fériés, sauf exception particulière +++. La pose des prostaglandines ne peut donc être effectuée que du Lundi au Vendredi matin puisque l'expulsion se déroule le plus souvent, au bout de 12 h. La prise de MIFEGYNE® se fera donc du Samedi au Mercredi +++ (48 h avant la pose de prostaglandines).

Mise en place de la péridurale, au bloc chirurgical, le matin tôt, avant la pose de prostaglandines.

Surveillance de la patiente selon les modalités du partogramme +++.

• La patiente sera renvoyée au bloc obstétrical dès que la rupture de la PDE est possible.

• L'expulsion, si cela est possible (rapidité de l'expulsion), devra s'effectuer au bloc chirurgical sans la présence du mari +++.

• Examen de l'enfant par le pédiatre de garde.

• L'enfant sera montré aux parents, s'ils le désirent, une fois lavé et habillé de préférence. Pour les parents qui regrettent, ultérieurement, de ne pas avoir vu leur enfant, une photo sera réalisée et conservée dans le dossier médical.

Consignes pour l'équipe de soins

NB : LES 180 jours se calculent à partir de la date de déclaration de début de grossesse donnée auprès de la Caisse de Sécurité Sociale.

Les foetus de moins de 180 jours ne sont pas déclarables à l'état civil. Donc :

• Pas de certificat d'accouchement à remplir
Pas de déclaration de naissance
Pas de possibilité de récupérer le foetus pour les parents
Un examen anapath est possible - pas d'accord à faire signer aux parents

A faire par le médecin responsable de l'interruption de grossesse :

Un certificat de grossesse interrompue pour la Caisse d'Allocations Familiales et la Caisse de Sécurité Sociale (n'ouvre pas les droits aux congés pré et post-nataux et cessation de paiement pour les prestations)

Les foetus de plus de 180 jours

A faire

• Signer le certificat d'accouchement (le feuillet du carnet maternité ou sur papier libre)
• Une déclaration de naissance: un enfant présentement sans vie
• Deux bons d'autopsie (rose)
• Deux bons d'autorisation d'autopsie (à signer par les parents)
Un certificat de transport de corps

Les parents sont tenus de s'occuper des obsèques : ils doivent prendre contact avec les Pompes Funèbres de leur choix, après réception de la déclaration de décès (remis par le bureau des entrées, 48 h après l'interruption de grossesse).

Le foetus sera à la disposition des pompes funèbres au dépositoire de La Grave le jour de l'autopsie à partir de 14 h.

Remarques : en cas de pathologie cérébrale, il est impératif de proposer à la famille de voir rapidement le foetus, car pour des raisons techniques celui-ci doit être transféré en anapath avant le délai habituel de 24 h.

Les congés de maternité pré et postnataux cumulés ainsi que le paiement des prestations sont maintenus, sous réserve d'un certificat de viabilité de l'enfant établi par le médecin responsable.

N.B. : si l'enfant n'est pas viable les prestations sont suspendues.

En pratique la famille s'occupe des obsèques matériellement et financièrement :

• Proposer au père d'aller faire la déclaration lui-même et de passer aux Pompes Funèbres afin de régler toutes les modalités.
Ou appeler le service des Pompes Funèbres afin de voir si un des agents des Pompes Funèbres peut se déplacer.

Dans les deux cas, préciser la date de retour du corps après autopsie.

A savoir :

• L'enfant sera inhumé dans un cercueil et une tombe individuelle dont l'emplacement pourra être retrouvé pendant cinq ans. Les Pompes Funèbres contacteront la famille avant l'expiration de cette période.
Si la famille souhaite pérenniser la tombe au-delà de cinq ans ou faire inhumer l'enfant dans un autre lieu, elle devra prendre contact avec les pompes funèbres.
La famille peut assister aux obsèques.
La facture est adressée directement à la famille par les Pompes Funèbres.

A distance

Revoir toujours la femme ou le couple

• connaître le vécu
compléter le bilan
discuter d'une prochaine grossesse

Si pas de cause prouvée avant ou après les analyses

Discuter 4 mois après :
• sérologies
• AC anticardiolipines, AC anticoagulant circulant (à refaire)
• AC antiplaquettaire
• recherche anomalie Hb
• HGPO
• caryotypes des parents

Au début d'une autre grossesse, reprendre le dossier

Si pas de cause :
• uricémie. créatininémie. NG, VIII Rag
AC anticoagulant circulant, anticardiolipines, antinucléaire
si facteur de risque, faire HGPO systématique
surveiller comme une grossesse à haut risque (écho-Manning-RCF mensuel)

DANS LA MESURE DU POSSIBLE ESSAYER DE PERSONNALISER LE SUIVI MEDICAL

Si patiente non suivie, par exemple, prise en charge par le chef de clinique du secteur d'hospitalisation


MOTS-CLES : Mort - MFIU - IMG - ITG - Toulouse