Les chutes de cheveux chez la femme

Professeur Michel FAURE

Les chutes de cheveux représentent un motif constant d’inquiétude et une importante cause de consultations dermatologiques. La perte de la chevelure a valeur symbolique : chez la femme outre un signe de vieillissement du corps, elle est souvent ressentie comme une perte de la beauté et même de la féminité.

La chute capillaire est en fait un phénomène naturel. Il existe une perte de cheveux quotidienne : environ une petite centaine de cheveux sont perdus chaque jour à l’âge adulte. Parfois l’impression de la perte de la chevelure n’est que la prise de conscience aigue de ce phénomène naturel. Le dermatologue est là pour rassurer. Mais parfois la chute de cheveux est le reflet d’un trouble général ou d’une maladie du cheveu ou du cuir chevelu Le dermatologue doit faire un diagnostic et proposer le traitement adapté. Une troisième situation est représentée par la chute de cheveux féminine progressive que l’on qualifie d’alopécie de type féminin, et la prise en charge est là aussi médicale.

Le terme d’alopécie désigne la diminution de la densité de la chevelure. Le terme médical d’effluvium désigne la chute de cheveux, qui peut être aigue, brutale, ou progressive, chronique selon les causes.

Le cycle pilaire

La chevelure humaine possède 100 000 à 160 000 cheveux qui se renouvellent de manière cyclique, de manière indépendante les uns des autres. Chaque cheveu correspond à un assemblage de protéines, les kératines, qui sont produites par des cellules épithéliales cutanées au sein d’un follicule pileux. Chaque cheveu passe par une phase de croissance, puis de chute, et cette alternance représente le cycle pilaire qui dure environ entre trois et quatre ans. Le cheveu est alors, lors de sa chute, remplacé par un nouveau cheveu produit par le même follicule. Au fil des ans, cette possibilité de remplacement peut progressivemlent s’épuiser ce qui explique la raréfaction de la chevelure liée à l’âge.

Par ailleurs le cycle pilaire est soumis à de nombreuses et diverses influences : hormonales (par exemple celle des androgènes, ou des hormones thyroïdiennes…), nerveuses (rôle du stress), métaboliques (fer, oligoéléments, vitamines…), immunitaires et inflammatoires… Une perturbation de ces facteurs est parfois responsable de la chute de cheveux.

Nous perdons plusieurs dizaines de cheveux par jour, avec des influences saisonnières parfois nettes. Par exemple il existe une chute plus importante au printemps et à la fin de l’été (août et septembre).

Une chute supérieure à 100 cheveux par jour est excessive et peut être considérée comme anormale.
On peut ainsi distinguer les alopécies aiguës et les alopécies chroniques, les alopécies diffuses qui atteignent la totalité du cuir chevelu, et les alopécies circonscrites, qui restent localisées. Le dermatologue distinguera aussi les alopécies cicatricielles qui sont définitives et les alopécies non cicatricielles qui sont transitoires et passagères.

Les chutes de cheveux dites secondaires

L’interrogatoire peut retrouver une cause ou un facteur déclenchant. L’examen du cuir chevelu par le dermatologue peut aussi retrouver une anomalie, une maladie cutanée qui explique la chute des cheveux.

La consultation du spécialiste, c’est à dire du dermatologue, est en fait essentielle, car elle permet de faire un diagnostic et d’éviter des examens complémentaires inutiles pour la prise en charge.

Elle doit permettre de faire le diagnostic des chutes de cheveux d’origine médicamenteuse. Un certain nombre de médicaments peuvent en être responsables. C’est en particujlier le cas des antimitotiques, de certains anticoagulants, de dérivés de la vitamine A (les rétinoïdes). C’est aussi possible pour certaines femmes sous certaines pilules contraceptives, ou sous certains traitements hormonaux. Ces chutes de cheveux sont réversibles à l’arrêt du traitement responsable.

Elle décèle également les chutes de cheveux transitoires, mais qui peuvent durer quelques semaines ou quelques mois, après une grossesse, après un accident, une maladie intercurrente, une fièvre prolongée, un stress important. C’est dans ces situations que l’on utilise d’ailleurs le terme médical d’effluvium. Des soins dermocosmétiques appropriés et l’utilisation de produits « anti-chute » à prendre par la bouche sur conseil et prescription dermatologique sont utiles pour faciliter la repousse.

L’examen du cuir chevelu par le dermatologue va permettre de faire le diagnostic d’une affection dermatologique du cuir chevelu responsable de certaines chutes de cheveux. C’est le cas de la pelade, du psoriasis, du lichen, de certaines mycoses. Parfois le diagnostic demande une biopsie du cuir chevelu, mais parfois l’examen clinique est suffisant. Le traitement de la chute de cheveux dépend dans ces situations de la nature d’affection en cause.

L'alopécie dite féminine

Il s’agit d’une chute de cheveux progressive et diffuse qui concerne la partie médiane du crâne. Peu à peu les cheveux deviennent à la fois moins nombreux et plus fins, et le cuir chevelu devient de plus en plus visible et apparent. Ce type de chute peut survenir assez tôt après l’adolescence. Le plus souvent cependant cette alopécie se rencontre après 40 ans ou même après la ménopause.
Le ou les mécanismes de ce type d’alopécie ne sont pas parfaitement connus.

Elle pourraît correspondre à un épuisement des possibililtés de renouvelllement du follicule pileux qui s’épuise avec l’âge, avec donc de grandes variabilités d’une femme à l’autre.

Parfois il s’agit de la conséquence d’une baisse des réserves de fer, même s’il n’y a pas d’anémie. On peut dépister cette carence par un dosage de ferritine dans le sang.

Il peut aussi s’agir d’un trouble thyroïdien que l’on dépistera en cas de chute de cheveux diffuse et progressive par un dosage hormonal sanguin.

Ce type d’ alopécie pourrait traduire en fait un excès de fonction des androgènes féminins au niveau des follicules pileux. On qualifie alors cette alopécie d’alopécie androgénogénétique. Ce terme d’ «androgénogénétique» souligne l’intrication des facteurs génétiques et des facteurs hormonaux. Les hormones en cause sont en fait les androgènes que produisent chez la femme les ovaires et les glandes surrénales. Ces androgènes peuvent être produits en quantité excessive, mais le plus souvent il n’existe aucun trouble de leur production. C’est en fait dans le cuir chevelu que l’action de ces hormones est excessive, conduisant à une perte de cheveux progressive. Celle-ci traduit un excès de sensibilité du follicule pileux aux androgènes qui lui parviennent, androgènes en quantité donc normale dans le sang. Cet hyperfonctionnement est qualifié d’ « hyperandrogénisme ». Il correspond à une sensibilité des follicules pileux anx androgènes excessive, et qui est génétiquement programmée.
C’est donc au dermatologue à faire le diagnostic de ce type de chute de cheveux. Elle peut être le seul signe cutané de l’excès de fonction des androgènes. Elle peut parfois être associée à une acné sévère, à un exces de poils (hirsutisme) chez la femme jeune, à des troubles des règles (chez la femme avant la ménopause bien sûr) et c’est plutôt dans ces cas que l’on demande des dosages hormonaux à la recherche d’une anomalie de la fonction des ovaires ou des glandes surrénales. Mais ces dosages ne sont pas à réaliser quand la chute de cheveux est isolée et après la ménopause. Les seuls dosages utiles, quelque soit l’âge, sont le dosage de ferritine, pour éliminer une carence en fer, et la recherche d’une anomalie thyroïdienne.

Bien sûr quand de telles anomalies existent, leur correction (prise de fer ou traitement endocrinien) est indispensable pour obtenir l’arrêt de la chute. Dans tous les autres cas, les solutions sont dermatologiques et hormonales.

Les traitements hormonaux qui peuvent être proposées en cas d’alopécie féminine sont représentés par la prise d’antiandrogènes. Ce sont des hormones (acétate de cyprotérone ou spironolactone) qui empêchent l’action des androgènes naturels sur le cheveu. C’est au dermatologue à les proposer, mais le traitement doit être conduit sous surveillance gynécologique. En effet, les gynécologues ont bien plus que les dermatologues l’habitude de manier ces produits.

Les traitements dermatologiques sont eux aussi indispensables. Il ne s’agit pas de traitements hormonaux mais de différents produits qui d’abord ralentissent la chute et ensuite aident à la repousse du poil. Au premier plan de ces médicaments, les applications, une ou deux fois par jour, de lotions anti-chute, en particulier celles qui contiennent du minoxidil, et des produits, par voie buccale (micronutriments) ou même par voie injectable : vitamine B5, biotine, vitamine B6, cystine, cystéine, methionine, isoflavones, zinc…

Ces traitements sont à conduire en association avec les traitements par antiandrogènes, pendant de nombreuses années, car leur action n’est souvent que suspensive. L’efficacité de ces produits est par ailleurs très variable d’une femme à l’autre, ce qui soulgne bien le caractère « génétique » de ce type de chute de cheveux. Certaines de ces alopécies, quand elles sont importantes et que les traitements n’ont pas commencé suffisamment tôt, méritent aussi le recours à la chirurgie des microgreffes capillaires qui donne, en des mains expertes, de très bons résultats esthétiques.

Points forts à retenir

Les causes des chutes de cheveux sont nombreuses et variées.

Une chute de cheveux nécessite un avis dermatologique spécialisé.

Si l’alopécie est isolée, aucun bilan endocrininien n’est nécessaire.

En revanche, toute chute de cheveux féminine diffuse et progressive nécessite un dosage des réserves de fer et de la fonction thyroïdienne.

Le traitement de la chute de cheveux dépend de la nature et de la cause de celle-ci.

Le traitement d’une chute de cheveux primitive repose sur l’utilisation quotidienne de produits à base de minoxidil et d’un traitement hormonal dit antiandrogénique.


MOTS-CLES : FAURE M. - Alopécie - Cheveux - Effluvium - Calvitie