
Ludwig
patterns on androgenetic alopecia in women. Pattern I is on the
left, III on the right. |
| Alopécie
féminine ou AAG : les trois stades selon Ludwig |
Le plus
souvent il s'agit d'une raréfaction diffuse de la chevelure sur
le sommet du crâne, en zone médiane, avec respect d'une
bande médiane frontale antérieure. Dans la zone alopécique,
les cheveux sont plus fins, plus courts, laissant apparaître le
cuir chevelu. On distingue trois phases dans cette alopécie androgénogénétique
dite de type féminin (Ludwig) avec toujours, contrairement à
ce que l'on observe chez l'homme une ligne frontale bien conservée.
Parfois l’aspect est dit en « sapin de Noël »
avec une alopécie médiane longitudinale et des arborescences
latérales.
Parfois
il s'agit d'une alopécie dont la topographie est de type masculin
avec une raréfaction de la pilosité temporale et un recul
de la ligne frontale, comme chez l'homme.
Plus rarement,
il s'agit d'une alopécie du vertex comme chez l'homme.
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| Alopécie
androgénogénétique : raréfaction médiane
avec respect frontal antérieur |
Alopécie
androgénogénétique : raréfaction médiane
frontopariétale |
AAG
avec topographie dite masculine temporale |
Quoiqu'il
en soit, le diagnostic est uniquement clinique et aucun examen complémentaire
n'est nécessaire.
L'interrogatoire recherche les circonstances de survenue, le caractère
brutal ou progressif, les épisodes de la vie génitale,
l'existence de troubles des règles, une prise médicamenteuse
(en particulier de progestatifs). La conduite à tenir pratique,
c'est à dire en particulier la décision de demander ou
non des dosages hormonaux dépend de l'âge de la patiente,
du contexte clinique, des données de l'interrogatoire.
AAG
et hyperandrogénisme
Ce type
d’alopécie peut être en effet la traduction d’un
hyperandrogénisme d’origine ovarienne ou surrénalienne.
Mais il s’agit alors le plus souvent d’une alopécie
associée à un hirsutisme, à une acné, ou
à des anomalies menstruelles.
Les dosages
hormonaux à la recherche d’une hyperandrogénie montrent
parfois, mais pas toujours, des anomalies qui traduisent une hyperandrogénie
: diminution de la SHBG, élévation de la testostérone,
de la delta4androstènedione, du DHAS surrénalien, de la
17 OH progesterone..
En fait,
il ne s’agit pas d’une hyperandrogénie de cause tumorale
ou d’un syndrome de Cushing. Deux cadres étiologiques dominent
par leur fréquence: les hyperandrogénies fonctionnelles
ovariennes (syndrome des ovaires polykystiques ou OMPK) et surrénaliennes
(bloc 21 OH ou l’élévation isolée de la DHEA).
Mais l’alopécie
féminine peut être la conséquence d’un hyperandrogénisme
périphérique, idiopathique, cutané, sans stigmate
biologique d’hyperandrogénie. Cet hyperandrogénisme
peut être le reflet :
•
d’une activité 5αréductase cutanée
accrue,
•
d’une élévation génétiquement programmée
d’ailleurs, des autres activités enzymatiques cutanées
qui transforment les androgènes faibles en testostérone
dans les cellules cibles du follicule pileux
•
d’une activité aromatase diminuée avec moindre transformation
dans ces cellules des androgènes en estrogènes,
•
ou encore d’une sensibilité accrue des récepteurs
aux androgènes par polymorphisme génétique .
Donc en
cas d’alopécie isolée, aucune exploration endocrinienne
ne sera demandée. L’existence d’anomalies biologiques
ne modifie pas l’attitude thérapeutique qui est identique
qu’il y ait des stigmates biologiques d’hyperandrogénie
ou qu’il n’y en ait pas.
Ce n’est
qu’en cas d’alopécie associée à un
hirsutisme, à des troubles des règles, à une obésité
parfois, à une acné persistante, et pas avant la troisième
année qui suit la ménarche, qu’il convient de dépister
une cause ovarienne fonctionnelle (dosages de Delta 4, de LH, associés
à une échographie ovarienne par voie endovaginale) ou
un bloc 21OH surrénalien (dosage de la 17 OH Progestérone,
avec test au Synacthène® en cas de taux basal modérément
élevé). Mais un tel dépistage ne se conçoit
que pour respectivement prévenir d’éventuelles complications
gynécologiques ou métaboliques ultérieures ou pour
un conseil génétique. La prise en charge des manifestations
cutanées d’hyperandrogénie n’est pas en effet
différente selon la cause, périphérique, ovarienne
ou surrénalienne.
Traitement
et prise en charge de l’AAG féminine
Le traitement
de l’alopécie féminine repose sur l' association
d'un ou plusieurs traitements dermatologiques dits « antichute
» aux anti-androgénes au long cours.
• Les antiandrogènes
La mise
sous contraception orale estroprogestative ou après la ménopause
sous traitement estrogénique ne suffit pas. Il faut savoir avoir
recours à un traitement antiandrogénique véritable.
L’acétate
de cyprotérone (CPA) est en France l’antiandrogène
de référence. Son activité antiandrogénique
passe par plusieurs mécanismes: action antigonadotrope centrale,
inhibition de la 5 alpha-réductase, inhibition de la fixation
de la DHT à son récepteur. Dans le traitement de l'alopécie,
il s'agit en fait non de la pilule Diane 35®, ou de l'association
Climene® en traitement de ménopause, trop peu dosées
en CPA, mais de Androcur® (CPA 50 mg). Il sera en fonction de l'âge
et du contexte gynécologique prescrit seul, ou associé
à un estrogène, ou comme progestatif associé à
un traitement estrogénique de ménopause. Dans tous les
cas, la prescription d'Androcur® doit être conduite sous contrôle
gynécologique, du fait du dosage relativement important en CPA,
des risques d'atrophie de l'endomètre et donc d'aménorrhée,
des autres effets secondaires possibles. Plusieurs schémas thérapeutiques
existent, identiques à ceux du traitement de l'hirsutisme, non
du fait d'une efficacité relative meilleure, mais pour minimiser
les risques d'effets indésirables éventuels et faciliter
l'observance. Quoiqu'il en soit, l'effet sur l'alopécie n'est
que progressif et n'est bien sûr inconstant. L'amélioration
objective ne peut être évaluée que sur un an de
traitement, et l'amélioration subjective dépend avant
tout de la psychologie de la patiente. Si celle-ci est satisfaite, et
s'il n'existe aucune contre-indication, le traitement doit être
poursuivi, et adapté au contexte gynécologique. L’Androcur®
n’a pas d’AMM en France pour l’alopécie androgénogénétique.
La spironolactone (Aldactone®) très utilisée
aux USA comme antiandrogène n’est pas antigonadotrope.
En plus de son effet par blocage du récepteur aux androgènes,
elle inhibe la synthèse de testostérone. Elle est prescrite
à la dose de 100 à 150 mg par jour en association quinze
jours par mois à un progestatif non androgénique pour
éviter les troubles du cycle secondaire. L’efficacité
est également diversement appréciée par les patientes
et un résultat sur l’alopécie n’est sensible
qu’après six à douze mois de traitement. La spironolactone
n’a pas d’AMM en France pour l’alopécie.
Aucun travail
n’a étudié de façon spécifique l’efficacité
prouvée de ces différents antiandrogènes dans l’AAG
féminine. Les résultats semblent moins nets que ceux qui
sont observés dans l’hirsutisme. Ils sont totalement imprévisibles,
et les effets sur l’alopécie ne sont que suspensifs. Ils
demandent la correction préalable de toute carence martiale (dosage
de ferritine devant toute alopécie féminine). Ces antiandrogènes
sont cependant nécessaires, mais ne peuvent être proposés
qu’en association aux autres traitements médicaux ou cosmétiques,
aux applications de minoxidil en particulier.
Le
finastéride (PROPECIA®)
Cet inhibiteur de la 5αréducatse est utililisé chez
l’homme dans l’AAG masculin. Il n’est pas considéré
comme efficace dans l’alopécie féminine. Certes
quelques cas ont été rapportés d’amélioration
de l’alopécie post-ménopausique, quand existaient
des stigmates d’hyperandrogénie, mais il s’agit d’une
seul étude ouverte, non controllée, portant sur un très
petit nombre de patientes. Le finasteride (Propecia®) n’a
d’ailleurs pas d’AMM dans l’alopécie féminine.
•
Les autres traitements
Les traitements
non hormonaux peuvent être locaux (applications de minoxidil,
par exemple, et autres topiques anti-chute) et systémiques.
Minoxidil
Le minoxidil est un vasodilatateur capable quand utilisé par
voie systémique dans le traitement des hyertensions d’entraîner
une hypertrichose. Il est utilisé de façon biquotidienne,
localement, à une concentration de 2% (Alostil® par exemple)
chez la femme. Les résultats sont intéressants, mais n’assurent
de repousse cosmétologiquement satisfaisante que chez 30 à
40% des patientes. La récidive à l’arrêt du
traitement est la règle, ce qui suppose un traitement prolongé
à vie. Le mécanisme d’action du minoxidil sur l’alopécie
est mal élucidé. Outre l’effet vasodilatateur, il
existe très probablement des mécanismes inflammatoires
ou proinflammatoires qui favorisent la croissance pilaire.
Micronutriments
Par voie systémique on a recours à divers « micronutriments
» comme traitements complémentaires de l’AAG féminine
: vitamine B5 ou acide pantothénique, vitamine H ou Biotine,
Vitamine B6 ou pyridoxine, acides aminés soufrés (cystine,
cystéine, methionine), isoflavones, zinc…
Prise
en charge psychologique
De plus une prise en charge psychologique est toujours nécessaire
chez une femme qui perd ses cheveux. Le symbolisme de la perte de la
chevelure chez la femme rejoint d’une part celui de la vie et
de la mort, d’autre part celui de la féminité et
de la sexualité. Les affections du cheveu ne font qu’altérer
l’image de soi et l’estime de soi, elles fragilisent l’identité
sexuelle du sujet, en faisant apparaître la peur d’un changement
de sexe (33). A la cinquantaine, on comprend facilement que l’arrêt
des règles et la chute de cheveux puissent chez certaines se
conjuguer pour mieux rappeler la fuite du temps et évoquer la
perte de féminité.
Greffes
capillaires
Enfin, certaines AAG méritent le recours à la chirurgie
de microgreffes capillaires.
Tableau
I. Alopécies circonscrites : classification et principales étiologies
Congénitales
Acquises
non cicatricielles
pelade
(alopecia aerata)
trichotillomanie
alopécie de traction
teigne
impetigo
folliculites microbiennes
…
Acquises,
cicatricielles
Primitives(le
follicule pileux est la cible spécifique du processus destructeur)
pseudo-pelade de Brocq
lupus
lichen
…
Secondaires
(le follicule est détruit de manière non spécifique)
sarcoïdose
sclérodermie
tumeur
traumatisme
…
Tableau
II. Alopécies diffuses
Fausses
alopécies
(terrain anxieux, alopécies de traction, trichotillomanie…)
Alopécies
aigues
Effluviums
télogènes (fièvre, stress, chirurgie, syphilis,
post-partum…)
Médicamenteuses (chimiothérapie…)
Maladies générales, carences …
Alopécies d’effluvium anagène (rares)
Alopécies
chroniques
Alopécie
androgénogénétique (AAG)
Autres
Effluvium
telogène chronique
Dysthyroïdie
Carence martiale
Médicamenteuses (rétinoïdes…)
Certaines pelades
Alopécie physiologique de l’âge