Conduite à tenir devant une acné chez l'adolescent
Naïma MIDOUN-MOUACI
L'acné est un trouble du follicule pilo-sébacé probablement déterminé de manière génétique. Près de 90 % des adolescents sont concernés par cette dermatose qui est rarement sévère mais dont le retentissement psychologique peut être très important durant cette période de la vie bien particulière. Une relation malade-médecin de qualité est de ce fait indispensable car généralement, l'acné s'installe pour une durée variable mais qui s'étend volontiers sur plusieurs mois voire des années. De cette collaboration dépendra le succès ou l'échec du traitement. De grands progrès ont été réalisés dans la compréhension de cette affection et dans la prise en charge thérapeutique mais tout n'est pas parfaitement élucidé et l'évolution de l'acné chez un sujet donné reste imprévisible. L'isotrétinoïne a transformé le pronostic des acnés graves. Cependant, sa prescription est soumise à une réglementation stricte et une parfaite connaissance de ce médicament est souhaitable afin d'assurer son usage en toute sécurité. Des RMO ont été mises au point concernant les traitements anti-acnéiques per os.
Notions de physiopathologie

La lésion d'acné est la résultante de 3 phénomènes qui se produisent au niveau du follicule pilo-sébacé :

• une hyper - production de sébum : sous l'influence des androgènes ovariens, surrénaliens ou testiculaires, la glande sébacée s'hypertrophie et devient très active et ce dès la période pré-pubertaire. La SDHEA serait l'hormone déterminante dans l'apparition de l'acné.
une hyper - kératinisation anormale de l'infra-infundibulum aboutissant à la formation d'un bouchon corné gênant l'écoulement normal du sébum. Ce phénomène reste inexpliqué.
une prolifération d'agents microbiens en particulier du Propioni bacterium acnes qui libèrent des substances à l'origine d'une inflammation locale.

Epidémiologie

Parmi les facteurs favorisants l'acné, on peut citer :

• L'hérédité : plus il y a de cas d'acné dans la famille, plus le jeune adolescent aura de «chance» d'être atteint de manière importante. Il faut se méfier tout particulièrement des acnés qui commencent avant la puberté, qui sont nettement inflammatoires et qui s'étendent rapidement au tronc.

• Les troubles hormonaux chez la jeune fille sont rares contrairement à la femme «mature». Ils sont évoqués devant l'association d'acné, troubles des règles (cycles longs ou irréguliers), éventuellement hirsutisme et alopécie androgénétique. Ce contexte clinique d'hyperandrogénie doit faire pratiquer un bilan sanguin avec dosage d'hormones telles que testostérone, androstènedione, sulfate de déhydroépiandrostérone et dans la majorité des cas, il s'agit soit d'une simple hypersensibilité des récepteurs à un taux hormonal circulant normal, soit en cas de perturbation des taux d'un «syndrome des ovaires polykystiques» confirmé par la réalisation d'une échographie ovarienne. En dehors de toute perturbation hormonale nette, l'acné a souvent tendance à s'accentuer pendant la période prémenstruelle.

• Le soleil a une influence trompeuse : après une brève accalmie liée à ses effets anti-inflammatoires, il y a augmentation de l'hyperkératinisation au niveau de l'infra-infundibulum du follicule pilo-sébacé et on assiste généralement à une réapparition ou une aggravation de l'acné après l'exposition.

• Certains médicaments comme certaines pilules fortement dosées en dérivés de la testostérone vont soit déclencher une acné chez une jeune fille jusque-là indemne mais prédisposée à avoir de l'acné, soit aggraver une acné présente. De même, les corticoïdes per os ou locaux, certains anti-dépresseurs (de nombreux cas d'acnés spectaculaires ont été décrites il y a quelques années suite à la prise de Survector) ou des produits contenant de la vitamine B 12 sont parfois à l'origine d'acné tout comme l'exposition à certains hydrocarbures.

• Le stress comme la période d'examen est régulièrement rapporté par les acnéiques comme source d'aggravation de l'acné. En revanche, le rôle de l'alimentation (chocolat, charcuterie) n'a jamais été prouvé malgré les affirmations des sujets ou de leur entourage !

Aspects cliniques

L'acné peut débuter assez tôt dans la vie et ce d'autant plus qu'il y a une hérédité lourde en matière d'acné dans la famille. La peau devient progressivement grasse et les premiers comédons peuvent apparaître dès l'âge de 8 ­ 9 ans c'est à dire avant la puberté. Liés à la rétention de sébum dans le follicule pilo-sébacé, les comédons ou microkystes sont de petites élevures couleur peau normale, parfois à peine visible sauf si on prend soin de bien tirer la peau , et qui peuvent être soit fermés soit ouverts ( points noirs). Lorsque les comédons se rompent dans le derme, les lésions deviennent inflammatoires (macules érythémateuses, papules, pustules voire nodules) ou kystiques.

Le siège de l'acné est initialement médiofacial : front, menton, puis l'extension vers les joues, la poitrine et/ou le dos survient ultérieurement.

L'aspect de l'acné est extrêmement variable selon les adolescents :

• pour certains, l'acné se résumera à peu de lésions comédoniennes , éventuellement associées à quelques éléments inflammatoires limités au visage, durant quelques mois ou années avant de s'éteindre spontanément sans laisser de traces.
A l'inverse, il s'agira pour d'autres d'une acné sévère, avec prédominance de la composante inflammatoire, extension à la poitrine et au dos, séquelles cicatricielles inesthétiques, durant plusieurs années avec persistance à l'âge adulte.
Entre ces deux situations, tout peut se voir et aucun pronostic ne peut être fait en début d'évolution.

Le retentissement psychologique de l'acné peut être très important et n'est par ailleurs pas forcément proportionnel à la sévérité de la dermatose. C'est ainsi que quelques lésions inflammatoires seulement sur le visage peuvent être insupportables à vivre du fait de leur chronicité : c'est la classique «acné excoriée de la jeune fille», composée de papules érythémateuses accompagnées de lésions de grattage. A l'inverse, un adolescent peut parfaitement supporter l'aspect disgracieux d'une acné affligeante et on se retrouve devant la situation délicate de l'absence de motivation de ce jeune bien souvent «traîné» au cabinet du dermatologue par son parent (souvent la mère) alors qu'il n'avait rien demandé. Un dialogue basé sur la confiance doit s'instaurer entre le médecin et l'adolescent car les traitements anti-acnéiques sont longs, volontiers irritants et les récidives non rares. Il est bon de rappeler, dans l'espoir de convaincre l'adolescent de se traiter, que si l'acné est rarement grave, elle est toutefois source de cicatrices possibles et difficiles à améliorer.

L'acné peut exceptionnellement survenir dans un contexte d'altération de l'état général avec fièvre, douleurs articulaires et musculaires et les lésions acnéiques deviennent nécrotiques, ulcérées. Ce tableau préoccupant peut concerner l'adolescent en particulier de sexe masculin et sa cause pour le moment non élucidée. C'est «l'acné fulminante».

Conduite à tenir

Expliquer

La première consultation d'un adolescent acnéique est cruciale. En effet, de la qualité de la relation jeune-médecin va dépendre le succès de cette prise en charge qui risque d'être longue car aucun médicament actuel, hormis peut-être l'isotrétinoïne n'a d'influence sur le cours de l 'acné qui s'arrête quand elle le veut bien. Expliquer simplement et rapidement ce qu'est l'acné, pourquoi il faut la traiter, comment la traiter, combien de temps la traiter, tout ceci a des chances de responsabiliser le jeune et lui faire accepter la notion de temps, bien délicate au moment de l'adolescence où on veut tout et tout de suite. Les parents doivent être associés dans cette prise en charge mais il faut savoir «gérer»cette relation à trois : médecin-adolescent-parent (généralement la mère). Régulièrement, on assiste à un petit conflit du genre "Docteur, si mon enfant a des boutons c'est parce qu'il mange n'importe quoi et qu'il ne se lave pas". Difficile de contredire et pourtant , il ne faut pas hésiter à être ferme dans l'interprétation de la réalité tout en développant une grande écoute.

Traiter

Le traitement médical va dépendre essentiellement du type d'acné. Un examen soigneux du visage et du tronc en tirant bien la peau afin de visualiser correctement les microkystes est indispensable pour déterminer quels seront les médicaments les plus adaptés.

Si l'acné est limitée à des comédons, le traitement sera local :

• Vitamine A acide ou trétinoïne (Kétrel®, Locacid®) dont l' action kératolytique permet de «déboucher» le microkyste. Présentée sous forme de crème ou de gel ou de solution dosée à 0,025 ou 0,05 %, la vitamine A acide doit être utilisée avec précaution. L'application doit se faire sur une peau sèche, en évitant le contour des yeux et de la bouche et à un rythme progressif : un jour sur 3 pendant plusieurs semaines puis un jour sur 2 puis si tout va bien tous les jours. L'association à une crème hydratante ou anti-irritante est indispensable car la vitamine A acide a un des effets secondaires non négligeables tels que dessèchement, desquamation, irritation de la peau.

• Autre comédolytique, l'adapalène (Différine®) est disponible sous forme de gel ou de crème et serait mieux toléré. Les précautions d'emploi restent les mêmes.

• Ces 2 médicaments sont contre-indiqués chez la femme enceinte et la prudence est de règle en période estivale.
Lorsque les comédons sont peu nombreux ou lorsqu'il n'est pas possible de prescrire ni la vitamine A acide ni l'adapalène, les crèmes, lotions ou gels à base d'acides de fruits (Cleanance K®, Kéracnyl®) peuvent être une alternative. Ce sont des cosmétiques qui sont moins irritants mais dont l'efficacité est cependant plus modeste que celle des précédents.

• Des séances de nettoyage de peau (petite chirurgie de l'acné) complètent utilement ces traitements. Réalisée au cabinet du médecin, la technique consiste en l'évacuation du sébum des comédons : il faut percer la lésion à l'aide d'une micro-lance et presser avec une compresse afin de vider les micro-kystes. Peu douloureux mais désagréable, le nettoyage de peau laisse une peau rouge, parfois oedématiée, éventuellement quelques petites croûtes le lendemain mais en aucun cas de trace durable. Le nombre de séances est déterminé par la quantité de lésions rétentionnelles.

Lorsque des lésions érythémateuses se mêlent aux comédons mais que l'acné est modérée et limitée au visage, des traitements locaux à visée anti-inflammatoire sont associés aux comédolytiques.

• Le peroxyde de benzoyle (Pannogel®, Eclaran®, Effacné®) sous forme de gel (2,5, 5 ou 10) est efficace mais volontiers irritant et décolore le linge.

• Les antibiotiques sous forme de gels ou de solutions tels que l'érythromycine (Erythrogel®, Eryfluid®) ou la clindamycine (Dalacine T Topic®) sont une alternative.

En cas d'extension de l'acné inflammatoire à la poitrine et au dos, un traitement oral doit être associé aux topiques.

• Les cyclines sont prescrites pendant une durée minimale de 3 mois : Minocycline (Zacnan® 100 mg/jour) ou Doxycycline (Tolexine, Granudoxy® 100 mg/jour) ou Limécycline (Tétralysal® 300 mg/jour) en respectant les contre-indications classiques et les précautions d'emploi (pas d'exposition solaire).

• Le gluconate de Zinc (Rubozinc®) est une autre possibilité mais probablement moins efficace.

• En cas d'échec de ces traitements (sous réserve qu'ils aient été bien suivis) ou si l'acné est d'emblée sévère, on peut proposer l'Isotrétinoïne (Roaccutane®).
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Ce médicament a véritablement transformé le pronostic de l'acné grave ou résistante. Hautement tératogène, sa prescription chez le jeune doit être soigneusement pesée et l'information relative aux modalités de traitement clairement transmise à l'adolescent et à sa famille dont le consentement est requis si l'adolescent est mineur.
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L'Isotrétinoine a des contre-indications formelles : la grossesse (et l'allaitement), l'insuffisance rénale ou hépatique, l'hyperlipidémie, la prise concomitante de cyclines.
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Chez la jeune fille, une contraception efficace à débuter 1 mois avant le début du traitement , le dosage des Béta-HCG qualitatif 3 jours avant le début, à renouveler régulièrement au bout d'1 mois puis tous les mois et 5 semaines après la fin de la cure sont indispensables. Il est utile d'informer également les adolescents de sexe masculin (bien qu'ils ne soient pas directement concernés) de cet effet nocif sur le foetus afin de leur faire comprendre qu'il s'agit d'un médicament strictement personnel. Un formulaire d'accord de soin et de contraception en double exemplaire est à faire signer à la jeune fille ou par ses parents si elle est mineure.

• La durée du traitement varie en fonction de la dose totale cumulée par cure : entre 120 et 150 mg/kg afin d'éviter au maximum les récidives.

• La surveillance biologique en dehors du test de grossesse chez la fille comprend le dosage des transaminases, du cholestérol et des triglycérides avant traitement puis au bout d'un mois à posologie maximale et éventuellement tous les deux mois en cas de facteurs de risque (trouble du métabolisme lipidique, hépatite virale, obésité).

• Les effets secondaires cutanéo-muqueux liés à l'isotrétinoïne sont dose-dépendants et réversibles. Ils sont dominés par la sécheresse de la peau et des muqueuses : chéilite quasi-obligatoire, yeux secs (se méfier des porteurs de lentilles de contact). L'ordonnance doit de ce fait comporter des émollients( Enydrial®, Apaisac®), des sticks labiaux, des gels ophtalmiques hydratants ou des larmes artificielles, et des écrans solaires (Avène®, Anthélios®) en cas d'exposition solaire.

• Il arrive que l'acné s'aggrave sous isotrétinoine : il faut alors s'assurer que les comédons ont été retirés avant la cure mais dans de nombreux cas, l'apparition soudaine de nodules inflammatoires inexistants au départ reste inexpliquée tout comme la survenue rare mais sévère d'acné fulminante dans un contexte d'altération de l'état général. Dans ce cas, une hospitalisation s'impose. Une corticothérapie générale de courte durée (Cortancyl 0,5mg/kg) est alors instituée pendant quelques jours jusqu'à extinction du processus inflammatoire et le Roaccutane arrêté ou très abaissé.

• Les "échecs" de l'isotrétinoïne doivent faire évoquer un éventuel trouble hormonal chez la fille. Quant aux récidives de l'acné après une cure, elles concerneraient 20 % des acnés et seraient d'autant plus fréquentes que l'acné initiale était sévère, très rétentionnelle ou que la dose d'Isotrétinoïne ait été insuffisante. Dans ce cas, une nouvelle cure peut être proposée selon les mêmes modalités.
Il n'y a pas de limite d'âge inférieure pour la prescription de l'Isotrétinoïne.

Autre traitement oral possible, la Diane 35® peut être conseillée à une jeune fille acnéique souhaitant une contraception. Dans cette optique, il est bon qu'une collaboration gynécologue-dermatologue s'établisse afin de choisir selon les cas soit la Diane, soit une autre pilule ne favorisant pas l'acné, soit carrément l'Androcur® en cas d'hyperandrogénie.

Une fois l'acné guérie, on peut être amené à intervenir pour les cicatrices éventuelles. Dans ce cas, il faut savoir attendre (sauf pour les lésions chéloïdiennes justiciables de corticoïdes intra-lésionnels assez rapidement) au moins 1 an après l'extinction du processus pour proposer soit une laser-abrasion soit un relèvement chirurgical des cicatrices en creux.

Enfin, les cosmétiques ont une part non négligeable dans le quotidien d'un acnéique. Il faut bannir les produits agressifs sensés réduire l'aspect luisant de la peau grasse et éliminer les «boutons». Une toilette avec un pain dermatologique, un lait de toilette ou un gel moussant pour peaux acnéiques (gel purifiant RocD, Cleanance, Kéracnyl) est à conseiller en rappelant (aux mamans) que l'acné n' est pas due à un manque d'hygiène !!! D'autre part, nous l'avons vu, la prescription de crèmes hydratantes (Ictyane, Enydrial) ou anti-irritantes (Apaisac, Clean-ac) est souvent indispensable. Enfin, le maquillage est tout à fait possible voire très utile si le «camouflage» des lésions est souhaité, la plupart des cosmétiques étant testés «non- comédogènes» et la protection vis à vis du "faux ­ ami" qu'est le soleil fortement recommandée (Photoderm, Anthélios, Avène).

En 2001, l'acné ne doit plus être considérée comme une fatalité .

Docteur Naïma MIDOUN-MOUACI
36 avenue d'Italie
75013 PARIS


MOTS-CLES : Acné - Adolescente - Séborrhée - Comédons - Hirsutisme - Hyperandrogénie - SOPK - Roaccutane - Androcur