Essais
comparant d'emblée un inhibiteur de l'aromatase au tamoxifène
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La première étude
publiée en adjuvant est l’étude
ATAC (Arimidex, Tamoxifen Alone or in Combination)[5-6-7]. 9 366
patientes ont été randomisées entre 1996 et 2000.
Cette étude a initialement mis en évidence une amélioration
de la survie sans événement sous anastrozole par rapport
au tamoxifène (la survie sans événements regroupe
les rechutes locales, les cancers controlatéraux et les métastases)
chez les patientes RE+. Avec un recul de 68 mois de suivi, on observe
en valeur absolue un gain de 2,4 % en survie sans évènement
pour l’ensemble de la population et de 2,9 % si l’on ne
prend en compte que les patientes dont la tumeur est RE+. 831 décès
ont été observés, dont 500 par cancer du sein.
Il n’a pas été observé de différence
en termes de survie entre les deux traitements HR = 0,97 (0,85- 1,12).
Des études de sous-groupes ont été effectuées
qui tendent à montrer une plus grande efficacité de l’anastrozole
chez les patientes non traitées par chimiothérapie et
chez les patientes dont la tumeur ne s’accompagnait pas d’un
envahissement ganglionnaire. Il a également été observé une
efficacité plus significative chez les patientes dont la tumeur était
RE+, RP-. Il faut cependant se méfier des études de sous-groupes
où le facteur chance peut être non négligeable
dans le résultat observé. Le bras associant tamoxifène
et anastrozole avait par ailleurs été arrêté en
raison d’une absence d’efficacité supérieure
au tamoxifène seul.
En
ce qui concerne les effets indésirables,
l’anastrozole induit moins de problèmes gynécologiques,
de cancers de l’endomètre et d’accidents thromboemboliques
que le tamoxifène. On note en revanche, davantage de problèmes
musculaires, articulaires et de fractures osseuses. Ces effets indésirables
observés sont logiques par rapport au mécanisme d’action
des inhibiteurs de l’aromatase. Il faut cependant noter qu’il
est curieux d’observer près de 30 % d’arthralgies
sous tamoxifène, ce qui ne correspond pas à notre observation
clinique et qui souligne les limites méthodologiques des recueils
de données de ces effets indésirables. Quoi qu’il
en soit, une étude de qualité de vie pendant les deux
premières années de traitement portant sur 1 021 patientes
n’a pas trouvé de différence majeure entre les
deux bras de l’étude[8]. Il faut cependant noter davantage
de sécheresse vaginale, de dyspareunie et de diminution de la
libido sous anastrozole.
La deuxième étude
de ce type a comparé le létrozole
au tamoxifène. C’est en fait une partie de l’étude
BIG 1-98 (Breast International Group)[9] qui est une étude randomisée
comparant 5 ans de letrozole à cinq ans de tamoxifène
et à deux ans de tamoxifène suivis de trois ans de létrozole
et à deux ans de létrozole suivis par trois ans de tamoxifène.
8 010 femmes ont été recrutées : 4 003 dans le
bras létrozole et 4 007 dans le bras tamoxifène. Le recul
est court : 25,8 mois. Il a été observé 351 événements
sous létrozole contre 428 sous tamoxifène. Le létrozole
réduit donc de manière significative le risque de survenue
d’un événement HR = 0,81 (IC = 0,70-0,93) et de
rechute à distance : HR = 0,73 (IC : 0,60-0,88). Le bénéfice
en valeur absolue en survie sans événement à 2,2
ans est de 2,6 %. Les études de sous-groupes montrent une plus
grande efficacité du létrozole dans tous les sous-groupes.
Il a été observé davantage de fractures sous letrozole
: 5,7 % versus 4 % (p< 0,001) et moins d’accidents
thromboemboliques et de problèmes gynécologiques que
sous tamoxifène. Sans que la différence soit significative,
il a été observé 4 cancers de l’endomètre
contre 10 sous tamoxifène et il a été noté plus
d’hypercholestérolémie sous létrozole et
plus d’événements cardiaques de grade 3, 4 et 5
: 2,1 % contre 1,1 % (p < 0,001) avec un excès de décès
liés à un problème cardiaque ou vasculaire cérébral
(p = 0,08).
Une troisième étude d’envergure est
en cours. Il s’agit de l’étude TEAM (Tamoxifen Exemestane
Adjuvant Multicenter study) comparant 5 ans de tamoxifène à 5
ans d’exemestane chez 7 000 patientes. Le schéma de l’étude
a été récemment modifié et finalement 5
ans d’exemestane seront comparés à 2 ans de tamoxifène
suivis de trois ans d’exemestane.

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Essais
d'hormonothérapie prolongée
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Un
essai conjoint du National Cancer Institute du Canada et du Breast
International Group, l’essai MA17/BIG 1-97[10-11] a randomisé chez
des patientes ménopausées RH+ qui avaient poursuivi
5 ans de tamoxifène la prise de létrozole pendant cinq
autres années à un placebo. Cet essai a été arrêté prématurément
après une analyse intermédiaire qui a mis en évidence
un gain thérapeutique en faveur du létrozole. Ce bénéfice
obtenu en regroupant les rechutes loco-régionales, les rechutes à distance
et les métastases était de 3,5 % à un suivi
médian de 30 mois. Il était attendu un bénéfice
absolu à 4 ans de 4,6 %. Un bénéfice en survie
globale a été mis en évidence pour les patientes
dont la tumeur s’accompagnait d’un envahissement ganglionnaire
avec un Hazard Ratio de 0,61 (IC = 0,38-0,98). Les analyses de sous-groupes
sont également en faveur du létrozole. L’arrêt
prématuré de cet essai fait que nous manquons de données
pour une analyse optimale des effets indésirables. En raison
de l’arrêt de cet essai, nous ne pouvons pas non plus
savoir quelle est la durée optimale d’un traitement
par létrozole après tamoxifène. Une extension
de ce protocole est en cours et nous aidera probablement à avoir
davantage de données d’efficacité et de toxicité avec
cependant des biais inhérents à la levée du
double aveugle de cet essai.
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Essais
d'hormonothérapie séquentielle (non programmée)
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Plusieurs
essais randomisés ont comparé le tamoxifène
pendant cinq ans à une séquence tamoxifène pendant
2 ou 3 ans suivie d’un inhibiteur de l’aromatase.
Le premier
essai publié utilisait l’exemestane[12]. Il s’agit
de l’essai IES/BIG (Intergroup Exemestane Study) au cours duquel
4 742 patientes ménopausées ont été randomisées.
Après 30,6 mois (23,9-36,6) de médiane de suivi il a été noté 449 événements:
266 sous tamoxifène et 183 sous exemestane avec un Hazard Ratio
de 0,68 (IC : 0,56-0,82) p = 0,00005, soit une différence en
valeur absolue de 4,7 % à trois ans. Il a été observé davantage
de symptômes gynécologiques sous tamoxifène (p< 0,001)
et d’événements thromboemboliques (p = 0,003) ainsi
que l’apparition de 53 seconds cancers primitifs sous tamoxifène
contre 27 sous exemestane (p 0,003). Sous exemestane, on a noté davantage
de crampes (p < 0,001), d’arthralgies (p = 0,001) et de diarrhées
(p < 0,001) ainsi qu’une incidence plus élevée
d’ostéoporose (p < 0,05) et de troubles visuels (p
= 0,04). Une actualisation de cet essai a été présentée
au congrès de 2006 de la société américaine
de cancérologie[13] à 55,7 mois de médiane de
suivi. On a noté la survenue de 354 événements
sous exemestane contre 454 sous tamoxifène avec un gain en survie
globale en faveur de l’exemestane pour les patientes dont les
récepteurs
des estrogènes étaient positifs ou inconnus RR = 0,83
(IC : 0,69-0,99) .

Des essais
numériquement plus petits ont testé le
même
principe d’hormonothérapie séquentielle mais avec
l’anastrozole. Il s’agit de l’essai ITA (Italian
Tamoxifen Anastrozole Trial)[14] et de la compilation de l’essai
ABCSG[8] (Austrian breast and colorectal study group) et de l’essai
ARNO (Arimidex Nolvadex)[15-16]. 448 patientes N+, RE+ ont été randomisées
dans l’essai ITA. Avec une médiane de suivi de 36 mois,
45 évènements ont été observés dans
le bras tamoxifène contre 17 sous anastrozole (p = 0,0002).
Il existe également un bénéfice en survie sans
rechute de 5,8 % à 3 ans (IC : 5,2 %-6,4 %). Il y a eu
davantage d’effets indésirables rapportés sous
anastrozole : 43,9 % versus 36 %, mais davantage d’effets indésirables
graves sous tamoxifène.
La compilation des essais ABCSG et ARNO regroupe 3224 patientes ménopausées
RH+, N- ou N+. Les critères d’inclusion des deux essais
n’étaient pas strictement superposables de même
que le moment de la randomisation à l’entrée de
l’étude dans l’essai ABCSG, au cours des deux ans
de tamoxifène dans l’essai ARNO, ce qui a pu faire exclure
des patientes ayant rechuté précocement. Quoi qu’il
en soit, à une médiane de suivi de 28 mois on a noté 67 événements
sous anastrozole contre 110 sous tamoxifène (HR = 0,60 IC :
0,44-0,81). Il a été observé plus de fractures
(p = 0,015) sous anastrozole et plus d’accidents thrombo-emboliques
sous tamoxifène (p= 0,034).
Nous n’avons
pas encore les résultats des hormonothérapies
séquentielles programmées telles que prévues dans
le protocole BIG1 -98, qui est toujours en cours. Ce protocole comporte,comme
nous l’avons déjà mentionné, quatre bras
permettant une comparaison tamoxifène 5 ans versus létrozole
5 ans versus tamoxifène deux ans suivi de létrozole trois
ans versus létrozole deux ans suivi de tamoxifène 3 ans.
Une méta-analyse[17] regroupant cinq essais randomisés
avec, au total, 8 794 patientes a été publiée.
Il a été observé une diminution de 23 % de la
survenue d’événements sous inhibiteurs de l’aromatase
(RR = 0,67 IC : 0,59-0,76) avec un bénéfice en valeur
absolue de 3,8 %. La survie sans rechute locale et à distance
est également améliorée sous inhibiteurs (RR =
0,68 IC : 0,59-0,79) de même que la survie globale avec un bénéfice
en valeur absolue de 1,2 % et de 24 % en diminution du risque relatif
(IC = 0,62-0,93) Cette méta-analyse s’est également
intéressée aux effets indésirables et a confirmé l’excès
de fractures sous inhibiteurs de l’aromatase RR = 1,5 (IC : 1,12-2,02)
et de moindre survenue de cancer de l’endomètre : RR =
0,32 (IC = 0,13-0,77) par rapport aux patientes restées sous
tamoxifène. Il n’a pas été observé d’hétérogénéité entre
les différentes études.

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Quel
traitement proposer ? |
Il existe
un consensus pour proposer chez les femmes ménopausées
un inhibiteur de l’aromatase à un moment quelconque de
leur traitement adjuvant[18]. Cependant le meilleur usage et la meilleure
molécule restent inconnus. Il n’y a pas eu, en effet,
en situation adjuvante de comparaison directe entre les différents
inhibiteurs de l’aromatase.
Faut-il
commencer le traitement adjuvant d’emblée par un inhibiteur de l’aromatase et lequel ?
Est-il préférable de débuter par le tamoxifène
et de poursuivre par un inhibiteur ou l’inverse ?
Des modèles mathématiques ont été proposés
pour privilégier telle ou telle attitude. Un modèle de
Markov suggère qu’il est préférable, après
deux ou trois ans de prise de tamoxifène, de permuter vers un
inhibiteur de l’aromatase pour réduire les risques de
rechute dans les 10 à 15 années ultérieures[19]
alors que Cuzick pense qu’il est préférable de
débuter le traitement d’emblée par un inhibiteur
de l’aromatase[20], ce qui illustre bien les limites de ces approches.
Les données des essais publiés peuvent faire penser que
des sous-groupes de patientes peuvent bénéficier de tel
ou tel traitement. Les inhibiteurs de l’aromatase pourraient être
plus bénéfiques chez les patientes dont la tumeur est
RE +, RP- [15] et ils pourraient être plus actifs en cas de surexpression
de CerbB2[21]. Les cancers du sein hormono-dépendants sont variés.
Certains vont faire partie des cancers du sein luminal A (RE+, RP+
et de bas grade), d’autres des cancers luminal B (généralement
de haut grade) et d’autres auront une surexpression de CerbB2.
En fonction de ces différentes présentations des hormonothérapies
différentes pourraient peut-être être utilisées.
Doit-on
utiliser les inhibiteurs de l’aromatase après
la chimiothérapie ou en même temps ? Leur efficacité diffère –t-elle
en fonction de celle-ci ? Quand une aménorrhée est induite
par la chimiothérapie, peut-on proposer des inhibiteurs de l’aromatase
? En fait, aménorrhée ne veut pas dire ménopause
et une récupération de la fonction ovarienne peut-être
observée jusqu’à 24, voire 36 mois après
l’arrêt des règles. Smith IE [22] a rapporté que
sur 45 femmes âgées en moyenne de 47 ans (39-52 ans) 27
% avaient retrouvé une fonction ovarienne sous inhibiteurs de
l’aromatase .
Le choix des différents traitements doit aussi être envisagé en
fonction du profil de tolérance (ostéoporose, accidents
thromboemboliques…)

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Conclusion |
L’hormonothérapie
adjuvante des cancers du sein s’est considérablement
enrichie ces dix dernières années avec l’introduction
des inhibiteurs de l’aromatase. La survie sans événement
des patientes s’est améliorée de manière
statistiquement significative par rapport aux patientes traitées
par tamoxifène. Avec le recul, un bénéfice en
survie globale va très certainement apparaître. Il reste à mieux
cerner nos indications et à apprécier les effets indésirables à long
terme de ces nouvelles modalités thérapeutiques.
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Références
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