Introduction |
Les adénofibromes
(AF) mammaires sont des tumeurs solides bénignes fréquentes
(1 femme sur 5) surtout avant la quarantaine. Son origine est le lobule
mammaire au stade débutant d'adénome pur, hormonosensible.
Ensuite le conjonctif se développe : véritable adénofibrome,
hormono-indépendant. |
Evolution |
Sa croissance peut-être très
rapide parfois sur le mode inflammatoire, inquiétant ; c'est
l'adénofibrome géant, le plus souvent chez la jeune
fille ou (en théorie, mais rare en pratique) lors de la grossesse
avec possibilité d'infarcissement.
Il peut être multiple, c'est la
poly-adénofibromatose, parfois bilatérale chez
de très jeunes filles, et les récidives sont fréquentes
(10% des cas sont des jeunes femmes noires).
Avec l'âge, une sclérose
hyaline s'installe, stabilisant le volume. Des macrocalcifications coralliformes
typiques s'y installent.
La disparition spontanée est
possible au stade d'adénome pur chez les adolescentes.
L'adénofibrome ne dégénère
jamais. La survenue d'un cancer du sein au coeur d'un adénofibrome
est exceptionnelle et fortuite.
Des notions plus récentes font
état de deux sortes d'adénofibromes (AF) :
• les AF simples
• les AF complexes, incluant des modifications bénignes
(kystes, adénose) ou des lésions proliférantes
(hyperplasie canalaire ou lobulaires parfois atypiques). De telles lésions
peuvent survenir dans la périphérie immédiate de
l'AF et sont un facteur de risque ultérieur possible de survenue
d'un cancer du sein surtout s'il existe des antécédents
familiaux. Ce phénomène est plus fréquent si la
survenue de l'AF est tardive après 35-40 ans.
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Diagnostic |
Il est essentiel de s'assurer du diagnostic
d'adénofibrome simple surtout si la décision chirurgicale
ne semble pas urgente.
L'examen clinique recherche les caractères bénins classiques
(nodule élastique régulier bien mobile sans signe cutané
ni adénopathie adjacente). La situation et la taille comparativement
à différents examens seront notées sur un schéma.
La mammographie peut être pratiquée même chez les
jeunes filles (ne pas répéter si elle est rassurante)
: seulement 60% d'entre elles ont des seins très denses de lecture
difficile.
Une opacité dense à contours réguliers est
en faveur de la bénignité (causes d'erreur les carcinomes
médullaires ou colloïdes ou les tumeurs phyllodes) ; elle
peut être polylobée. Des contours partiellement flous ou
la présence de microcalcifications évoquent un AF complexe
voire un carcinome.
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L'échographie est surtout intéressante
dans les seins denses peu lisibles en mammographie. Elle permet une
mesure précise de l'AF et donc une surveillance régulière
car elle est anodine. Elle permet de visualiser certains AF de petite
taille < à 1 cm source de récidive post-opératoire.
Un renforcement postérieur est possible dans les AF en croissance
et ne doit pas affoler d'emblée.
La cytoponction directe
si l'AF est palpable ou sous échographie est impérative
dans tous les cas pour éliminer les rares carcinomes d'allure
bénigne (médullaires et colloïdes) et les tumeurs
phyllodes (à composante conjonctive prédominante, elles
peuvent évoluer vers un sarcome).
Les AF en croissance ou les AF complexes peuvent donner une cytologie
inquiétante (4% de faux +). S'il existe plusieurs AF on
ponctionnera de principe les plus volumineux ou les plus récents.
En cas de doute radio ou cytologique et si une chirurgie rapide n'est
pas souhaitée une microbiopsie pourra être proposée
(ex : AF multiples chez une jeune femme ayant des ATCD familiaux de
cancer du sein ou femme âgée à risque anesthésique).
Des marqueurs de cancérogénèse peuvent être
pratiqués sur ces biopsies par immunohistochimie (angiogénèse
-. P53. CerbB2. DNA) : onéreuses et délicates à
réaliser ces techniques ne sont pas encore passées dans
la pratique courante.
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Attitudes pratiques |
A condition qu'un bilan diagnostique
complet ait été pratiqué dans tous les cas
: examen clinique + imagerie + cytologie (seulement 1% de faux négatif)
La contraception orale
est possible chez les jeunes filles de type estroprogestatif
classique - même si les études sur le sujet sont peu nombreuses
avec des durées de prescription courte, aucune ne montre d'augmentation
du risque d'AF.
La pilule normodosée diminuerait même pour certains le
risque d'AF avec un effet durée. Les contraceptifs faiblement
dosés à 15 ou 20 γ peuvent être préférés
chez les adolescentes. Les progestatifs purs n'ont aucune indication
thérapeutique ici et nous paraissent non souhaitables à
cet âge en raison des troubles du cycle qu'ils induisent (notons
que cette prescription franco-française repose sur des pré-supposés,
l'insuffisance lutéale, non vérifiée à ce
jour dans les mastopathies bénignes contrairement aux pathologies
de l'endomètre).
Lors de la grossesse
le risque de croissance et d'infarcissement est théorique. Un
bilan diagnostique doit être pratiqué : si la mammographie
est plus difficile, l'échographie et la cytoponction ne
posent aucun problème. L'examen clinique est plus facile et
conseillé au tout début et au 6ème mois de
grossesse. L'apparition d'un nodule en cours de grossesse doit faire
éliminer un cancer (dont la gravité particulière
est surtout due au retard au diagnostic). En cas d'AF stable
l'allaitement est tout à fait possible.
Le traitement hormonal de ménopause
est toujours possible : exérèse chirurgicale (cf infra)
si l'AF est récent, poursuite de la surveillance si l'AF est
ancien, stable, de petite taille et contient des macrocalcifications
typiques signant sa stabilité. L'attitude est la même en
cas de découverte fortuite chez une femme âgée.
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Indications chirurgicales
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L'exérèse chirurgicale
n'est pas systématique chez les jeunes femmes avant 30 ans, si l'AF est de volume
modéré < 2,5 cm, stable et indolore. Dans ces cas et
après confirmation diagnostique (cf supra) une surveillance
simple est proposée avec examen clinique et échographie
de contrôle annuels.
De même la découverte fortuite chez une femme âgée
d'un AF renfermant des microcalcifications (traduisant un AF ancien
et stabilisé) n'impose pas de chirurgie.
Par contre, l'exérèse ne doit pas
être différée en cas d'augmentation de volume rapide
(faisant suspecter une tumeur phyllode) ou devant des signes de suspicion
en imagerie (contours flous ou/et microcalcifications) ou en cytologie
(cellules à noyaux un peu gros, mitoses) d'autant plus qu'il
existe des antécédents familiaux de cancer du sein. Notons
que la découverte fortuite d'un carcinome in situ ou invasif,
enclos dans l'adénofibrome serait de meilleur pronostic.
On interviendra de principe et sans urgence devant un
AF survenant après 30 35 ans, ou volumineux > 2 à
3 cm, d'autant plus si la femme souhaite une grossesse.
La tumorectomie ne doit jamais être une simple
énucléation mais toujours emporter un petit liseré
de sécurité pour analyse du parenchyme environnant.
Le recours à un chirurgien plasticien peut
être indiqué si le nodule est gros > 3 cm, mal situé
sur le plan esthétique (Q.S. Interne) ou en cas de poly-adénofibromatose
: les récidives sont fréquentes, le résultat esthétique
(cicatrice, remodelage de la glande parfois nécessaire) est primordial.
Dans tous les cas la voie péri-aréolaire ou sous mammaire
doit être privilégiée.
ARBRE
DECISIONNEL DEVANT UN ADENOFIBROME
Conduite
à tenir devant un adénofibrome du sein si :
- Clinique
- Mammographie
± écho
- Cytologie
sont en
faveur de la bénignité
Surveillance
- Femme
coopérante
- Adénofibromes
multiples de petite taille
- Age
< 30 ans et volume stable
- Femme
âgée et macrocalcifications
Contraception,
grossesse et allaitement sont possibles. |
Chirurgie
| >
30 ans
Augmentation de volume
Eventuellement
- désir de grossesse
- antécédent de cancer du sein |
Augmentation
de volume rapide
Element suspect : contours flous - renforcement écho
Cytologie : cellules actives |
Volume
> 5 cm
AF multiples |
↓ |
↓ |
↓ |
| Chirurgie
sans urgence |
Chirurgie
sans tarder |
Plasticien
si possible |
|
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Existe t-il un traitement
médical ?
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Les progestatifs purs, nous l'avons
vu, sont sans intérêt thérapeutique (même si, en diminuant l'oedème
conjonctif, ils peuvent faire croire à une diminution de volume).
Pour certains ils augmenteraient le risque de mastopathie proliférante.
Des tentatives thérapeutiques avec le
Tamoxifène (20 mg/j en continu + progestatif à
dose antigonadotrope) 6 mois maximum se sont montrés décevants
avec une efficacité <50 % et avec récidive fréquente
à l'arrêt.
Rappelons la possibilité de disparition
spontanée des adénomes purs que certaines publications
ont pu comptabiliser comme succès thérapeutiques.
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Conclusion |
Après un diagnostic complet,
l'AF simple de la jeune fille peut être surveillé. Une
indication chirurgicale rapide ou sans urgence sera posée devant
les autres modalités évolutives.
Docteur Francine PERRET
Oncologie - Maladies du Sein
Hôpital Saint-Louis
1 avenue Claude Vellefaux
75010 PARIS |
Bibliographie
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TOURNANT B. Progestatifs et seins. Réalités
en gynécologie obstétrique 2002, 71 : 10-12
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