Introduction
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L'écoulement mamelonnaire spontané
ou provoqué uni ou pluriorificiel représente 5% des motifs
de consultation en pathologie mammaire.
Il est à distinguer de la galactorrhée (écoulement
pluriorificiel lactescent souvent bilatéral survenant en dehors
de l'allaitement) qui traduit une pathologie endocrinienne le plus souvent
extra-mammaire.
L'écoulement unipore,
quelle que soit sa couleur (séreux ou sanglant) est toujours
suspect de pathologie organique sous-jacente
et doit être exploré complètement.
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Clinique
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Un écoulement unipore isolé
a une étiologie bénigne neuf fois sur dix. Associé
à une tumeur palpable il correspond à un cancer
du sein dans 30 % des cas, l'examen clinique doit donc être particulièrement
soigneux d'autant qu'ici les examens complémentaires sont souvent
décevants.
L'interrogatoire
Précisera
l'âge et le statut gynécologique de la patiente, la parité
et l'allaitement antérieur, les prises médicamenteuses
(contraception orale ou traitement de la ménopause plus ou moins
bien adaptés).
Les antécédents
mammaires personnels : syndrome pré-menstruel, mastopathie
kystique, antécédents chirurgicaux ou biopsie antérieure
(exiger les comptes rendus histologiques) recherche d'un facteur de
risque de cancer du sein (mastopathie proliférante ou atypique)
; l'existence d'épisodes inflammatoires antérieurs liés
ou non à l'allaitement sont importants pouvant expliquer certains
aspects cliniques ou radiologiques.
Les antécédents familiaux
de cancer du sein sont toujours à rechercher (risque si 3
cas familiaux au 1er ou 2ème degré ou cas si l'un est
bilatéral ou avant 40 ans ou chez un homme).
Examen clinique
Le
mode de début de l'écoulement, ses caractères
(abondance, couleur, localisation, caractère provoqué
ou non) sont précisés.
Ecoulement mamelonnaire suspect
- Spontané
- Unilatéral
- Unipore ++
- Associé à une
masse palpable +++
- Aqueux, séreux, sanglant,
séro-sanglant +++
- Survenue chez une femme âgée
+++
- Survenue chez un homme
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L'examen clinique se pratique comme toujours
sur une femme torse nu, couchée puis assise en mobilisant le
tronc et les bras à jour frisant.
- L'inspection (aidée éventuellement
d'une loupe) peut révéler un signe en faveur d'une tumeur
mammaire plus ou moins évidente : voussure, rétraction
mamelonnaire, point de capiton. On notera sur un schéma
l'emplacement du pore qui coule, parfois obstrué par
un petit caillot.
- La palpation du sein mains à
plat quadrant par quadrant par pression centripète recherche
la zone dont l'expression reproduit l'écoulement.
Une tumeur ou une zone dense mal limitée peut être découverte
à cette occasion. Une dilatation d'un galactophore terminal
peut être retrouvée dans la zone rétro-mamelonnaire.
- L'examen se poursuit par l'étude
des aires ganglionnaires et un examen général.
Cet examen clinique est fréquemment normal et impose des examens
complémentaires.
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Examens complémentaires
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| Mammographie
| Elle est systématique
et fréquemment normale ou montre des seins denses.
Elle découvre parfois une petite opacité infraclinique
ou un foyer de microcalcifications. Les canaux galactophores
rétro-aréolaires sont parfois anormalement visibles
traduisant une ectasie, la découverte de microkystes
(opacités rondes confirmées par l'échographie)
est fréquente. Il peut exister des calcifications intragalactophoriques
allongées régulières caractéristiques
de phénomènes inflammatoires anciens (mastite plasmocytaire). |
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Ectasie
galactophorique sécrétoire |
Echographie
| Elle peut retrouver
des kystes évoqués à la mammographie, une
dilatation des galactophores ici bien visible, préciser
les caractères d'un nodule échogène. |
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Papilloma
intra-galactophorique |
Galactographie
Elle s'impose en cas d'écoulement
uniorificiel. Le cathétérisme du galactophore qui
coule, délicat, ne doit pas faire mal (la douleur traduit une
effraction canalaire, l'examen est alors ininterprétable). Trois
images peuvent être retrouvées : la dilatation
correspond à une ectasie galactophorique, toujours bénigne.
Les images de lacune ou d'amputation traduisent une pathologie
endocanalaire, souvent tumorale, bénigne ou maligne. Un arbre
galactophorique régulièrement injecté jusqu'au
pectoral traduit la normalité. Il existe des artéfacts
(bulle d'air, compression extrinsèque par un kyste par exemple)
à ne pas confondre avec ces images pathologiques. Dans tous les
cas, l'intérêt est surtout topographique pour guider
un geste chirurgical car les images ne sont nullement caractéristiques.
Cytologie
Elle s'impose en cas d'écoulement
uniorificiel quelle que soit sa couleur (séreux, citrin, aqueux
ou sanglant) et même s'il survient au sein d'un écoulement
pluriorificiel de type mastosique avec lequel il ne doit pas être
confondu.
Le sein doit être exprimé
fermement de façon centripète. Il importe d'épuiser
l'écoulement car les dernières gouttes sont les plus
riches en cellules. Le recueil se fait directement par apposition
et étalement sur une lame sèche. L'interprétation
de ce recueil doit être confiée à un cytologiste
compétent. En effet les cellules « souffrent »
de leur cheminement intracanalaire et les faux négatifs atteignent
12 à 35% et il y a 3 à 4% de faux positifs. La présence
de cellules galactophoriques, même normales, signe l'organicité
et impose la chirurgie. En cas d'hyperplasie, la richesse du recueil
est proportionnelle à l'intensité de la prolifération.
La différence entre origine canalaire et lobulaire de l'hyperplasie
est ici impossible ou presque.
Ces explorations donnent des résultats beaucoup moins fiables
qu'en cas de tumeur palpable.
Autres techniques d'exploration
De nouvelles techniques d'exploration,
non encore validées sont actuellement à l'essai.
L'aspiration mamelonnaire est une méthode aveugle qui ne différencie
pas les galactophores et a été proposée en dépistage
systématique.
La mise en évidence de cellules atypiques ou hyperplasiques inciterait
à une surveillance stricte en tant que facteur de risque de cancer
du sein ultérieur.
Le lavage ductal s'effectue sous anesthésie locale (gel xylocaïne).
L'introduction d'un cathéter de 15 mm dans le galactophore qui
coule est suivie d'un lavage au sérum salé et recueil
du liquide effluent contenant des cellules galactophoriques. Le rendement
serait meilleur qu'une simple cytologie d'écoulement avec un
nombre important de cellules analysables et « seulement »
22% de matériel insuffisant.
La ductoscopie a bénéficié
des fibres optiques souples à lumière froide. Elle permet,
avant lavage au sérum, la visualisation directe du galactophore
qui coule et de ses embranchements jusqu'à un diamètre
de 0,72 mm et une distance de 6,2 cm. Le repérage des lésions
est précis pour guider l'acte chirurgical ultérieur (voire
exérèse directe sous contrôle de la vue). La spécificité
serait de 75 % et la sensibilité de 88 %.
L'IRM comme
ailleurs en pathologie mammaire est trop sensible et trop peu spécifique
pour être une aide valable à la démarche diagnostique.
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Conduite à tenir
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Elle est dictée par les deux principales
entités cliniques qui recouvrent des étiologies bien différentes.
Les écoulements
pluriorificiels
Provoqués ou spontanés,
verdâtres ou bigarrés (jaune ou marron) le plus souvent
bilatéraux, ils sont fréquents et s'intègrent au
cadre plus général des mastopathies bénignes,
à la limite du physiologique si la femme approche la ménopause.
Intermittent, il peut accompagner un syndrome prémenstruel. L'évolution
par poussées volontiers inflammatoires caractérise l'ectasie
galactophorique secrétante. La clinique n'est pas toujours facile
(seins denses, granuleux, kystes). Le bilan radiologique peut également
retrouver une ectasie galactophorique, ou être normal.
Une surveillance simple est
de mise mais elle doit être attentive
pour ne pas méconnaître un diagnostic de cancer parfois
malaisé ou dénié chez ces femmes souvent anxieuses
voire cancérophobes (à raison s'il existe des antécédents
familiaux).
Aucun traitement n'a fait la
preuve de son efficacité. Si une prescription est souhaitée, les médications
sans effet secondaire notoire sont recommandés : vasoprotecteurs,
magnésium, topiques anti-inflammatoires ou anti-oedémateux
type OSMOGEL®, relaxation, psychothérapie sont sûrement
bénéfiques.
Conseils aux patientes
: Ne pas rechercher l'écoulement, geste qui pérennise
le processus (et majore l'anxiété déjà
fréquente dans le cadre clinique).
L'écoulement
uniorificiel (unipore)
Il
doit bénéficier le plus souvent d'une histologie
car les examens complémentaires sont insuffisants pour un diagnostic
fiable.
- L 'intervention classique est la
pyramidectomie. Le pore qui coule est repéré et
injecté au bleu de méthylène ou par un crin de
Florence. L'exérèse emporte un cône glandulaire
centré par l'arbre galactophorique dont le sommet est l'abouchement
mamelonnaire du canal et la base atteint le pectoral. C'est une intervention
où l'esthétique est préservée.
Les lésions sont souvent de petite taille, mal limitées,
multifocales et l'examen extemporané est le plus souvent
contre indiqué.
- D'autres techniques d'exérèse
ont été proposées en cas de lésions proximales
rétro-aréolaires repérés par galactographie
et échographie.
- On peut colmater les pores mamelonnaires
par du collodion les 8 jours précédents l'intervention.
Une dilatation mécanique du galactophore par l'écoulement
non extériorisable est provoquée et permet par une
incision péri-aréolaire le repérage aisé
du galactophore concerné qui contient le plus souvent un
papillome solitaire.
- La biopsie par mammotome (Biopsy/Ethicon
Endo-Surgery, Cincinnati, OH) s'effectue sous anesthésie
locale avec des aiguilles de 11 à 14 gauges, sous guidage
échographique.
Cet outil doit permettre d'effectuer une exérèse
(fragmentée par plusieurs tours d'aiguille) de lésion
de 4 à 9 mm, suffisante pour les lésions bénignes).
Formes
histologiques
Après inclusion en paraffine des
lésions d'histologie très variée sont détectées.
- Lésions bénignes
- Simple dystrophie galactophorique,
ectasie ou kyste. Le problème est alors réglé.
- Le cystadénome papillaire
ou papillome solitaire est retrouvé dans 30% des cas. (il
peut se présenter sous la forme particulière d'adénomatose
érosive du mamelon sous forme d'une lésion framboisée
suintante. Une biopsie sous anesthésie locale permet de
la différencier d'une maladie de Paget du mamelon qui est
accompagnée toujours d'un carcinome sous-jacent). L'exérèse
chirurgicale guérit ce type de lésion.
- L'hyperplasie
simple ou contenant des atypies cellulaires d'origine
canalaire (ou papillomatose) ou lobulaire. Ces lésions
sont souvent diffuses, multifocales voire bilatérales.
Le risque de développer un carcinome mammaire associé
ou dans les suites est deux à cinq fois plus important,
majoré par l'existence d'antécédents familiaux
et la présence de microcalcifications en mammographie.
Une surveillance très stricte ou une chirurgie plus
large sera discutée au cas par cas avec la patiente.
Aucun traitement complémentaire n'est indiqué.
- Lésions malignes
- Le carcinome papillaire
intra-galactophorique est de diagnostic difficile. Le
cystadéno-carcinome est enclos dans un kyste. Les formes
micro-papillaires sont plus multi-centriques.
- Le carcinome papillaire
invasif est une lésion de bas grade de malignité
(+ de 90 % de survie à 5 ans)
Les deux principales difficultés de ce type de lésions
souvent multi-focales sont d'abord pour le pathologiste
(qui doit être spécialisé) de ne pas méconnaître
une micro- invasion devant un carcinome in situ ; ensuite
pour le clinicien de décider de l'étendue de l'exérèse
chirurgicale qui doit parfois être mutilante malgré
un pronostic très généralement favorable.
Un traitement localisé impose une surveillance stricte
toute la vie. Un diagnostic de carcinome invasif doit donner lieu
au traitement complémentaire habituel.
Conseils
aux patientes
Tout écoulement unipore
par le mamelon témoigne de lésions souvent bénignes
mais aussi diffuses. Il peut se reproduire, traduisant une lésion
parfois plus évoluée que la première fois. Un nouvel
épisode doit entraîner une nouvelle consultation rapide
et la surveillance doit être stricte toute la vie.
Ne pas provoquer l'écoulement en pressant sur le mamelon ceci
pourrait le tarir et rendre toute exploration et traitement impossible.
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Conclusion
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Tout écoulement mamelonnaire
uni-orificiel doit entraîner un diagnostic histologique précis
pour ne pas méconnaître un carcinome débutant.
Docteur Francine PERRET
Hôpital Saint-Louis
1 avenue Claude Vellefaux
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