Les anomalies peuvent être majeures
- Le volume mammaire peut être
exagéré, s'accompagnant
de plus de manifestations fonctionnelles. Bien que les critères
d'appréciation soient subjectifs, l'hypertrophie est évidente
quand le volume mammaire dépasse 400 cm3, le volume normal étant
de 200 à 350 cm3.
- L'asymétrie importante, qui nécessite un soutien gorge adapté
avec deux bonnets différents, peut être classée
en 4 catégories selon Vandenbussche :
- asymétrie congénitale
vraie : syndrome de Poland et apparentés; asymétrie
avec anomalie de taille, de position ou de forme du mamelon; asymétrie
dans le cadre d'une maladie systémique telle la maladie
de Recklinghausen.
- asymétrie primaire précoce
dès la puberté, sans surcharge pondérale
associée, ou avec surcharge pondérale, ou associée
à une hypertrophie virginale.
- asymétrie secondaire acquise
par tumeur sous-jacente.
- asymétrie tertiaire après
irradiation dans l'enfance, traumatisme, chirurgie.
- Les dysmorphies primitives concernent la forme de la plaque aréolo-mamelonnaire
(aréole très large) ou du sein. Les seins tubéreux
s'observent au moment de la croissance pubertaire ; l'expansion de
la glande se fait de façon préférentielle en
avant et dans les quadrants supérieurs d'où la forme
oblongue du sein, l'ascension du sillon sous-mammaire et parfois la
hernie de l'aréole à travers la plaque aréolo-mammelonnaire
sous la poussée glandulaire; cette aréole est d'ailleurs
large pour le volume mammaire. Le volume mammaire est normal ou diminué.
Les outils du diagnostic
Le diagnostic est essentiellement clinique.
Rappelons que l'appréciation de normalité de taille ou
de forme du sein est plus intime que clinique. Le médecin doit
essayer de faire comprendre le caractère parfois transitoire
d'une dysmorphie modérée (notamment les asymétries
ou les hypoplasies quand le développement mammaire n'est pas
terminé).
Dans
le bilan pré-opératoire du syndrome de Poland, il est
utile de pratiquer une tomodensitométrie ou une IRM qui apprécient
l'état du muscle grand dorsal et la faisabilité d'un lambeau
homolatéral pour recouvrir la prothèse et combler le défect
du tendon d'insertion du grand pectoral.
Le
diagnostic différentiel d'une hypertrophie peut poser des problèmes
avec une adipomastie dans un contexte d'adiposité, mais si nécessaire
un cliché mammographique montrera la prédominance graisseuse
(claire) du cône conjonctivo-glandulaire. Quand l'hypertrophie
est modérée et unilatérale, on peut discuter un
syndrome tumoral (hamartome, adénofibrome géant, tumeur
phyllode) mais il existe alors une déformation du galbe du sein,
une consistance plus ferme à la palpation encore que l'examen
clinique soit limité dans des seins volumineux et tendus. On
peut si besoin pratiquer une mammographie (la numérisation dans
ce cas précis offrira un meilleur contraste) voire une IRM, l'échographie
étant limitée par l'étroitesse du champ d'exploration.
Devant
une asymétrie probablement secondaire acquise, il est utile de
pratiquer au moins un cliché mammographique et/ou une échographie
pour confirmer et analyser le syndrome tumoral sous-jacent.
Traitement
Médical
On expliquera avec tact à la
jeune patiente qu'il n'existe pas de crème susceptible de modifier
le volume ni la forme du sein.
- La prescription d'oestrogènes
à fortes doses dans les hypoplasies n'est pas communément
admise en raison de leurs effets secondaires mal connus sur le sein
et l'utérus lorsqu'il n'y a pas de compensation progestative.
- La prescription de progestatifs à
forte doses est conseillée par certains pour tenter de bloquer
le développement d'une hypertrophie massive, mais il n'y a
pas de consensus et ce d'autant que les cas observés sont rares.
- Il n'est pas facile pour le médecin
de corriger la blessure narcissique infligée par des seins qui
ne correspondent pas au schéma du sein-magazine ou simplement
du sein espéré. Il est nécessaire de réassurer
l'adolescente dans sa féminité et de lui laisser espérer
une correction chirurgicale des anomalies les plus graves. Une dysharmonie
ne doit pas être négligée car elle peut faire le
lit d'une véritable dysmorphophobie.
Chirurgical
Le retentissement psychologique souvent
grave d'une malformation mammaire chez l'adolescente amène à
poser l'indication d'une intervention chirurgicale. Il est difficile
de proposer des schémas précis, devant le nombre et la
variété des formes cliniques d'une même anomalie.
Un traitement oestro-progestatif doit être arrêté
deux mois avant l'intervention afin de prévenir le risque thrombotique,
hémorragique et de mauvaise cicatrisation.
Il est impératif d'avertir la jeune fille de la présence
de cicatrices, et du résultat aléatoire de la chirurgie
de la plaque aréolo-mamelonnaire.
- L'amastie et le syndrome de Poland
peuvent conduire à la pose d'une prothèse mammaire, idéalement
après la puberté. Certains auteurs recommandent néanmoins
la pose précoce d'un expandeur sous-cutané gonflé
peu à peu jusqu'à la fin de la croissance mammaire, afin
de bien distendre la peau ; de plus, la vie sociale des jeunes filles
serait améliorée par ce geste. Après pose de la
prothèse définitive, le galbe du sein reconstruit est
en général satisfaisant dans les quadrants inférieurs,
mais il faudra avertir la patiente qu'il persiste souvent une dépression
dans la région sous-claviculaire. Le geste chirurgical est idéalement
associé à la correction à visée esthétique
des anomalies thoraciques (implant de comblement du défect musculothoracique,
transposition musculaire du grand dorsal, prothèse pour combler
un pectus excavatum).
- La chirurgie de réduction
des hypertrophies fait appel
aux mêmes techniques que celles utilisées chez l'adulte.
Elle est indiquée quand l'hypertrophie est mal supportée
sur le plan psychologique, douloureuse (cyphose) et inesthétique
(épaules rentrées). Il importe de pouvoir attendre la
fin de la croissance et la stabilisation du volume mammaire, soit
l'absence de modification nette depuis un an chez une jeune fille
réglée depuis au moins trois ans. De plus, l'imprégnation
oestrogénique de la puberté favorise les cicatrices
chéloïdes. Mais il ne faut pas trop attendre non plus,
car l'existence de vergetures compromet une bonne cicatrisation.
Une enquête de Evans ayant porté sur 16 jeune filles
âgées de 14 à 16 ans au moment de la chirurgie
de réduction a montré que l'intervention avait eu des
conséquences psychologiques favorables ; six d'entre elles
remarquaient toutefois une diminution non gênante de la sensibilité
du mamelon.
Lorsque l'hypertrophie s'inscrit dans un contexte de surcharge pondérale,
il sera nécessaire de faire suivre un régime amaigrissant.
- Le traitement des asymétries comportant une hypertrophie fait appel aux
techniques de réduction mammaire. Grolleau et al insistent sur
les techniques de dessin préétabli pour rétablir
la symétrie, ne tenant compte que des mensurations de la peau
qui sera conservée puisque c'est elle qui représente l'essentiel
des moyens de fixité du sein.
Quand l'asymétrie comporte un sein assez volumineux et un de
taille petite mais acceptable, on préférera une reconstruction
par diminution du sein le plus gros, en tenant compte de l'évolution
souvent médiocre d'une prothèse unilatérale. Si
l'hypoplasie unilatérale est marquée, on placera une prothèse
uni ou bilatérale en fonction du volume du sein controlatéral
après prothèse d'expansion temporaire dans le sein hypoplasique.
Il peut être nécessaire de combiner augmentation-réduction
ou expansion-réduction.
- Le traitement des seins tubéreux
dépend du degré de déficience des quadrants inférieurs.
Quand l'anomalie est peu marquée (seul le quadrant inféro-interne
est très peu développé) et quand le volume mammaire
est suffisant, on redistribue la glande dans le quadrant inféro-interne.
Mais pour un degré de déficience plus important, il
faudra placer une prothèse et éventuellement dans un
deuxième temps lors de hernie aréolaire effectuer un
recentrage et un enfouissement de l'aréole.
Evolution
Chez les jeunes filles porteuses de prothèse,
la surveillance ne diffère pas de celle de la femme adulte.
Après
chirurgie de réduction, le résultat est en général
définitif, mais il peut être observé une récidive
de l'hypertrophie quand cette dernière est de forme juvénile,
et une mastectomie sous-cutanée avec reconstruction immédiate
doit être envisagée. La question de l'allaitement peut
être soulevée: l'intégrité des canaux galactophores
est respectée dans la plupart des techniques de réduction
(le complexe aréolo-mamelonnaire est transposé sur un
pédicule glandulaire) sauf en cas de greffe libre de l'aréole
où les canaux sont sectionnés. Il faudra donc penser à
informer la jeune patiente des conséquences chirurgicales sur
l'allaitement, qui reste possible bien souvent.
Docteur
Martine BOISSERIE-LACROIX
Hôpital Saint-André
Service de Radiologie
1 rue Jean Burguet
33075 BORDEAUX |