| Circonstances
de découverte
L'interrogatoire et l'examen clinique
doivent apprécier le caractère indolore ou sensible du
nodule, sa mobilité et sa consistance, ses modifications par
rapport au cycle menstruel, son éventuelle évolutivité,
l'existence d'un écoulement dont le siège doit être
bien précisé : transmamelonnaire ou transaréolaire.
L'état de la peau est important à noter : coloration bleutée,
amincissement cutané voire pré-ulcération, lacis
veineux, observés lors de croissance rapide d'une tumeur. On
palpera les aires ganglionnaires.
Les antécédents personnels et familiaux, la prise d'un
contraceptif oral sont demandés.
Les
outils du diagnostic
L'examen clinique
• Le nodule parenchymateux
Un nodule de petite taille, inférieur à 3 cm, ferme, bien
limité, indolore, ne se modifiant pas avec le cycle menstruel
évoque un adénofibrome qui représente la majorité
des tumeurs de l'adolescente. On l'observe plutôt en période
post-pubertaire mais on l'a décrit à partir de 10 ans.
On gardera à l'esprit qu'un kyste est rare avant 20-24 ans. Rarement
une papillomatose juvénile peut se traduire par un nodule évoquant
en tout point un adénofibrome. Un aspect bleuté de la
peau évoque un hémangiome, mais les modifications cutanées
sont inconstantes.
Un placard que l'on a du mal à circonscrire, un peu sensible,
d'allure glandulaire, devra faire l'objet d'un nouvel examen clinique
en période post-menstruelle, qui bien souvent ne retrouvera plus
le placard.
L'examen clinique peut être plus ambigu. Ainsi, la consistance
d'un adénofibrome peut se modifier avec le temps, et de caoutchouteuse
devenir dure voire pierreuse, même chez la jeune fille. De même
un placard sensible à la pression, irrégulier à
la palpation doit alerter et faire pratiquer une échographie
à la recherche d'une papillomatose juvénile.
Il est également difficile, dès l'examen clinique, d'avancer
une étiologie devant une masse de plus de 4-5 cm, entraînant
éventuellement un retentissement cutané, aucun signe clinique
ne permettant de trancher entre adénofibrome géant et
tumeur phyllode. Un harmartome volumineux est responsable d'une asymétrie
évocatrice. A cet âge, les tumeurs sont bénignes
dans l'immense majorité des cas, même si elles atteignent
parfois une taille importante de 9 à 10 cm, la croissance rapide
et importante étant une caractéristique en période
post-pubertaire.
La palpation de nodules multiples, uni ou bilatéraux, fermes
et indolores, évoque une adénofibromatose qui s'observe
dans environ 25% des cas d'adénofibrome.
En ce qui concerne l'écoulement, il est absent dans un adénofibrome,
parfois présent lactescent voire sanglant dans une papillomatose.
• Le nodule rétroaréolaire
indolore ou associé à des mastodynies
Autre cas de figure, on palpe un nodule bien limité dont la localisation
rétro-aréolaire est évocatrice d'emblée
d'un kyste rétro-aréolaire, fréquent aux alentours
de la puberté et jusqu'à 22-23 ans, dû à
la dilatation d'une petite glande mammaire accessoire. Ce kyste est
en général sensible, responsable de mastodynies rétro-aréolaires.
Plus rarement, il existe des adénofibromes situés en arrière
de l'aréole dont la sensibilité peut s'expliquer par leur
situation dans une région très innervée.
• Le nodule après traumatisme
On fera préciser la nature, la force et l'impact du traumatisme.
La masse palpable correspond à la collection liquidienne et peut
s'accompagner de douleur élective, d'ecchymose.
Les examens complémentaires
• La mammographie est en général inutile (car
il n'y a pas de carcinome canalaire à cet âge, l'examen
est irradiant et de lecture difficile encore que certaines jeunes filles
présentent des glandes en involution adipeuse assez marquée).
On ne pratiquera un cliché (par exemple oblique externe qui déroule
toute la glande) que devant un examen clinique ambigu (placard irrégulier
sensible qui évoque une papillomatose juvénile) ou devant
une masse importante (à la recherche d'un hamartome responsable
d'une asymétrie mammaire, et mieux mis en évidence sur
la mammographie que sur l'échographie).
• L'échographie est
à cet âge l'examen de première intention. Elle sera
pratiquée avec une sonde de très haute fréquence
qui est à l'heure actuelle indispensable car permettant une meilleure
caractérisation des lésions tumorales. Le Doppler couleur
n'augmente pas la spécificité de l'examen.
• La ponction cytologique a
un intérêt réduit à cet âge. L'aspect
radio-clinique est en général suffisamment évocateur.
De même la microbiopsie d'un nodule a priori bénin
nous semble devoir être évitée pour plusieurs raisons
: s'il s'agit d'une masse volumineuse, ou d'un placard évoquant
une papillomatose, l'exérèse sera nécessaire, et
le geste interventionnel alors redondant ; le diagnostic différentiel
entre adénofibrome et phyllode n'est pas possible sur une carotte
de microbiopsie, la cellularité du stroma étant difficile
à apprécier sur un petit échantillon, et ce d'autant
qu'à cet âge les adénofibromes sont richement cellulaires.
De plus ce geste paraît invasif chez une jeune fille. La microbiopsie
sera réservée aux cas exceptionnels de discordance clinique
et échographique : ainsi les localisations primitives de lymphomes
ont une présentation clinique orientant plutôt vers la
bénignité, alors que les signes échographiques
sont plus ambigus.
• L'IRM ne
permet pas la caractérisation d'une masse et n'a pas d'indication
sauf cas exceptionnel (appréciation de l'étendue et des
rapports d'une volumineuse tumeur).
Conduite
du diagnostic
Tout nodule n'ayant pas disparu après
les règles ou ne présentant pas de modification avec le
cycle menstruel doit faire pratiquer une échographie dont l'intérêt
principal est de différencier un contenu liquidien (trans-sonique)
d'un contenu solide. Les signes communs au syndrome tumoral bénin
sont une forme ovalaire parallèle au plan cutané, des
contours nets avec ombres latérales, une échostructure
interne modérément hypoéchogène homogène,
un renforcement postérieur marqué, une dépressibilité
sous la pression de la sonde.
Un nodule rétroaréolaire apparaissant
transsonique pur ou avec un niveau correspondant à des liquides
de phases différentes, évoque un kyste rétro-aréolaire.
On examinera systématiquement le côté controlatéral
à la recherche d'un kyste asymptomatique. La ponction à
titre diagnostique est inutile. Il est plus rare qu'un nodule rétro-aréolaire
apparaisse de contenu solide à l'échographie, correspondant
alors à un adénofibrome. Quand le diagnostic hésite
entre un adénofibrome et un kyste à contenu épais,
les sondes de très haute fréquence permettent une meilleure
approche de l'architecture interne, notamment en mettant en évidence
de petites fentes liquidiennes dans un adénofibrome. Exceptionnellement,
une petite tumeur rétroaréolaire de type solide peut correspondre
à un papillome (qui a été décrit à
partir de l'âge de 12 ans), en général associé
à un écoulement.
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| 23
ans. Nodule palpable sous l'aréole droite, un peu
sensible. Echographie : lacune de 1 cm, de type liquidienne
avec une image de niveau. Kyste rétro-aréolaire,
qui a spontanément disparu. |
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| 20 ans. Nodule rétro-aréolaire
droit. Echographie : lacune de 1 cm, de type solide, à
grand axe horizontal, bien limitée. L'aspect radio-clinique
est celui d'un adénofibrome, qui a d'ailleurs spontanément
disparu en quelques mois. |
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Un
nodule parenchymateux indolore
mobile de moins de 3 cm se traduisant par un syndrome tumoral
bénin ayant les caractéristiques évoquées
ci-dessus correspond à un adénofibrome.C'est une
prolifération bénigne développée aux
dépens des lobules et du conjonctif, dont les deux composantes
épithéliale et stromale sont équilibrées.
Son siège est en général superficiel, et
chez la jeune fille il présente souvent une échogénéicité
élevée et un renforcement postérieur marqué
dus à sa forte cellularité ; il n'y a pas à
cet âge d'aspect atypique et de problème diagnostique.
On pourrait évoquer aussi un adénome, beaucoup plus
rare, certains en faisant une entité différente
de l'adénofibrome (prolifération de tubes séparés
par un stroma réduit) ; en pratique les aspects radio-cliniques
et la conduite à tenir ne diffèrent pas de l'adénofibrome. |
| 25
ans. Nodule palpable indolore. Echographie : lacune de 12
mm, de type solide, bien limitée, comportant deux fentes
liquidiennes, comme cela peut s'observer dans les adénofibromes
quand on utilise une sonde de haute fréquence. |
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Une
masse de plus de 4-5 cm,voire beaucoup plus (8-10cm), ferme, de
croissance rapide, entraînant éventuellement des
modifications cutanées, doit faire évoquer un adénofibrome
géant (adénofibrome « classique » sur
le plan histologique, dont la taille dépasse 5 cm ou qui
pèse plus de 500 g)/ un adénofibrome juvénile
(qui possède un stroma particulièrement cellulaire)/
ou une tumeur phyllode (dont la composante fibro-épithéliale
est déséquilibrée est profit de la composante
stromale). La tumeur phyllode a un temps de doublement souvent
inférieur à 3 mois ; elle est exceptionnelle avant
20 ans, représentant 1 à 3% des tumeurs mammaires
de l'adolescente. L'échographie permet parfois d'orienter
le diagnostic. Des septas échogènes(correspondant
aux bandes de collagène entre les lobules hypertrophiés)
sont typiques d'un adénofibrome, on peut voir aussi de
petites aires anéchogènes (correspondant à
des zones de nécrose). Des zones circonscrites de 3 à
10 mm, anéchogènes, intra tumorales, plutôt
périphériques, évoquent une tumeur phyllode
(correspondant probablement au matériel liquidien des fentes
kystiques). On pourrait discuter devant une tumeur volumineuse
un hamartome mais il est plus rare à cet âge ; la
consistance en est plus mollasse, en fait il se confond souvent
avec le reste de la glande. On l'évoquera principalement
devant une asymétrie mammaire d'apparition récente.
Un cliché mammographique est alors justifié, montrant
typiquement une image mixte claire et opaque. |
| 22
ans. Masse palpable de 5 cm, mobile, indolore, connue depuis
deux ans mais ayant récemment augmenté de taille.
L'échographie montre un syndrome tumoral de type solide,
avec des septa échogrènes intra-tumoraux, évoquant
un adénofibrome géant. Exérèse
chirurgicale : adénofibrome "classique". |
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Devant un placard sensible ou un nodule ayant les caractéristiques
d'un adénofibrome, l'échographie peut parfois montrer
une plage hypoéchogène plus ou moins bien limitée,
comportant de petits kystes périphériques. L'aspect évoque
alors une papillomatose juvénile. Cependant, avec les
sondes haute fréquence, on observe de plus en plus souvent des
petits kystes groupés, et le diagnostic ne doit pas être
abusivement porté ; on se souviendra qu' il n'a pas été
décrit dans la littérature de papillomatose asymptomatique,
compte-tenu du petit nombre de cas que comportent les quelques séries
connues. Si le diagnostic est hésitant, la sanction étant
chirurgicale, il peut être intéressant dans ce cas de pratiquer
une ponction cytologique concluant à une métaplasie, voire
une microbiopsie.
La découverte de kystes banals dans le cadre d'une mastopathie
fibro-kystique est rare avant 20-24 ans. Leur aspect échographique
ne pose pas de problème diagnostique.
Une masse post traumatique apparaît
de type liquidien, parfois cloisonnée ou hétérogène
en fonction de l'évolution de l'hématome. Un tel aspect
dans le contexte clinique est suffisant à poser le diagnostic,
d'autant qu'à cet âge, on n'a pas à craindre un
cancer sous jacent révélé par le traumatisme.
Il est exceptionnel que des signes de malignité soient
mis en évidence : contours irréguliers, hypoéchogénéicité
marquée. Le contexte clinique d'antécédent de cancer
traité oriente le diagnostic de localisation mammaire secondaire.
Il n'existe pas dans la littérature de description radiologique
de cancer mammaire primitif (dont le sécrétant juvénile,
le moins rare).
Arbre
décisionnel
Quand l'aspect clinique conforté
par l'échographie est évocateur d'un kyste rétro-aréolaire
ou d'un adénofibrome, la cytologie est inutile à cet âge,
de même la microbiopsie. Quand il s'agit d'une masse solide de
plus de 4cm, l'exérèse est nécessaire même
si la bénignité est la règle à cet âge,
d'une part pour éviter des troubles cutanés, d'autre part
pour avoir une certitude histologique (adénofibrome ou phyllode)
qu'une microbiopsie ne pourra donner. De plus une tumeur volumineuse
et évolutive peut correspondre à un sarcome, même
si cette hypothèse est exceptionnelle chez l'adolescente, le
cystosarcome phyllode étant la forme la moins rare.
L'hypothèse d'une papillomatose juvénile doit conduire
à la biopsie-exérèse chirurgicale qui assure le
diagnostic et le traitement. La lésion est en général
unilatérale, localisée, comportant de nombreux kystes
et une hyperplasie de type canalaire floride voire atypique.
Un nodule chez une jeune fille aux antécédents carcinologiques
fera l'objet d'une ponction cytologique, quelque soit les caractéristiques
cliniques et échographiques, affirmant le diagnostic de malignité
si le nodule est suspect, ou confirmant un adénofibrome quand
l'aspect est rassurant.
En fait, les indications de la cytoponction et de la microbiopsie sont
très rares à cet âge. |