Introduction
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Parmi les
nombreuses localisations de l’endométriose, celle touchant
l’ovaire est l’une des plus fréquentes. Quand la
lésion se présente sous forme d’un kyste, ou endométriome,
situation courante en pratique, elle ne pose, à priori, guère
de problèmes diagnostics et thérapeutiques.
Pourtant les endométriomes soulèvent encore de nombreuses
questions, concernant, en particulier, leur histogénèse,
leurs effets délétères, leur diagnostic et le traitement
optimal améliorant les symptomes et préservant au mieux
le parenchyme ovarien sain. Enfin ces lésions sont suceptibles
de dégénérer, raremement, il est vrai.
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Histogenèse
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Il faut
admettre que la pathogènie de l’endométriome ovarien
reste aujourd’hui encore controversée. Pourtant, une bonne
connaissance de celle-ci a une incidence sur la gestion chirurgicale
appropriée de ces lésions.
Hughesdon a montré que dans 90 % des cas la paroi du kyste était
constituée de cortex ovarien, il a été suggéré
que ces lésions résultaient de l’invagination au
sein de l’ovaire d’implants superficiels d’endométriose,
lésions résultant initialement de l’implantation
de cellules endométriales ou de la métaplasie de l’épithélium
recouvrant l’ovaire. Il existe cependant des constatations en
pratique qui sont troublantes. La première est la coexistence,
au moins dans les kystes les plus volumineux, de kystes fonctionnels,
par exemple lutéaux, avec l’endométriose. La seconde
est la plus grande fréquence des endométriomes situés
dans plus de 60 % des cas sur l’ovaire gauche, côté
où la disposition anatomique expose davantage l’ovaire
et la fossette ovarienne au reflux menstruel.
Une revue
récente de la littérature retient 3 mécanismes
possibles :
1. L’invagination du mésothélium ovarien avec colonisation
par les lésions endométriosiques
2. Colonisation par l’endométriose de kystes fonctionnels
3. La métaplasie du mésothélium ovarien invaginé
dans le cortex.
La biologie
moléculaire a démontré que l’endométriome
ovarien avait une origine monoclonale
L’histogénèse des endométriomes ovariens
est toujours ausssi controversée, sa connaissance est cependant
importante, car, en pratique, elle devrait servir pour déterminer
la meilleure approche chirurgicale. La colonisation par des implants
endométriosiques ou la métaplasie au sein même de
poches d’invagination du mésothélium ovarien apparaît
comme le mécanisme le plus souvent en cause.
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Données
épidémiologiques |
L’épidémiologie
des endométriomes ovariens n’a pas fait l’objet d’étude
spécifique.
Les données de la littérature permettent de dégager
cependant quelques notions.
• Il est estimé qu’un endométriome ovarien
est retrouvé chez environ 22 % des femmes présentant une
infertilité ou des douleurs pelviennes chroniques.
• Les atteintes ovariennes (endométriomes, implants et
adhérences) apparaissent comme les plus fréquentes parmi
les diverses localisations pelviennes selon le travail fréquemment
cité de Jenkins, avec des taux respectifs de 31,3 % et 44 % pour
les côtés droits et gauches.
• Le pic de fréquence en fonction de l’âge
semble se situer vers 35 ans, selon les données d’une série
personnelle, réalisée de juillet 1988 à mars 2001,
portant sur 414 endométriomes, d’au moins 3 cm de diamètre
authentifiés par l’histologie
• Nous avons rappelé précedemment la plus grande
fréquence des localisations ovariennes gauches, représentant
environ 60 % des atteintes unilatérales.
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Symptomatologie
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Divers
symptômes sont associés à la présence des
endométriomes ovariens. Il n’existe malheureusement que
peu d’études permettant de pouvoir réellement imputer
à l’endométriome isolé les symptômes,
qui lui sont probablement souvent attribués à tort. C’est
pourquoi, avant une intervention thérapeutique, il faut être
très prudent sur les améliorations attendues.
Classiquement l’endométriome est essentiellement associé
à divers types d'algies cycliques ou non, parfois aigües,
et à l’infertilité.
Les algies pelviennes
Les endométriomes
ovariens ont une expression douloureuse par leur mise en tension, leur
compression, les adhérences souvent associées qui les
fixent, l’inflammation et bien sûr par leur rupture et leur
saignement. Malgré tous ces mécanismes possibles, les
endométriomes ne sont pas toujours associés à des
douleurs, même en cas de grande taille ou de bilatéralité.
Si la causalité des douleurs est très vraisemblable quand
l’endométriome est douloureux au toucher vaginal ou s’il
est associé à des adhérences marquées, dans
les autres cas elle n’est pas certaine.
L’infertilité
Il est
admis que l’endométriome est susceptible d’altérer
la fertilité. En l’absence d’adhérences, les
mécanismes évoqués restent cependant pour le moins
hypothétiques….(gène à l’ovulation….),
et comme pour les douleurs la causalité est incertaine, au moins
dans certains cas d’endométriomes isolés. Il suffit
de lire la littérature très contradictoire concernant
l’impact des endométriomes sur les résultats de
la FIV pour être interpellé.
Finalement les circonstances du diagnostic sont variées, la découverte
de l’endométriome pouvant survenir soit lors d’un
examen clinique retrouvant une masse annexielle, soit lors d’une
échographie systématique ou effectuée pour d’autres
raisons (métrorragies…) soit enfin lors du suivi d’une
endométriose connue. Paradoxalement quelques cas ont été
découverts lors de la coelioscopie…..,cela paraît
possible dans la mesure où près de 50 % des endométriomes
sont asymptomatiques.
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Les
moyens diagnostics |
Le diagnostic
des endométriomes a connu une grande avancée avec les
progrès de l’imagerie.
La
clinique
Elle garde
aujourd’hui encore sa place. En effet, la découverte, chez
une femme jeune, d’une masse annexielle fixée et douloureuse,
associée à une rétroversion utérine et des
nodules au niveau des ligaments utéro sacrés, est très
évocatrice d’un kyste endométriosique, quel que
soit la symptomatologie. Il s’agit là cependant d’un
cas exemplaire, malheureusement pas assez fréquemment rencontré
en pratique courante.
L'échographie
La séméiologie
des endométriomes ovariens est maintenant bien décrite
et connue. Elle n’est cependant pas spécifique, et des
kystes endométriosiques peuvent se présenter sous forme
d’un kyste multi cloisonné, d’une masse hétérogène,
voire d’une lésion hautement suspecte de malignité.
Sans revenir sur les nombreuses études publiées, avec
des résultats parfois sensiblement différents, traduisant
le caractère opérateur-dépendant de cet examen,
il est admis que la spécificité et la sensibilité
de cet examen sont bons, puisque respectivement de 84 % et 90 %.L’apport
du Doppler couleur est plus controversé. Cet additif technique
ne semble pas améliorer la sensibilité et la spécificité.
L’Imagerie
par Résonance Magnétique (IRM)
L'IRM présente
divers avantages :
• absence d'irradiations car son principe est fondé sur
les propriétés magnétiques potentielles de l'organisme;
• sensibilité à mettre en évidence une collection
hématique même de petite taille;
• possibilté de pratiquer des coupes dans tous les plans
réalisant de véritables planches anatomiques;
• bonne reproductibilité.
Les endométriomes
ovariens ont un aspect caractéristique sous forme d'images arrondies
hyper-intenses en T1 et T2, plus ou moins hétérogènes
en T2, sutout si sont associés, une perte de l'interface avec
les organes adjacents (adhérences), un liseré d'hyposignal
périphérique (capsule fibreuse épaisse) et un ombrage
intraloculaire prédominant en T2. Les perfomances de l’IRM
sont voisines de celles de l’échographie endo vaginale
avec une sensibilité de 90 % et une spécificité
de 96 %. Si en pratique courante, il n’est pas nécessaire
de recourir systématiquement à l’IRM, celle-ci peut
s’avérer utile dans les cas litigieux ou pour identifier
des lésions associées.
Les
marqueurs tumoraux
On a fondé
beaucoup d’espoirs sur le dosage du CA 125 pour le diagnostic
de l’endométriose. Les déconvenues ont été
brutales…..pour les dosages plasmatiques.
Il est clair que beaucoup d’endométriomes contiennent des
taux élevés de CA 125, justifiant le dosage de ce marqueur
dans les liquides de ponction en association avec la cytologie, parfois
peu parlante, en particulier dans les kystes anciens.
Le CA 19-9 est le dernier marqueur étudié. Si sa sensibilité
est inférieure à celle du CA 125, sa spécificité
apparaît supérieure ansi que ses valeurs prédictives
positives et négatives
La
coelioscopie
La coelioscopie
est considérée comme l’examen le plus performant.
Pourtant il n’est pas toujours facile de faire la distinction
entre un endométriome et un kyste fonctionnel (surtout lutéal)
hémorragique ancien, en l’absence de lésions associées.
Dans une série de 245 kystes, le diagnostic visuel en laparotomie
a une sensibilité de 97 %, une spécificité de 95
% une valeur prédictive positive de 98 % et une valeur prédictive
négative de 94 %, en comparaison avec les données de l’histologie.
En d’autres termes, le diagnostic porté a été
exact dans 96 % des cas. Dans la littérature, les taux de faux
positifs varient de 10 à 20 %.
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Kyste organique dont il est difficile d’affirmer la nature |
Endométriome
dont la libération entraîne la fuite d’un liquide
évocateur. |
Kystes
endométriosiques
associés à des adhérences sévères. |
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Risque
de dégénérescence |
Toutes
les lésions endométriosiques, y compris les lésions
profondes, sont susceptibles de dégéner, mais cette éventualité
est heureusement rare, ne touchant que moins de 1 % des patientes.
L’endométriome ovarien est tout particulièrement
impliqué dans la génèse des cancers endométrioïdes
ovariens, de l’adénocarcinome à cellules claires
de l’ovaire et de l’adénoacanthome.
Sans entrer dans les critères diagnostics discutés, en
1990, 170 cas de cancers émanant de lésions ovariennes
endométriosiques ont été colligés. La moyenne
d’âge des patientes était de 46 ans. Les facteurs
de risque habituellement retenus sont l’âge, la présence
d’atypies et la stimulation estrogènique. Des anomalies
génétiques sont aussi très probablement impliquées
aussi.
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Le
traitement |
Les deux
principaux enjeux devant une masse annexielle suceptible d’être
un endométriome sont les suivants :
• affirmer le diagnostic d’endométriome ovarien et
ne pas ignorer une lésion maligne
• améliorer la symptomatologie imputée à
l’endométriome ou à ses éventuelles lésions
associées, y compris les adhérences.
Seule la chirurgie permet actuellement de les résoudre. Diverses
autres options thérapeutiques sont cependant disponibles.
Les
traitements non chirurgicaux
L’abstention thérapeutique
ne saurait être envisagée qu’en cas d’endométriome
connu, asymptomatique, de taille modeste et dans des situations bien
particulières.
La "suppression" hormonale seule n’a pas de
place dans le cadre des endométriomes ovariens. En dehors de
l’association à la chirurgie ou à une ponction échoguidée
et en préparation à la FIVETTE, le traitement médical
ne paraît pas aujourd’hui suffisamment validé pour
être proposé.
La ponction échoguidée des endométriomes
ovariens ne pose pas de problèmes techniques particuliers, avec
les risques infectieux inhérents habituels, pouvant conduire
à une réintervention chirurgicale. Elle est capable d’améliorer
les symptômes dans la majorité des cas. Dans le contexte
de l’endométriomes elle expose à la formation d’adhérences,
compte tenu du grand pouvoir adhésiogène du liquide du
kyste.
Enfin cette modalité thérapeutique n’a qu’un
effet temporaire, car dans la littrature les taux de récidives
rapportés varient de 28 à 100 %. Au même titre que
l’abstention thérapeutique, la ponction échoguidée
a une efficacité temporaire et expose aux adhérences et
ne saurait être recommandée. Son utilisation peut cependant
être envisagée dans quelques cas particuliers, comme celui
d’un endométriome récidivant, dans le contexte de
la réalisation d’une FIVETTE, afin d’éviter
une chirurgie itérative, potentiellement délétère
vis-à-vis de la réserve ovarienne.
Le traitement chirurgical
Il est
considéré comme le traitement de référence.
avec trois défis prioritaires de la chirurgie :
• limiter la récidive des adhérences, particulièrement
fréquente en cas de lésions actives
• réduire le taux de récidive des endométriomes
• limiter les conséquences potentielles de la chirurgie
itératrice des endométriomes ovariens sur la réserve
ovarienne.
Considérations
techniques
La coeliochirurgie,
à condition qu’elle soit pratiquée avec minutie
par un opérateur entraîné, permet d’obtenir
les mêmes résultats que la laparotomie. Elle est donc à
recommander, compte tenu de ses avantages bien démontrés,
malgré ses risques propres.
Parmi les différentes techniques coelioscopiques, la kystectomie,
quelle que soit la taille de l’endométriome, est celle
qui permet un contrôle histologique de la totalité de la
paroi du kyste. Elle conduit à des résultats comparables
aux autres techniques. Elle semble conduire à moins de récidives
que la fénestration-destruction in situ de la paroi du kyste
(par laser ou coagulation). Elle est plus simple et moins coûteuse
que la technique en trois temps (coelioscopie avec biopsie et drainage,
puis analogue de la Gn-RH pendant plusieurs mois, enfin deuxième
coelioscopie et destruction au laser de la paroi kystique résiduelle)
promulgée par Donnez.
La survenue
d’adhérences après ce type de chirugie est fréquente,
puisque de l’ordre de 82 % pour la récidive et de 21 %
pour les adhérence de novo.
Le taux de récidives des endométriomes après chirurgie
est très variable, cela est lié aux durées inégales
du suivi et des critères retenus pour définir la récidive.
Les taux rapportés varient de 0 à 30 %. Si, parmi les
facteurs de risque la taille et la sévérité des
lésions (selon le score rAFs) sont reconnus, le facteur principal
semble être la durée du suivi, mettant en jeu probablement
le terrain et d’éventuelles prédispositions.
La préservation
du parenchyme ovarien est un enjeu important et l’éventuelle
altération de la réserve ovarienne après chirurgie
itérative est une question d’actualité. Des études
récentes montrent que la kystectomie, réalisée
avec soin, ne semble pas avoir les effets délétères
qui lui sont attribués.
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Kystectomie
"classique" par coelioscopie avec l’ouverture
du kyste, son lavage et le clivage de la paroi. |
Résultats
Les résultats
rapportés, tant pour les douleurs que pour l’infertilité,
sont toujours dépendants de nombreux facteurs pertinents, expliquant
les grandes variations observées dans la littérature.
Globalement les douleurs sont améliorées dans environ
75 % des cas, avec parfois des résultats supérieurs avec
un suivi de 4 années. Il apparaît que la kystectomie donne
de meilleurs résultats que le drainage+coagulation, mais il n’existe
qu’une seule étude randomisée.
On dispose de davantage de publications concernant les résultats
du traitement chirugical des endométriomes chez des patientes
infertiles. Une excellente revue a été réalisée
en 20002 par Jones. Globalement, les résultats des diverses séries
sont assez proches, quel que soit le type de procédé utilisé,
avec un taux cumulé de grossesses à 3 ans de l’ordre
de 52 %.
Fécondation
in vitro (FIVETTE)
Si de manière
optimale 50 % des patientes traitées chirugicalement obtiennent
la grossesse désirée, il en reste autant pour lesquelles
le recours à la FIVETTE s’avère nécessaire.
Les résultats de la FIVETTE, dans cette indication sont du même
ordre que ceux des endométriose stades III & IV, eux-mêmes
comparables à ceux des indications tubaires.
Un pré traitement par analogue de la GnRH, pendant au moins 3
mois, semble améliorer les résultats pour ces endométrioses
modérées ou sévères.
La problèmatique
actuelle de l’endométriome est le risque de la chirurgie,
vis-à-vis de la réserve ovarienne, surtout quand elle
est itérative. Cet enjeu a conduit certains à ne pas réopérer
avant une FIVETTE, et de recourir éventuellement à une
ponction échoguidée. Les diverses publications sur ce
sujet ne permettent pas de conclure sur l’impact réel des
endométriomes eux-mêmes ou de leurs traitements sur les
résultats de la FIVETTE, et donc sur la stratégie à
recommander. Davantage d’études sont nécessaires
pour répondre à cette question.
Docteur
Alain AUDEBERT
IGF-1
35 rue Turenne
33000 Bordeaux |
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