Compte-rendu du XVIIème congrès mondial sur l'endométriose
Maastricht - 15-17 septembre 2005


Jean BELAISCH
On pourrait croire, après avoir entendu deux étoiles de ce congrès Robert SCHAW et Jacques DONNEZ que rien n’avait changé dans le traitement de l’endométriose. Le premier avait fait une analyse exhaustive mais froide des résultats des traitements médicaux et spécialement hormonaux qui n’améliorent que transitoirement les patientes, mais dont les résultats ( il citait WINKEL*) étaient, sur la douleur pelvienne équivalents à ceux des différents traitements chirurgicaux.
Le second avait conclu avec vigueur qu’il était manifeste que la chirurgie laparoscopique avait fait d’indiscutables et remarquables progrès mais qu’il n’était pas possible de parvenir à un consensus sur les moyens chirurgicaux de traiter les endométrioses en particulier celles profondes.
Les transformations

La plus importante concerne la chirurgie coelioscopique. Les chirurgiens sont d’accord pour constater qu’elle a progressé sur tous les fronts.
Mais ils sont confrontés à un dilemme : ils ont observé que leurs résultats étaient les plus satisfaisants lorsque l’ablation des lésions étaient complète avec un taux de récidives alors très bas. En revanche cette chirurgie nécessairement plus agressive est source de davantage de complications qui peuvent être sérieuses. Il faut donc choisir et le choix n’est pas simple.

Le nouveau Président de la World Endometriosis Society, Rodolphe MAHEUX, a rappelé le classique “Primum non nocere“ qui s’applique spécialement aux chirurgiens non spécialisés dans le traitement de l’endométriose.*

Les révélations de l'épidémiologie

Maladies associées a l’endométriose

Le profil de la femme endométriosique se précise. C’est depuis peu un fait admis, mais il a reçu de nouvelles confirmations, l’endométriose est souvent associée à d’autres troubles ou maladies. Parmi celles-ci l’allergie semble la plus fréquente (jusqu’à 50 % des patientes) ainsi que les maladies auto-immunes ou apparentées telles que le syndrome de Goujerot Sjogren, le colon irritable ou la cystopathie à urines claires. L’équipe de la célèbre épidémiologiste australienne de Brisbane, Madame S.A. TRELOAR l’a observé dans une très vaste étude, destinée à des recherches de génétique portant sur 3895 femmes allant de 13 à 83 ans. Cette observation confirme l’importance des phénomènes immunitaires dans cette affection.
Le diagnostic de l’endométriose était fait avec environ 7 ans de retard, constatation faite par plusieurs conférenciers.

Qualité de la vie et traitements

Madame L. HUMMELSHØJ, (Danemark) lors de sa conférence de modérateur dans le séminaire “Douleur et qualité de la vie“ a insisté sur la fréquence des échecs de toutes les sortes de traitements. Il était donc impératif de mettre en œuvre de nouvelles stratégies.

Accords et contradictions sur la dyspareunie : Une étonnante concordance des chiffres

Les études rapportées par les équipes d’épidémiologie d’Australie, ainsi que par celle de Clermont Ferrand ( G.CHENE) révélaient un aspect paradoxal : ce symptôme est plus fréquent dans les cas d’endométriose minime que sévère (52% contre 42 % en Australie, et 51% contre 40% en France). On peut penser qu’un facteur soit inflammatoire soit psychique est impliqué dans ce cas, à moins que dans les formes sévères, les adhérences, fixant haut dans le pelvis les organes atteints, n’expliquent l’absence de douleur profonde.
Surprenant, le rôle du psychisme n’a pas été abordé dans la conférence de E. DENNY (Birmingham, Royaume Uni) sur la dyspareunie, prononcée dans le même séminaire, pas plus que l’impact de l’état émotionnel sur la qualité de la vie chez les femmes atteintes d’endométriose. Seuls semblaient compter pour la conférencière le nombre d’évitements des lésions dus à l’inconfort physique ainsi que la localisation et l’étendue des lésions. L’état pelvien commandait seul le niveau de la douleur. Au point que dans les couloirs, le même Président MAHEUX faisait remarquer que le niveau d’entente dans le couple, hors relations sexuelles, influençait la qualité de celles-ci d’une manière qu’il était curieux de négliger.

Les traitements médicaux

L’importance fondamentale de la durée

Le Professeur SCHWEPPE (de Westerstede, Allemagne) disait à la fin de la séance sur les traitements médicaux, à des amis réunis autour de lui,” il est évident que le traitement doit être prolongé au delà de ce qui est fait en général. Un traitement court aboutit toujours à des récidives. J’ai toujours été satisfait par le traitement que je prône depuis longtemps (je l’avais abordé à YOKOHAMA) : une patiente qui souffre et qui ne désire pas avoir un enfant doit recevoir des agonistes de la LHRH jusqu’à disparition des douleurs (3 à 6 mois). La Cochrane review a montré qu’ils étaient plus efficaces que les progestatifs et les pilules combinées. Ensuite on attend. Tant que la douleur ne revient pas, on garde la malade sous surveillance. Dès que la douleur revient, on reprend les mêmes injections, éventuellement avec add back therapy. Les risques osseux sont alors minima et peuvent être surveillés” .

De son côté, R. SHAW ( ancien président de la Société) à qui la même remarque sur l’inadéquation du traitement bref était faite et à qui on faisait état des bons résultats des progestatifs non androgéniques disponibles en France (en particulier des 19 norpregnanes dont la tolérance en traitement de longue durée semble bien établie par l’expérience de très nombreux gynécologues), évoquait la possibilité de l’utilisation prolongée de la MPA sous sa nouvelle forme retard (DMPA Sous Cutanée 104 mg) puisque selon les deux communications orales qui lui étaient consacrées, elle paraissait bien tolérée cliniquement et sur le plan osseux.

Parmi les traitements de longue durée, la place du DIU chargé de levonorgestrel a été évoquée. Les résultats d’une étude randomisée réalisée par l’équipe de L. BAHAMONDES de Sao Paulo concordent avec les publications antérieures, c’est à dire que l’efficacité a été semblable à celle des analogues de la LHRH et que c’est donc, une fois passée la période de saignements et spottings, un moyen fiable et pratique, de traiter les douleurs liées à l’adénomyose et à certaines formes d’endométriose.

Ainsi le nouveau concept des traitements médicaux prolongés prend corps sans être cependant encore officiellement proposé.

Le paradoxe des SERMs

La conférence de P. STRATTON de l’équipe du NIH de Bethesda (USA) qui a pratiquement achevé la dernière session du congrès était révélatrice de nouvelles voies de recherche dans le domaine du traitement des douleurs. Ses résultats étaient tout à fait inattendus : « Le Raloxifène accélère le retour de la douleur pelvienne chronique après traitement chirurgical ».

La présentation orale de même que l’abstract commençaient par : Les traitements tant médical que chirurgical ne sont pas effectifs à long terme sur la douleur pelvienne chronique par endométriose. Le Raloxifène a un effet mixte agoniste/antagoniste des estrogènes. Etant donné son absence de stimulation de l’endomètre, l’hypothèse a été émise qu’il pourrait inhiber le développement de l’endométriose. D’où l’administration, après excision chirurgicale complète des lésions, de raloxifène (180 mg/jour) contre placebo, pendant 6 mois. Une deuxième intervention était prévue après deux ans ou en cas de retour prématuré des douleurs ( définies comme des douleurs identiques à celles préopératoires pendant deux mois)

Les résultats ont été inattendus sous deux aspects :
- premièrement, il n’y a pas eu plus de dépression, de maux de tête, de kyste ovarien dans le groupe traité que dans le placebo.
- et d’autre part la douleur est revenue statistiquement plus vite et la deuxième intervention, a été faite plus tôt, dans le groupe Raloxifène ! au point que l’étude a été interrompue prématurément par le Board.
- Enfin, plusieurs malades dans les deux groupes avaient lors de l’opération des deux ans, une endométriose prouvée à la biopsie sans que les douleurs fussent revenues. La conclusion de poids de cette communication est à garder en mémoire : “ the lesions per se, may not be the source of pelvic pain “ ce qui n’a pas étonné les spécialistes chevronnés de l’endométriose !

Pour finir c’est S. BULUN, le grand spécialiste des antiaromatases, qui a traité du proche avenir du traitement de l’endométriose dans un exposé sans prétention mais d’une très grande richesse comme on l’attendait. Elle est impossible à résumer et ces agents ne sont pas encore utilisables en pratique.

Les chirurgiens devant un aiguillage en Y

La qualité des chirurgiens chercheurs et la diversité des voies.

Les Chirurgiens ont manifestement gagné en efficacité, en particulier en habileté laparoscopique. Mais les risques de ces interventions ne sont pas négligeables, surtout en cas de réintervention. Les bases des choix qu’ils doivent faire sont donc encore imparfaitement définies. Et ils s’efforcent de pouvoir disposer d’informations solides.

Dans cette optique un extraordinaire travail a été effectué à PERTH (Australie) par R. GARY et J. ABBOTT : une étude en double aveugle et randomisée sur les effets de l’excision des lésions d’endométriose comparée à ceux d’une coelio diagnostique pure.
Les précautions prises pour que personne ne puisse reconnaître l’intervention entreprise et de ce fait lever le double aveugle, allaient jusqu’à mettre du sang dans un drain laissé après la fausse excision. Toutes les patientes devaient subir une coelioscopie de contrôle après 6 mois.
L’excision chirurgicale s’est révélée supérieure au placebo mais celui-ci a eu 30 % de succès qui n’était pas corrélé avec la gravité des lésions. Dans 20% des cas opérés les douleurs ont persisté.
De façon un peu surprenante, au bout de 6 mois seulement, lors du second look des femmes traitées par une fausse intervention, la maladie avait progressé dans 45 % des cas et s’était améliorée dans 22%!

Un autre travail impressionnant était présenté par Charles CHAPRON qui a montré le rôle probable de la gravitation et des courants du fluide péritonéal dans la localisation des lésions que lui-même et son équipe avaient dénombrées chez 426 patientes. Il y avait ainsi 93,4% de lésions dans le compartiment postérieur contre 6,6 en avant de l’utérus. Ces lésions prédominaient au milieu du pelvis et quand unilatérales étaient plus fréquentes à gauche qu’à droite, ce qui paraissait en faveur de la théorie de la régurgitation-implantation.

La rigueur des chirurgiens se manifeste aussi par la précision de leurs statistiques et l’élargissement des équipes dans le traitement des lésions profondes.
Ainsi l’équipe de l’hôpital Universitaire Gasthuisberg (Louvain, Belgique) a rapporté ses excellents résultats tant en matière de suppression de la douleur, amélioration de la qualité de la vie sexuelle et générale et fréquence des grossesses, que par les faibles taux de récidive avec un traitement chirurgical multidisciplinaire radical et laparoscopique dans les lésions profondes avec extension colorectale. Les réinterventions ont été rares, 2/56 pour lésion directement causée par la chirurgie, mais 3 autres patientes ont été réopérées pour des raisons annexes.

Un bilan moins favorable était rapporté par NC KENNEY (Grande Bretagne) sur 40 patientes 3 ont été réopérées parfois plusieurs fois pour de sérieuses complications, une autre a subi un drainage d’un abcès et 7 sténoses rectales ont nécessité des dilatations.
Enfin, sur 406 patientes opérées en 13 ans, avec un suivi à 10 ans, 2 complications sévères ont été rencontrées par M. CANIS et l’équipe de Clermont Ferrand, durant les premières années et 8 durant les dernières, pour un nombre presque égal de patientes, ce qui peut avoir des explications contradictoires, en particulier la plus grande proportion de patientes déjà opérées imparfaitement et pour lesquelles une réintervention s’était avérée nécessaire et la mise en oeuvre de gestes chirurgicaux plus agressifs.

Accords et incertitudes

Un accord s’est clairement fait : dans les endométrioses profondes, la résection du fond du vagin qui était rarement envisagée semble devoir être nettement plus souvent effectuée.

Les incertitudes culminent avec les endométriomes ovariens : dans sa très originale et remarquée conférence, HEALEY ( Melbourne, Australie) démontrait que le risque de cancérisation d’une endométriose ovarienne était faible, relativement aux accidents de la route et de bien des maladies. Il suggérait néanmoins, d’opérer le plus radicalement possible les endométriomes (chacun connaît dans ce domaine les oppositions en matière de technique à adopter), tout comme on le fait pour les lésions profondes ou les lésions intestinales.
Mais lorsqu’à la fin de son exposé, on lui faisait remarquer que les réopérations sur les endométriomes avaient des effets parfois néfastes sur la réserve ovarienne, il le reconnaissait bien volontiers et en avait rencontré des exemples !
Ainsi la qualité et le niveau d’expérience du chirurgien étaient reconnus comme un paramètre essentiel dans les résultats du traitement de l’endométriose.

Au cours de son exposé sur endométriose et cancer, HEALEY avait aussi montré que des solutions parfois insuffisamment évaluées, étaient mises en œuvre tel le traitement laparoscopique par perforations multiples de la coque ovarienne des ovaires microkystiques résistants au clomifène. Et il projetait l’image des multicicatrices carbonisées résultant du drilling sur ce même épithélium qu’on sait être siège de cancérisations, sans qu’apparemment personne n’ait même simplement évoqué le risque potentiel de ce procédé et alors qu’on accuse les ovulations multiples de favoriser la dégénérescence de l’épithélium ! En contrepoint, dans les couloirs également, les risques aujourd’hui inconnus du clomifène étaient mis sur la sellette.

L'imagerie

Une conférencière exceptionnelle par son dynamisme n’a pas permis à l’assistance de réfuter ses thèses, Madame Regina BEETS, de Hollande a martelé avec des images de qualité également exceptionnelle que l’IRM était désormais un moyen essentiel dans le diagnostic et l’appréciation de l’extension d’une endométriose. Mais elle reconnaissait que la proposition des radiologues capables de bien lire les clichés n’était pas encore suffisamment élevée.

Les ultrasons n’étaient pas en reste dans la nouvelle imagerie, avec une très belle communication de ABRAO de Sao Paulo sur la possibilité qu’ils offrent de reconnaître une localisation digestive ou rétrocervicale. Dans leur étude, la sensibilité était de 95,4 %, la spécificité de 96,4% la valeur positive prédictive de 95,4% et la valeur prédictive négative de 96,5%. La conviction dans ses nombreuses communications, montrée par toute son équipe, fait penser que dans les années à venir, le Brésil jouera sans doute un rôle important dans les progrès qui seront faits dans la connaissance de l’endométriose.

Physiopatholgie et biologie

La partie la plus difficile de ce congrès concernait la physiopathologie et la nature des perturbations immunologiques.
On peut dire qu’il semble bien que le schéma général faisant de l’endométriose une maladie immunologique, impliquant les macrophages et les cellules natural killer, les interleukines 6 et 8 et le TNFalpha est confirmé ; leurs perturbations expliquant la nature inflammatoire du liquide péritonéal, le développement des lésions et les altérations de la fonction fertilisante des spermatozoïdes

Pour l’instant aucun test biologique ne semble répondre aux besoins des cliniciens. Mais la firme américaine Valeo Medical développe un test fondé sur la présence d’épitopes spécifiques sur les antigènes des cellules endométriales (qui pourrait déboucher sur un diagnostic biologique de l’endométriose plus spécifique que le CA 125 ).
Une équipe de LUBECK (Allemagne) a, pour sa part, insisté sur l’étude de l’expression du mRNA du récepteur des chemokines dans les leucocytes de sang circulant. Quant aux travaux sur les mécanismes d’adhésion/invasion, ils ont permis d’admirer une fois de plus la « culture moléculaire » et la clarté de JM FOIDART (Liège Belgique) et ils contribueront certainement à l’élucidation de la physiopathologie de cette toujours énigmatique maladie.

En résumé

Il n’y a certainement pas eu de révélations depuis le dernier congrès mondial sur l’Endométriose qui s’est tenu il y a 3 ans. Mais l’état d’esprit était clairement différent. La chirurgie laparoscopique est devenue plus agressive, les complications en sont décrites avec rigueur. Elles concernent entre 2 et 6 % des patientes, chiffres qui peuvent être considérés comme acceptables, ou devant faire davantage réfléchir en raison de leur sévérité et de leur retentissement sur la qualité de la vie des patientes.

Les traitements médicaux ont été mieux défendus et sont appliqués de façon plus prolongée. IRM et ultrasons sont devenus des auxiliaires reconnus des chirurgiens. Les études biologiques n’ont pas encore débouché sur une méthode diagnostique ou une amélioration de la thérapeutique, mais elles commencent à éclaircir le mystère des endométrioses.
Dans ces tentatives d’explication la place tenue par l’inflammation est importante et pourrait expliquer la réduction nette de l’intensité des douleurs pelviennes endométriosiques par l’administration de colchicine à faible dose que nous avons initiée.

Paolo VERCELLINI avait proposé comme thème du prochain congrès “l’endométriose vue à travers l’oeil de la malade”, ce qui aurait laissé une place plus grande à son état psychologique bien plus fragile que la majorité des gynécologues ne le pense. Cet aspect a été résolument négligé par le comité scientifique de ce congrès alors que des publications de plus en plus nombreuses lui sont consacrées. En revanche rappelons que les voies de transmission de la perception douloureuse ont été décrites dans une conférence de Thomas Lundeberg (Suède) dont la clarté assez rare dans ce domaine, ne cachait rien de l’infinie complexité !

On peut espérer qu’à Montpellier, où se tiendra le prochain congrès sous la férule de Bernard HEDON, une vision plus globale de la personnalité de la femme souffrant d’endométriose prévaudra et permettra de mieux cibler les thérapeutiques en les orientant vers l’ensemble des troubles présentés par ces patientes.

PS Il est totalement impossible de résumer trois jours de congrès en 3 pages. La subjectivité fait sélectionner les conférences analysées et dans ces conférences, mettre en exergue les assertions qui plaisent le plus à l’auteur du compte rendu. Cette donnée n’est mise en doute par personne. Rendez vous à Melbourne dans 3 et à Montpellier dans 6 ans si vous voulez vous faire votre propre opinion !

* Winkel CA, Scialli AR.Medical and surgical therapies for pain associated with endometriosis.
J Womens Health Gend Based Med. 2001 Mar;10(2):137-62.

Winkel CA.Evaluation and management of women with endometriosis.
Obstet Gynecol. 2003 Aug;102(2):397-408.


MOTS-CLES : Endométriose - Endométriome - BELAISCH J.