Endométriose et contraception

Alain AUDEBERT
Introduction

Les interrelations en endométriose et contraception sont importantes à connaître en pratique courante. Les agents contraceptifs sont communément utilisés pour le traitement de l’endométriose, mais disposent-on enfin aujourd’hui de données avec un bon niveau de preuve ? La contraception est-elle susceptible d’influencer le risque de survenue et le développement de l’endométriose ? La réponse à ces questions permet de guider le choix d’une méthode contraceptive à utiliser préférentiellement chez une patiente atteinte d’endométriose.

Utilisation thérapeutique des agents contraceptifs

Les stéroïdes, entrant dans la composition des méthodes hormonales de contraception, ont été les premiers agents efficaces utilisés pour le traitement médical de l’endométriose, avec en particulier les travaux de Kistner, publiés en 1958. Leur utilisation pour le traitement des endométrioses concerne, essentiellement, celles associées aux douleurs.

Les progestatifs

Il y a peu de progestatifs qui ont une AMM pour la contraception. Les plus anciens sont l’acétate de médroxyprogestérone et les divers microprogestatifs, et le plus récent est le désogestrel à la dose quotidienne de 0,075 mg. Seul l’acétate de médroxyprogestérone a fait l’objet d’études consistantes pour le traitement de l’endométriose. Parmi les rares progestatifs ayant une AMM pour l’endométriose, figure le lynestrenol.
Administrés de manière continue, les progestatifs entraînent une aménorrhée avec anovulation, un certain degré d’hypoestrogènie tissulaire et une diminution des récepteurs à l’estradiol au niveau des tissus cibles. Sous leur action, le tissu endométriosique est le siège d'une atrophie glandulaire, d'une pseudo-décidualisation du stroma et dans certains cas d'une nécrose cellulaire. Les études comportant une évaluation des lésions endométriosiques après traitement ont montré une régression des lésions comparable pour les divers produits évalués.

Etudes observationnelles

La plupart des études ont été réalisées dans les pays anglo-saxons qui disposent d’un nombre limité de produits, contrairement à la situation dans notre pays. Une revue de la littérature retrouve des publications observationnelles pour de nombreux dérivés. Les taux d’améliorations varient selon les symptômes : dysménorrhées de 83 à 94 %, dyspareunies de 60 à 83 % et douleurs non cycliques de 80 à 89 %. Il ne semble pas exister de franche différence au plan des résultats entre les divers produits, de toutes les façons, il ne s’agit pas d’études comparatives. Les effets secondaires, touchant près de 40 % des patientes, sont principalement les saignements intercurrents, les prises de poids, la sensation de gonflement….
Ils se distinguent, par contre, par leurs effets métaboliques avec un profil, bien sûr, plus défavorable avec les agents ayant une activité androgènique, notion pertinente pour un traitement prévu pour une longue durée.

Etudes randomisées

Des études randomisées sont maintenant disponibles, elles possèdent un meilleur niveau de preuve. Globalement on peut admettre que les progestatifs offrent les mêmes performances que les produits de référence (danazol il y a quelques années, analogues de la Gn-RH aujourd’hui). Il faut cependant noter que les effectifs sont en général limités ne permettant pas probablement de trouver des différences significatives. Cette assertion est probablement vraie aussi pour les lésions Stades I & II voire III, qui représentent la majeure partie des cas inclus dans ces études. Il serait plus intéressant, au plan pratique, de savoir si l’efficacité des divers produits est la même en cas de lésions et douleurs sévères. Malheureusement les données disponibles ne permettent pas de répondre à cette question.

Produits en cours d’évaluation

Divers nouveaux progestatifs sont en cours d’évaluation. Il s’agit d’abord de l’acétate de cyprotérone, progestatif bien connu dans le traitement, en particulier, de l’hirsutisme. Un produit, intéressant en raison de son absence d’effet androgènique et de sa bonne tolérance métabolique, est le dienogest . Sur le modèle expérimental du rat, il a montré une action puissante sur les lésions endométriosiques par divers mécanisme. Les données cliniques (études observationnelles ou randomisées) montrent une bonne efficacité, comparable à celle d’un analogue de la Gn-RH. Ce produit offre des perspectives prometteuses.

Synthèse

Une revue de la littérature, réalisée en 1997, conclut que les données disponibles suggèrent que l’efficacité des progestatifs pour une amélioration temporaire des douleurs associées à l’endométriose est bonne et comparable à celle offerte par d’autres traitements dont l’innocuité est moindre. Le même auteur, dans une revue plus récente, conclut qu’en raison de leur bonne efficacité, leur bonne tolérance, et leur faible coût, les progestatifs doivent être considérés comme le traitement préférentiel et représentent actuellement la seule alternative, aux plans de la sécurité et du coût, vis-à-vis de la chirurgie. Néanmoins, leur efficacité contraceptive limite leur utilisation chez les femmes qui ne souhaitent pas procréer…..

Enfin, une autre revue (15), effectuée pour le compte du Cochrane Database System, a des conclusions moins enthousiastes et définitives, constatant que les données sont encore trop limitées : "prescrits de manière continue les progestatifs représentent un traitement efficace pour les douleurs associées à l’endométriose, mais cette conclusion doit être acceptée avec prudence".

Les associations estro-progestatives

Toutes associations estro-progestatives, au fur et à mesure de leur mise sur le marché, ont été utilisées pour le traitement de l’endométriose. Pendant longtemps les études ont été le plus souvent observationnelles. Depuis les années 90, quelques séries randomisées ont été enfin publiées, mais elles ne concernent que peu d’associations. Pourtant, les diverses associations estro-progestatives sont communément prescrites pour le traitement de l’endométriose alors que seules quelques associations anciennes ont reçu une AMM, pour cette indication.

Le mécanisme d’action et les effets histologiques ont été peu étudiés. Les lésions deviennent atrophiques, après une période initiale de décidualisation. Une seule étude ancienne a montré que le norethynodrel induisait la régression des lésions dans 69 % des cas contrôlés par culdoscopie. La diminution du flux menstruel et l’effet bénéfique sur les dysménorrhées, quelle que soit l’étiologie, sont probablement en grande partie responsables de l’action favorable de ces agents.

Selon la gravité des symptômes, deux schémas d’administration peuvent être utilisés : discontinu ou continu. La durée de prescription dépend des objectifs fixés. Il est classiquement recommandé d’utiliser une association à climat progestatif dominant. Mais aucune étude n’a été réalisée, pour démonter la validité de cette assertion. En cas de saignement apparaissant lors d’une prescription continue, l’augmentation temporaire de la dose est aussi habituellement recommandée. Un schéma avec une prescription pendant 49 jours, montre une diminution du flux menstruel, alors que les saignements intercurrents (spottings & métrorragies) ne sont pas plus fréquents.
Des essais de prise de plusieurs plaquettes en continu ont aussi été réalisés.
Bien évidemment, il faut respecter les contre-indications, bien connues.

Les données des études observationnelles anciennes, avec des produits souvent fortement dosés, montrent que la symptomatologie douloureuse est améliorée dans 75 % à 89 % des cas. Les effets secondaires observés avec ces associations fortement dosées, prescrites de manière continue, ont conduit au déclin de leur emploi, au profit des nouvelles associations moins dosées.

Plusieurs études randomisées ont néanmoins été publiées. Pour les 206 patientes ayant été traitées par une association estro-progestative, les résultats observés sont comparables à ceux des produits avec lesquels ils ont été randomisés. Les effets secondaires attendus sont retrouvés avec les divers produits utilisés.

On dispose enfin de données un peu plus consistantes avec les associations estroprogestatives.
Le problème est que , pratiquement, aucun des produits utilisés dans les études contrôlées n’a d’AMM pour le traitement de l’endométriose.

La revue du Cochrane Data base System, conclut en 2000, que malgré la rareté des données (seules, les études randomisées sont analysées), les données permettent d’envisager l’utilisation des associations estroprogestatives en première intention pour le traitement de l’endométriose associée à des douleurs, mais que des études complémentaires sont nécessaires.

Au plan pratique, on ne dispose pas de données ni sur le type d’association à utiliser préférentiellement, ni sur les avantages réels d’une prescription continue, ni enfin, sur l’efficacité de ces produits sur les douleurs associées à des lésions sévères, comme celles de la cloison recto-vaginale.

Les dispositifs intra-utérins

Seuls les dispositifs libérant un stéroïde peuvent prétendre avoir un rôle thérapeutique. En effet, les dispositifs intra-utérins libérant du cuivre augmentent l’abondance des règles et ont plutôt tendance à accentuer la dysménorrhée, ces conséquences sont bien évidemment négatives.
Au contraire les dispositifs libérant un stéroïde ont démontré qu’ils diminuaient le flux menstruel et qu’ils amélioraient la dysménorrhée.

La première utilisation thérapeutique a concerné l’adénomyose avec un dispositif libérant du danazol. Le dispositif libérant du lévonorgestrel a ensuite été testé, avec des résultats aussi encourageants (50). Les premiers essais thérapeutiques d’un dispositif intra utérin, libérant un agent thérapeutique dans l’endométriose, a été réalisée en utilisant du danazol. L’utilisation de cet agent est actuellement plutôt orientée vers la voie vaginale, avec la mise en place d’un anneau contenant 1500 mg de danazol.

Le dispositif intra-utérin libérant du lévonorgestrel a fait l’objet de plusieurs études préliminaires dans l’endométriose. Le lévonorgestrel administré par voie intra-utérine entraîne une atrophie marquée de l’endomètre, avec une apoptose accrue à la fois au niveau des glandes épithéliales et du stroma. L’efficacité sur les dysménorrhées associées à une endométriose est satisfaisante, puisque à un an d’utilisation 75 % des patientes sont satisfaites. Encore plus intéressant est son efficacité en cas de douleurs associées à des lésions profondes de la cloison rectovaginale. L’amélioration est observée dès le troisième mois après la pause. Au douzième mois d’utilisation, aucune patiente ne présente de dysménorrhée ou de douleur pelvienne acyclique, et pour les 10 patientes qui présentaient une dyspareunie, elle a disparu chez 4 d’entre elles et pour les 6 autres la dyspareunie est légère. Par contre, il n’a pas été observé de diminution significative du volume des lésions. De nombreux essais cliniques sont en cours.

Influence des contraceptifs sur le risque d'endométriose

Il est important de connaître l’impact de la méthode de contraception utilisée sur le risque ultérieur de développer une endométriose. En effet, beaucoup de femmes jeunes retardent le moment de leur procréation en utilisant un mode de contraception, il ne faut pas qu’elle ait un impact sur le risque d’endométriose, car celle-ci peut éventuellement devenir un handicap pour l’obtention d’une grossesse, alors souvent désirée rapidement. Il est classique d’assurrer que la contraception orale réduit le risque, alors que la contraception intra-utérine avec des dispositifs libérant du cuivre l’augmente. Qu’en est-il exactement ?

La contraception orale

En réduisant le flux menstruel,la pilule combinée (surtout si elle est assez dosée en progestatif) réduit aussi la quantité de liquide menstruel susceptible de refluer par les trompes. Il paraît donc logique d'attendre de ce mode de contraception un effet bénéfique sur le risque d'endométriose, si l’on admet que ce mécanisme de développement de l’endométriose est déterminant.

11 études épidémiologiques, prospectives, de cohortes ou cas-témoins, ont été publiées.
Les résultats sont parfois contradictoires. On le comprend comte tenu des nombreux biais possibles, comme les critères de sélection des patientes et le fait, que l’endométriose peut davantage être « sous-diagnostiquée », car la pilule améliore les symptômes douloureux et masque ainsi l’endométriose. Mais on peut globalement retenir que les utilisatrices actuelles ont un risque réduit, avec un RR variant de 0,1 à 1,1. Les anciennes utilisatrices ont, au contraire, une augmentation du risque, avec un RR variant de 0,7 à 2,3, mais en général supérieur à 1. Il n’a pas été retrouvé de lien avec la durée d’utilisation de la pilule.

On peut finalement considérer que la prise d’une contraception orale, masque les symptômes de l’endométriose pendant son utilisation, et retarde le diagnostic qui ne sera réalisé qu’après l’arrêt, comme le démontre l’augmentation du RR à cette période. On ne saurait donc conclure, avec les données actuelles, que la contraception orale réduit globalement le risque d’endométriose.

La contraception intra-utérine

Avec l'insertion d'un dispositif intra-utérin contraceptif (DIU), inerte ou au cuivre, on constate une augmentation de 50 à 100% du flux menstruel, et il est aussi considéré que le DIU augmente la fréquence des dysménorrhées et de diverses douleurs pelviennes. Donc contrairement à la pilule qui diminue ces symptômes, le DIU les augmente et il est considéré comme le responsable. Si bien que, si l’intensité des symptômes le justifie, le DIU sera retiré et aucune investigation ne sera pratiquée pour identifier une éventuelle endométriose. Si ce comportement est vrai et si ce raisonnement est exact, on doit s’attendre à un RR diminué, laissant, de manière erronée, penser que le DIU a un effet "protecteur" chez les utilisatrices actuelles…….Après le retrait du DIU, la persistance des symptômes conduira à pratiquer les investigations appropriées et à identifier l’endométriose.

Le RR d’endométriose chez les utilisatrices d’un DIU est effectivement diminué, puisque de 0,4, dans une étude cas-témoins. Pour les anciennes utilisatrices de DIU, le RR est de 1,3, sans corrélation avec la durée. Dans une étude italienne, on retrouve aussi un RR accru de 1,3 pour les anciennes utilisatrices de DIU. D’autres études retrouvent aussi un RR accru.
Finalement, il est admis que l’utilisation du DIU au cuivre augmente le risque d’endométriose (62).

La "sidération" et l’atrophie de l’endomètre sont beaucoup plus importantes avec les DIU libérant du lévonorgestrel, en comparaison avec ses caractéristiques sous contraception orale. On devrait donc avec lui, comme avec la pilule, neutraliser les symptômes de l’endométriose, justifiant les essais cliniques favorables rapportés précédemment. Il serait donc intéressant de savoir, si, après son retrait, l’on assiste, ou non, aux mêmes phénomènes qu’après l’arrêt de prise de pilule.

Synthèse

Les contraceptifs oraux et les DIU aux cuivres masquent l’endométriose par des mécanismes différents chez les utilisatrices. La pilule améliore les symptômes de l’endométriose, au contraire le DIU les accentue, mais ils lui sont attribués. A l’arrêt d’utilisation de ces méthodes de contraception, l’endométriose reprendra (pilule) ou poursuivra (DIU) son évolution naturelle et le risque sera ainsi augmenté, avec logiquement une plus grande inertie pour les utilisatrices de pilule. On peut donc admettre que la pilule ne protège pas finalement la survenue de l’endométriose et que le DIU l’accentue. Il est dommage que l’on ne possède pas de données épidémiologiques sur l’utilisation d’un dispositif intra-utérin libérant du lévonorgestrel……

Contraception en cas d'endométriose

La réponse à cette question apparaît simple après les rappels précédents. Les principes de base à respecter sont évidents :
• utiliser une méthode qui n’aggrave pas l’endométriose
• utiliser une méthode qui améliore la symptomatologie
• tenir compte de la sévérité de la symptomatologie
• tenir compte de la localisation des lésions
• respecter les contre indications habituelles
• tenir compte de l’âge et du désir ultérieur de procréer
• tenir compte du choix des patientes et de leur acceptation des effets secondaires attendus
• informer de la reprise, éventuelle, de l’affection à l’arrêt de la méthode de contraception choisie.

En pratique, le choix est limité à 3 méthodes :
• progestatif assurant une bonne inhibition de l’ovulation, démontrée par des études adéquates
• associations estro-progestatives contraceptives combinées
• dispositif intra-utérin libérant du lévonorgestrel.

Nous ne rappellerons pas les bonnes règles d’utilisation des diverse méthodes de contraception, mais citerons à titre d’exemple quelques cas particuliers, pouvant justifier une stratégie particulière.

En cas d’endométriose connue, mais peu symptomatique, les 3 méthodes citées peuvent être utilisées selon les critères habituels, il est même possible de recourir aux autres méthodes (vaginales…), sauf le DIU au cuivre.

Pour l’adolescente, qui à priori nécessitera une prescription de longue durée, en première intention, la prescription d’une pilule combinée, même faiblement dosée est habituelle. C’est la méthode qui apparaît la mieux acceptée et tolérée en pratique. Parfois, il faudra, au moins dans un premier temps recourir à un schéma continu. En cas d’intolérance ou de contre indication à la pilule, un progestatif sera prescrit, en choisissant le produit le plus neutre au plan métabolique.

Pour les lésions de la cloison recto-vaginale non opérées, la méthode de choix est le dispositif intra utérin libérant du lévonorgestrel, en l’absence de contre indication à ce mode de contraception.

Pour les douleurs sévères, il n’y a pas d’argument pour choisir une méthode particulière selon les données disponibles, bien que le dispositif intra-utérin soit probablement le plus apte à améliorer la symptomatologie. En cas de contre indication au DIU, la pilule ou le progestatif choisis seront prescrits de manière continue. Si ces méthodes n’améliorent pas suffisamment les douleurs, de manière transitoire, un analogue de la Gn-RH pourra être utilisé. Pour les lésions sévères, qui doivent bénéficier avant tout d’un traitement chirurgical, la conduite est la même après l’intervention. Une prise en charge multidisciplinaire des douleurs et un accompagnement sont fortement recommandés dans ces cas.

Le choix des méthodes contraceptives est relativement restreint chez la femme qui présente une endométriose connue, opérée ou non, symptomatique ou non. Il faudra privilégier l’utilisation des associations estro-progestatives, des progestatifs et du dispositif libérant le lévonorgestrel. Quelques situations particulières peuvent faire privilégier l’utilisation d’une méthode spécifique.

Docteur Alain AUDEBERT
IGF-1
35 rue Turenne
33000 Bordeaux

Bibliographie
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MOTS-CLES : AUDEBERT A. - Endométriose - Pilule - Contraception - Stérilet - DIU - MIRENA