L’endométriose
n’épargne pas l’adolescente, la première description
remonte d’ailleurs à plus de 50 années. On définit
habituellement l’adolescence, comme la période allant de
10 à 19 ans (teen agers). Depuis, de plus en plus de publications
ont démontré sa grande fréquence dans les populations
explorées, essentiellement pour algies pelviennes ou dysménorrhées
rebelles aux traitements habituels. Si l’incidence de l’endométriose
n’est pas connue pour l’ensemble des adolescentes, de nombreux
arguments laissent penser qu’elle est probablement aussi fréquente
que chez les femmes plus âgées, à condition que
suffisamment de menstruations aient eu lieu. Enfin, il est constaté
dans de nombreux pays un retard de 5 à 7 années pour le
diagnostic de l’endométriose, il est donc important de
mettre en évidence cette affection le plus tôt possible,
en particulier quand elle touche l’adolescente.
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Rappel
épidémiologique
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On ne dispose
que de peu de données permettant de connaître l’incidence
de l’endométriose pour l’ensemble des adolescentes,
comme d’ailleurs pour les adultes. Seules les formes symptomatiques
sont diagnostiquées, car justifiant la pratique une cœlioscopie.
Néanmoins, Meigs a rapporté une incidence de 6 %, et plus
récemment, dans une population de 2900 adolescentes (de 15 à
19 ans) elle a été retrouvée dans 0,2 % des cas
.
Populations à risque
Pour des
populations ciblées ayant donc nécessité la réalisation
d’une coelioscopie, l’incidence de l’endométriose
est bien évidemment beaucoup plus importante (Tableau I).
En cas de d’algies pelviennes ou de dysménorrhées
rebelles aux traitements, les fréquences rapportées varient
de 19 à près de 70 %. Si l’on considère les
douleurs pelviennes rebelles au traitement conventionnel, l’incidence
est encore plus élevée atteignant 70 %.
Tableau
1. Incidence de l’endométriose chez des adolescentes soumises
à
une coelioscopie, en général pour algies pelviennes ou
dysménorrhées sévères.
Auteur |
Année |
Symptômes |
N.de
cas |
Endométriose |
% |
| Goldstein |
1980 |
Algies
chroniques |
140 |
66 |
47 |
| Chatman |
1982 |
Algies
pelviennes |
43 |
27 |
65 |
| Wolfman |
1984 |
Dysménorrhées
Algies chroniques
|
13
48 |
7
9 |
54
19 |
| Vercellini |
1989 |
Algies
chroniques |
47 |
18 |
38,3 |
| Reese |
1996 |
Algies
pelviennes |
67 |
49 |
73 |
| Laufer |
1997 |
Algies
chroniques |
46 |
32 |
69,6 |
| Creatsas |
1997 |
Algies
pelviennes |
12 |
2 |
16,7 |
| Audebert |
1998 |
Algies
pelviennes
Dysménorrhées |
41
19 |
13
7 |
31,7
36,8 |
| Emmert |
1998 |
Algies
pelviennes |
105 |
37 |
35,2 |
| Zrubek |
1999 |
Algies,
dysménorrhées et kystes |
129 |
22 |
17 |
Age de survenue
L’âge
moyen est en général proche de 17-18 ans. Dans notre série
personnelle, 85 % des adolescentes présentant une endométriose
étaient âgées de plus de 17 ans. On constate une
augmentation de l’incidence avec l’âge : de 11 à
13 ans, elle est de 13 %, et elle atteint 54% dans la tranche d’âges
20-21 ans.
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Les
lésions ont des particularités |
Bien évidemment
tous les types de lésions peuvent être rencontrés
chez l’adolescente,
mais la grande fréquence de lésions dites atypiques est
une particularité de l’adolescente.
Les lésions sont souvent atypiques
Divers aspects ont été décrits
Les lésions
atypiques ("subtle"ou "non pigmentad lesions" des
auteurs anglosaxons) ont été rapportées dès
1980. Leur description systématique n’a cependant été
rapportée que quelques années plus tard (15, 16). Des
études ultérieures ont confirmé leur réalité.
Les principaux aspects sont illustrés sur les figures 1. Selon
les types de lésions les confirmations histologiques varient
de 19 à 91 %. Les lésions dont la positivité dépassent
80 %, dans une étude, sont les vésicules blanches, les
lésions rouges en flammêche et les épaississements
blanchâtres
Elles ne sont pas spécifiques et imposent une biopsie
De nombreuses
autres péritonéales peuvent avoir le même aspect
(hémangiome, kyste inflammatoire, inclusions péritonéales,
réactions aux corps étrangers, métastase de cancers…)
c’est dire qu’une biopsie s’impose dans tous les cas
pour avoir une preuve irréfutable. Ces lésions atypiques
doivent faire l’objet d’une grande attention, lors de la
cœlioscopie pour être identifiées.
Les lésions "jeunes" sont souvent les plus
actives
Il a par
ailleurs été démontré que ces lésions
claires et rouges étaient les plus actives histologiquement et
biologiquement et qu'elles avaient donc la potentialité d'entraîner
des effets délétères. Il a en effet été
démontré, dans une étude, que les lésions
atypiques étaient davantage associées aux dysménorrhées
en comparaison avec les lésions typiques ou classiques, probablement
en raison de leur plus grande capacité à synthétiser
des prostaglandines F et diverses cytokines, mais aussi à saigner
et entraîner une inflammation.
Ces lésions se renouvellent en permanence
Il apparaît
bien qu’elles sont le siège d’un renouvellement permanent,
avec la disparition spontanée de certaines lésions et
l’apparition de nouvelles.
Dans ces conditions les récidives apparaissent inéluctables
dès l’arrêt du traitement, quel qu’il soit.
Les
lésions sont le plus souvent peu sévères
Dans la
plupart des séries publiées les lésions sont minimes
ou légères (Stade I-II) avec des taux variant de 35 à
58 %. Dans notre série, le taux est encore plus élevé
atteignant 77,5 %. Bien évidemment les circonstances du diagnostic
sont susceptibles de modifier la part des lésions de faible sévérité.
On retrouve une incidence plus élevée dans une autre série
où tous les cas étaient des stades I et II.
Figure
1 : Quelques aspects d’implants péritonéaux typiques
ou atypiques
Aspect
typique bleuté |
Vésicule
blanche |
Vésicule
jaune |
Vésicule
rouge |
Flammèche
rouge |
Plaques
marrons |
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Les
circonstances de découverte |
Les circonstances
de découverte sont variables, l’expression clinique de
l’endométriose, dans cette tranche d’âge, n’étant
pas différente de celle observée chez les femmes plus
âgées, en sachant qu’elle peut dans certains cas
être aussi parfaitement asymptomatique.
Les cas
d’endométrioses associées à une malformation
obstructive représente cependant la principale spécificité
de l’adolescente.
Les algies
pelviennes chroniques et les dysménorrhées sévères
ne répondant pas aux traitements habituels sont les circonstances
les plus fréquentes conduisant à pratiquer la cœlioscopie,
qui dans ces cas a de grandes chances de découvrir une endométriose.
Divers
troubles du cycle, des symptômes urinaires ou digestifs peuvent
aussi conduire à son diagnostic
Les douleurs
aigues sont plus rarement en cause , bien que dans certaines
études ce symptôme peut représenter 21 % des cas
où une endométriose a été mise en évidence.
La découverte
à l’examen clinique ou échographique d’une
masse annexielle, symptomatique ou non, représente la dernière
circonstance apte à faire découvrir une endométriose,
pouvant là aussi atteindre un pourcentage de 21 % dans certaines
séries.
Enfin,
dans des cas plus rares, les lésions sont découvertes
lors d’une cœlioscopie réalisée pour une autre
raison, comme la suspicion d’une infection pelvienne ou d’une
grossesse extra-utérine.
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Le
diagnostic |
Au plan
de la prévention, il est important au cours du premier examen
du bébé d’identifier les imperforations hyménéales.
Les malformations plus complexes (vagin borgne….) ne seront le
plus souvent que diagnostiquées avec retard en présence
de symptômes évocateurs.
Le diagnostic
de lésions établies repose sur les moyens habituels :
• antécédent familial (surtout au premier degré)
• symptomatologie (dysménorrhée, algies rebelles….)
• l’examen clinique (sensibilité des ligaments utéro-sacrés…)
• l échographie et plus rarement l’IRM (en cas de
malformation complexe)
• la coelioscopie avec biopsie (seul moyen apportant une certitude)
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Le
traitement |
Les adolescentes
illustrent parfaitement les déterminants majeurs de la survenue
de l’endométriose, et il est ainsi possible de distinguer,
très schématiquement car les associations de plusieurs
facteurs sont possibles, 3 formes caractéristiques, dont les
enjeux pratiques sont très différents.
Les
endométrioses liées aux malformations obstructives
Les malformations
génitales obstructives entraînent la survenue des endométrioses
découvertes chez les adolescentes les plus jeunes (par exemple
en cas d’hématocolpos). Il s’agit d’endométrioses
quasiment « expérimentales » qui, le plus souvent,
régressent après la correction chirurgicale de la malformation.
Une simple échographie est en général capable d’établir
le diagnostic exact de la malformation et de conduire au traitement
chirurgical approprié.
Un dépistage précoce est indispensable, par l’examen
rigoureux de l’appareil génital externe après la
naissance et par une échographie en cas de dysménorrhées
inhabituellement sévères dès les premières
règles.
Le pronostic de ces endométrioses est habituellement favorable,
car les lésions régressent spontanément et aucun
symptôme n’est rapporté. Aucun traitement de principe
n’est nécessaire, d’autant plus que ces patientes
sont en période post pubertaire immédiate. Plus tard elles
seront exposées au risque d’endométriose comme toute
femme en période d’activité génitale.
Fig.
2 : Rétention dans l’hémi-matrice droite en
raison d’un hémi-vagin borgne |
Les endométrioses "habituelles" liées
au reflux menstruel accru et aux anomalies de l’endomètre
Elles sont
liées aux mêmes mécanismes que la plupart des endométrioses
observées chez les femmes plus âgées, avec le rôle,
bien établi, du reflux menstruel et celui plus récent
et encore hypothétique des anomalies endométriales associées.
La majorité des endométrioses découvertes chez
les adolescentes surviennent, donc en général, après
environ 5 années de menstruations (excessives par leur fréquence
ou leur abondance) donc en fin d’adolescence.
Il s’agit de lésions jeunes atypiques qui peuvent être
ou non symptomatiques (douleurs).
Leur traitement sera éventuellement suivi de récidives,
avec l’apparition de nouvelles lésions. Les lésions
peuvent être détruites, lors de la coelioscopie diagnostique,
si elle pratiquée.
En l’absence de contre-indication et si une contraception est
désirée, la prescription d’une association contraceptive
paraît légitime, mais aucune étude contrôlée
n’a validé le rôle bénéfique pourtant
très probable de cette attitude. En général elle
assure un contrôle acceptable des symptômes, parfois au
prix de l’utilisation d’une association fortement dosée
ou de progestatifs antigonadotropes administrés en continu. Exceptionnellement
il s’avère nécessaire de recourir aux agonistes
de la Gn-RH, mais pour une courte période, jamais avant que la
croissance osseuse ne soit achevée (en général
à partir de 17 ans), puis avec en relais les traitements précédents.
Les
endométrioses survenant sur un "terrain prédisposé"
Il s’agit
d’une catégorie de patientes bien difficile à identifier,
car il n’existe pas actuellement de moyen diagnostic permettant
de la caractériser. Cela concerne probablement les endométrioses
survenant avant 15 ans en l’absence de malformation obstructive
et les formes les plus sévères.
La prédisposition favorisant le développement d’une
endométriose peut être due soit à des altérations
génétiques , soit à divers autres facteurs immunologiques,
environnementaux ou iatrogènes.
Il est nécessaire de rechercher par l’interrogatoire une
prédisposition familiale, en l’absence de marqueur génétique
validé.
Cette prédisposition est en effet associée aux endométrioses
les plus sévères, les plus symptomatiques et les plus
aptes à récidiver après traitement, souvent chirurgical,
compte tenu de l’importance des lésions (kystes…).
Ce sont les formes qui posent le plus de problèmes pratiques
à moyens et longs termes, non seulement pour la maîtrise
des phénomènes douloureux, mais aussi pour la préservation
de la fertilité. Tous les moyens thérapeutiques précédemment
évoqués seront utilisés.
L’histoire de ces patientes révèle des interventions
multiples et l’utilisation de tous les traitements médicaux
disponibles.
Une prise en charge multidisciplinaire, un soutien psychologique et
le recours aux médecines alternatives sont toujours indispensables.
Il est important que la recherche, fondamentale et clinique, détermine
les meilleurs moyens de ralentir l’évolution de ces formes
d’endométriose.
Docteur
Alain AUDEBERT
IGF-1
35 rue Turenne
33000 Bordeaux
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Bibliographie
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- Audebert
A. L’endométriose de l’adolescente. In «
L’endométriose » J.Belaisch, A.Audebert et al eds,
1 vol , Masson, Paris, 2003, pp 287-292
- Audebert
A. Caractéristiques de l’endométriose de
l’adolescente : à propos d’une série de 40
cas. Gynécol Obstét Fertil 2000 ; 28 : 450-454
- Bischoff
FZ, Simpson JL. Heritability and molecular genetic studies
of endometriosis. Hum Reprod Update 2000 ; 6 : 37-44
- Fallon
J. Endometriosis in youth. JAMA 1946 ; 131 : 1405-1406
- Goldstein
DP, de Cholnoky C. Emans SJ, Leventhal JM. Laparoscopy in the
diagnosis and management of pelvic pain in adolescents.J Reprod Med
1980 ; 24, : 251-257
- Houston
D. Evidence for the risk of pelvic endometriosisis by age,
race and socioeconomic status. Epidemiol Rev 1984 ; 6 : 167-191
- Jansen
RP, Russell P. Non pigmented endometriosis:clinical,laparoscopic
and pathologic definition. Am J Obstet Gynecol 1986 ; 155 : 1154-1159.
- Laufer
MR, Goitein L, Bush M, Cramer DW, Emans SJ. Prevalence of endometriosis
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therapy. J Pediatr Adolescent Gynecol 1997 ; 10 : 199-202`
- Laufer
MR, Sanfilippo J, Rose G. Adolescent endometriosis : diagnosis
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- Olive
DL, Henderson DY. Endometriosis and mullerian anomalies. Obstet
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- Stripling
MC, Vander Zwaag R, Martin DC, Poston WM, Chatman DL. Subtle
appearance of pelvic endometriosis. Fertil Steril 1986 ; 49 : 427-431
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MOTS-CLES
: AUDEBERT A. - Adolescente - Endométriose - Endométriome
- Douleurs - Dysménorrhées - Algies |