Mastodynies de l'enfant et de l'adolescente
Martine BOISSERIE-LACROIX
La mastodynie est un facteur de consultation beaucoup plus rare chez l'adolescente que chez la femme adulte et la problématique en est différente. Comme dans tout syndrome subjectif, il est malaisé de déterminer quand une tension banale devient douleur par son intensité ou sa durée. Après élimination d'une cause physique, ce symptôme n'est pas à négliger car il peut témoigner d'un dysfonctionnement psychique.
Diagnostic

Circonstances de découverte

L'écoute est le temps essentiel de la consultation, et sera différente selon la présence ou non de la mère. L'interrogatoire analyse les caractéristiques de la douleur alléguée : type (tension, picotement, lourdeur), siège (uni ou bilatéral, rétro-aréolaire ou périphérique), irradiations (creux axillaire, bras, sternum), durée (transitoire, chronique), périodicité (diurne, nocturne, intermittente), facteurs aggravants et apaisants, retentissement (sur la vie quotidienne, les activités sportives et le psychisme).

Eléments du diagnostic

La mastodynie ne doit jamais être considérée comme un syndrome banal. La priorité est à l'examen clinique.

L'interrogatoire doit s'enquérir aussi de l'existence de phénomènes pré-menstruels si la jeune fille est réglée, de la prise de pilule, des antécédents familiaux.

L'examen clinique mammaire doit être conduit avec tact respectant la pudeur de la jeune fille, effectué si possible en période post-menstruelle, recherchant une cause locale à la douleur.

• L'inspection analyse la peau (angiome, inflammation), l'aréole, l'ébauche mammaire (développement, asymétrie, déformation par une masse...).

• Elle est complétée par une palpation douce facilitée par un dialogue apaisant. L'examen mammaire est poursuivi par un examen en décubitus latéral droit et gauche à la recherche d'aires douloureuses extramammaires sur les trajets métamériques D5-D6.

• L'examen général étudie les aires ganglionnaires, le thorax à la recherche de « points-gâchettes » d'un syndrome myofasciculaire (moins souvent observé à cet âge que chez la femme adulte), enfin la colonne vertébrale à la recherche de troubles statiques plus fréquents à type d'attitude vicieuse, scoliose, hyperlordose.

Examens complémentaires

    • Devant une mastodynie isolée, la mammographie n'a pas d'indication (il n'y a pas de carcinome intra-canalaire infiltrant avant 20 ans). L'échographie est parfois indiquée pour rassurer la patiente et le médecin, mais cette attitude ne doit pas devenir une règle. Les dosages biologiques (oestradiol, progestérone et prolactine plasmatiques) sont en général inutiles en dehors d'une puberté précoce car le déséquilibre oestroprogestatif, modéré, ne s'exprime qu'au niveau tissulaire mammaire.

    • Quand la mastodynie est associée à une anomalie de l'examen clinique, les examens radiologiques aident à caractériser cette mastopathie : l'échographie en première intention et éventuellement un cliché mammographique.
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    L'échographie est indiquée devant tout nodule ou placard palpables, ou devant un écoulement persistant.
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    Un cliché mammographique peut être utile si le placard palpable est ambigu.
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    Les autres explorations radiologiques ­ imagerie par IRM, ponction sous échographie ­ sont exceptionnellement réalisées.

Conduite du diagnostic

Mastodynie de la fillette

En pratique quotidienne, il arrive de recevoir des fillettes de 7-8 ans au moment de la poussée du bourgeon mammaire, correspondant au stade S2 de Tanner (le mamelon est saillant, l'aréole s'élargit). Les douleurs sont à type de picotements rétro-aréolaires ou de tension. On palpe le bourgeon mammaire en arrière de l'aréole, un peu dur, sensible. La poussée est souvent unilatérale pouvant mettre plusieurs mois voire une année à se symétriser. La petite fille a une image mal définie de sa poitrine qui est ressentie avant d'être vue, et si besoin, l'échographie peut être prescrite pour affirmer la réalité du sein.

Mastodynie isolée de la période pubertaire

Une tension douloureuse est habituelle aux alentours de la puberté : tant que les premiers cycles sont anovulatoires, la sécrétion oestrogénique est pure, responsable d'une congestion mammaire. La douleur est plus prononcée que l'inconfort habituel prémenstruel, en intensité ou en persistance en l'occurrence plus de 4 à 7 jours selon les auteurs. Avant l'âge de 20 ans, les douleurs sont cycliques, il n'est pas observé de douleur chronique non cyclique.

Mastodynie s'inscrivant dans le cadre d'une mastopathie bénigne

• Les mastodynies diffuses avec anomalie de développement
Dans l'hypertrophie, le développement exagéré de la poitrine, surtout s'il est rapide, peut entraîner une lourdeur voire une douleur, dans la physiopathologie de laquelle on invoque une stase veinolymphatique. L'échographie connaît des limites vu la taille des seins. La mammographie ­ numérisée pour avoir un meilleur contraste ­ voire l'imagerie par résonance magnétique nucléaire peuvent être intéressantes pour éliminer un processus tumoral sous-jacent (notamment un hamartome lorsque l'hypertrophie est asymétrique).
Une petite asymétrie au cours du développement de la poitrine est habituelle et en général s'estompe au stade S5 de Tanner (sein adulte). Le sein le plus développé, tendu, peut être le siège de mastodynies. Le recours à l'échographie ne doit être envisagé que pour calmer une inquiétude trop vive de la part de la jeune fille ou de sa mère.

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    • Les mastodynies de la plaque aréolo-mamelonnaire
    La plaque aréolo-mamelonnaire comporte un plexus nerveux particulièrement dense avec de nombreux récepteurs et des terminaisons libres de la nociception et de la sensibilité thermique.

    - Une douleur localisée aux mamelons peut être due à un frottement à l'occasion d'une activité sportive sans soutien-gorge adapté.

    - Une mastodynie rétroaréolaire peut être associée à un petit nodule bien limité, sensible. C'est là l'indication princeps de l'échographie: différencier un contenu liquide d'un contenu solide.
    Le kyste rétro-aréolaire est fréquent, dû à la dilatation d'une petite glande mammaire accessoire. On préviendra la jeune patiente que ce kyste régresse en général spontanément, mais qu'il peut parfois s'évacuer à travers l'aréole. Le kyste peut aussi être asymptomatique, et systématiquement on examinera à l'échographie le côté contro-latéral.

Figure1. Jeune fille de 23 ans. Mastodynie rétro-aréolaire droite intermittente depuis une semaine, à type de lancements. On palpe un tout petit nodule mobile en arrière de la plaque aréolo-mamelonnaire. L'échographie montre un cône conjonctivo-glandulaire hypoéchogène comme habituellement à cet âge, et correspondant au petit nodule une lacune de type liquidien avec des échos tourbillonnants, évoquant un kyste rétro-aréolaire. Les douleurs ont spontanément cédé.

L'échographie montre plus rarement un contenu solide: il existe des adénofibromes rétro-aréolaires, dont la sensibilité peut être attribuée à leur localisation dans une région très innervée.
Quand le diagnostic hésite entre un adénofibrome et un kyste à contenu épais, les sondes de très haute fréquence permettent une meilleure approche de l'architecture interne. La douleur peut être à type de « picotements » rétroaréolaires avec ou sans écoulement. L'ectasie canalaire peut s'observer chez la jeune fille. La douleur, non cyclique, est à type de fourmillements ou de brûlure, et peut irradier vers le quadrant supéro-interne. L'écoulement parfois associé à l'ectasie canalaire est vert ou brun foncé, uni ou multipore. La galactographie n'a pas d'indication devant ce type d'écoulement. L'échographie peut montrer des galactophores modérément dilatés, ou de calibre normal car la particularité à cet âge est l'importance de l'inflammation péri-ductale, mais la discrétion de la dilatation canalaire : il est alors essentiel de prendre en compte les signes cliniques.
Rarement, l'ectasie peut être secondaire à la présence d'un papillome intracanalaire, quelques cas ont été décrits à partir de l'âge de 12 ans. La reproductibilité de l'écoulement unipore séreux, brun ou sanglant, doit faire pratiquer une échographie, à la recherche d'une végétation dans un canal dilaté. Une cytologie de l'écoulement est utile quand l'échographie est négative. La galactographie repérera le canal en cause dans un but pré-chirurgical.

• Les mastodynies localisées à un quadrant du sein
La douleur peut être au premier plan du tableau clinique de mastopathie.

- Après un traumatisme, la séméiologie clinique varie selon la nature du choc, sa force et son impact. L'échographie a un rôle essentiel, montrant une ou plusieurs images de collection, transsoniques ou hétérogènes. Quand il existe un syndrome inflammatoire, l'apparition brutale, quasi-horaire, de la douleur est caractéristique d'un abcès. L'échographie est le seul examen à pratiquer : elle montre le siège, le nombre et la taille des collections, et permet de suivre leur évolution et leur disparition sous traitement médical. La mastodynie est souvent moins intense et plus localisée dans les kystes infectés : mais c'est une éventualité plus rare à cet âge que l'abcès, les kystes de mastopathie fibro-kystique ne s'observant pas avant 20-24 ans.

- La mastodynie peut être associée à un nodule régulier mobile de petite taille. L'échographie est nécessaire, pour confirmer le diagnostic de kyste (rarement) ou plutôt d'adénofibrome. Rares malgré tout sont les adénofibromes sensibles, et il n'est pas toujours facile d'expliquer l'absence de responsabilité directe du nodule dans la douleur, mais plutôt l'existence d'un contexte hormonal ­ une hyperoestrogénie, une prise de pilule. La ponction n'est indiquée qu'en cas d'hésitation diagnostique.

• On peut palper un placard d'allure dystrophique, plus volontiers dans un quadrant supéro-externe, justifiant la pratique d'une échographie. Ce placard n'a souvent pas de traduction, mais on peut observer une zone plus échogène que le reste du conjonctif traduisant une réaction fibrotique locale. La ponction et à fortiori la microbiopsie sont rarement nécessaires à cet âge.

• Un placard irrégulier à la palpation et très sensible à la pression doit faire penser à une papillomatose juvénile : cette dystrophie localisée se traduit à l'échographie par une plage hypoéchogène comportant de petits kystes en périphérie. Quand l'aspect radio-clinique n'est pas celui d'un adénofibrome typique, il est préférable de pratiquer un cliché mammographique qui seul peut mettre en évidence une désorganisation stellaire ou des microcalcifications obervées 3 fois sur 4 dans les papillomatoses juvéniles.

• Enfin, la douleur peut être due à la poussée évolutive d'une tumeur à laquelle l'échographie permet parfois de donner une orientation étiologique avant l'exérèse. Des septa échogènes sont caractéristiques d'un adénofibrome, correspondant aux bandes collagènes entre les lobules hypertrophiés ; de petites zones liquidiennes périphériques font évoquer une tumeur phyllode.

La douleur psychique « idiopathique »

Ce n'est plus la simple modification quantitative d'un phénomène physiologique, c'est un état authentiquement anormal. L'image du corps, liée à l'histoire de l'individu, à ses expériences émotionnelles, peut générer douleurs et complexes.

Les douleurs intriquées

Plus difficiles à étiqueter seront les douleurs répondant à plusieurs causes : tension prémenstruelle et d'origine rachidienne par exemple. Il importe de démêler ces causes afin d'adapter la thérapeutique.

Traitement

Il va dépendre du bilan effectué et de l'origine de la mastodynie. Il doit au minimum diminuer et même faire disparaître l'inconfort et l'inquiétude de la patiente, sans passer à côté d'une cause organique ou psychique.

Méthodes

Médical

Les « petits moyens » sont utiles : conseils diététiques lors de surcharge pondérale, diminution des produits riches en méthylxanthines (café, thé, coca-cola), éviction du jus de pamplemousse qui augmente la biodisponibilité de l'éthinylestradiol, pratique d'une activité sportive ou d'exercices de relaxation, correction d'une attitude vicieuse. Le soutien-gorge doit être adapté en taille et profondeur à la morphologie des seins, et efficace sur le maintien.

Les crèmes anti-inflammatoires sont utiles à cet âge (Nifluril®, Osmogel®) seules ou associées à un gel progestatif (Progestogel®).

Les traitements hormonaux oraux font appel à la progestérone et à ses dérivés, en raison de leur action anti-exsudative, anti-inflammatoire et éventuellement antigonadotrope, mais il faudra tenir compte de leurs effets secondaires.

Chirurgical

Ce sera la chirurgie d'une anomalie de développement: réduction d'une hypertrophie, plastie d'augmentation (cf fiche clinique « Développement clinique des seins et leurs anomalies »).

Indications

Lors de mastodynie isolée

Un examen clinique bien mené et l'explication du mécanisme des douleurs devraient suffire à apaiser les craintes, l'échographie éventuellement associée bien que non indispensable permettant de rassurer complètement la patiente et aussile médecin. Lors de la consultation, le regard et le dialogue de l'adulte devront aussi ré-assurer l'adolescente dans sa féminité et sa normalité.

• Les douleurs isolées doivent être traitées si elles sont invalidantes, en privilégiant à cet âge les moyens non médicamenteux énoncés ci-dessus, et les crèmes anti-inflammatoires. La progestérone par voie per-cutanée (Progestogel®) peut être prescrite; elle est efficace à condition d'être administrée de façon régulière et prolongée (15 à 20 jours par mois voire en continu). Il faudra donc insister auprès de la jeune patiente sur la régularité des applications de gel, l'assuétude à un traitement étant aléatoire à cet âge. Quand les douleurs sont très prononcées et durables, le recours à des progestatifs de synthèse s'avère nécessaire.
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L'isomère de la progestérone (Duphaston® 10) sera d'abord proposé, 1 ou 2 comprimés par jour, du 14ème au 25ème jour du cycle; il aura également une action sur un éventuel trouble du cycle (trop court ou trop long) qui peut être associé aux mastodynies.
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En cas d'échec, et en l'absence de désir de contraception, un dérivé 17 OH progestatif (par exemple Lutéran® 5) puis norprégnane (Lutényl®, Surgestone®) sera prescrit selon les mêmes modalités.
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Si nécessaire, la durée de prescription sera allongée en commençant du 12ème, du 10ème, du 8ème voire du 5ème jour du cycle au 25ème jour du cycle.
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Ce n'est qu'en cas d'échec que pourront être brièvement prescrits à cet âge des norstéroïdes (Orgamétril®), selon les mêmes modalités que les norprégnanes. Les norstéroïdes ont cependant des effets secondaires plus marqués sur l'acné et la prise de poids. Quand la jeune fille est demandeuse d'une contraception, on proposera plutôt une pilule combinée normodosée à composante progestative (ex. Planor®), que l'on peut associer à des applications locales de Progestogel®. Après quelques mois, on passera à une pilule combinée minidosée mono ou biphasique (ex. Miniphase®). Les « micropilules » sont à éviter, car entraînant souvent un déficit lutéal iatrogène à l'origine d'une accentuation des douleurs.
• Si les mastodynies sont survenues sous pilule combinée mini-dosée, mono, bi ou triphasique, on proposera de changer de spécialité dans la même gamme thérapeutique en ajoutant du Progestogel® en application une voire deux fois par jour. Ou bien, on proposera de passer au Planor®. Des mastodynies sont fréquentes sous Diane®35 en raison du climat oestrogénique de cette pilule : le Progestogel® est alors efficace, seul ou en association les 10 ou 12 premiers jours de Diane® avec Androcur ¼, ½ ou 1 comprimé par jour selon l'importance des douleurs.

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En présence d'une cause spécifique :

• Kyste rétro-aréolaire : le traitement anti-inflammatoire est indiqué lors de poussée inflammatoire quand les mastodynies sont vives et deviennent diffuses. Les anti-inflammatoires peuvent aussi être prescrits pour calmer la douleur lors d'ectasie canalaire sécrétante.
• Une tumeur bénigne de petite taille mais gênante par sa sensibilité fera l'objet d'une exérèse, de même bien sûr une tumeur augmentant de taille, sachant qu'à cet âge le sein est très plastique et reprend sa forme rapidement.

• Une disgrâce peut devenir véritable dysmorphophobie, nécessitant un travail psychothérapique qui replacera l'imaginaire dans des limites normalisées et apaisantes.
• Quand une intervention chirurgicale à visée esthétique est décidée, il importe de pouvoir attendre la fin de la croissance et la stabilisation du volume mammaire, soit l'absence de modification nette depuis un an chez une jeune fille réglée depuis au moins trois ans.

Figure 2. Jeune fille de 18 ans. Adénofibrome connu qui a récemment augmenté de taille, avec sensibilité vive rétro-aréolaire droite. L'échographie réalisée avec une sonde de très haute fréquence montre une lacune à grand axe horizontal, à contours légèrement lobulés, paraissant multinodulaire, avec un septa échogène à l'intérieur, mesurant un peu plus de 30mm. Une exérèse est décidée, les douleurs ont disparu.

Evolution et pronostic

Si le traitement d'une cause spécifique fait disparaître la douleur, il est plus difficile de soulager définitivement les mastodynies cycliques, dont le devenir est préoccupant, bon nombre apparues dans la deuxième décade de la vie ayant tendance à persister des années. C'est pourquoi il importe de les traiter médicalement si elles sont gênantes dès l'adolescence.

Docteur Martine BOISSERIE-LACROIX
Hôpital Saint-André
Service de Radiologie
1 rue Jean Burguet
33075 BORDEAUX


MOTS-CLES : Adolescente - Puberté - Mastodynies - Douleurs - Seins