L'interrogatoire
en cinq questions : c'est le temps essentiel
• Quel âge ?
- moins de 25 ans : c'est
l'âge de la pathologie dite fonctionnelle et notamment celui de
la dysménorrhée essentielle,
- 25 à 35 ans : c'est l'âge
de la maternité... et de l'endométriose externe, associée
dans 30 à 50 % des cas à une infécondité,
- plus de 35 - 40 ans : c'est
l'âge de la pathologie utérine bénigne, adénomyose,
fibrome, hyperplasie de l'endomètre, ménorragies fonctionnelles.
• Primaire ou secondaire ?
C'est la question essentielle .
• Stable ou évolutive
?
- La dysménorrhée
essentielle se répète de mois en mois sans tendance à
l'aggravation,
- Une douleur progressivement
croissante dans son intensité est suspecte d'organicité,
même chez l'adolescente (endométriose, hémivagin
borgne)
• Quels signes d'accompagnement
?
- Il peut n'y en avoir aucun
mais la dysménorrhée essentielle est souvent accompagnée
d'un riche cortège neurotonique et digestif : asthénie,
céphalées, nausées, parfois vomissements, diarrhée,
lipothymies, irritabilité, nervosité ...
La plupart de ces signes fonctionnels sont aussi liés aux prostaglandines.
- Une dyspareunie profonde et
des douleurs pelviennes non cycliques d'apparition progressive à
distance de la puberté évoquent l'endométriose
externe,
- L'association de la dysménorrhée
à des ménorragies chez une femme de plus de 40 ans est
très suggestive d'une adénomyose.
• En début ou en fin
de règles ?
- La dysménorrhée
essentielle est une douleur protoméniale ou de précession,
elle apparaît avec les règles ou les précède
de quelques heures. Sa durée dépasse rarement 24 à
36 heures.
- La dysménorrhée
organique est volontiers téléméniale, apparaissant
ou s'aggravant le deuxième ou le troisième jour des règles,
et de durée plus longue.
L'examen gynécologique,
très facultatif chez l'adolescente.
• Que peut apporter l'examen
clinique ?
- Il est normal dans la dysménorrhée
essentielle.
- Ailleurs le toucher vaginal
peut révéler une douleur provoquée :
. à la racine des utérosacrés
et à la mobilisation de l'utérus dans l'endométriose
externe,
. sourde à la palpation
d'un utérus modérèment augmenté de volume
dans l'adénomyose,
. bilatérale, mais exclusivement
prémenstruelle dans la DOPK
. exceptionnellement, douleurs
pelviennes basses unilatérales d'une tuméfaction bombant
dans le vagin et/ou juxta-utérine en cas de malformation utérovaginale.
• L'examen clinique est donc indispensable
chaque fois que l'interrogatoire oriente vers une dysménorrhée
organique. En revanche il n'est pas souhaitable chez une jeune
adolescente présumée vierge dont la douleur a tous
les caractères d'une dysménorrhée essentielle.
Les examens complémentaires
: des indications précises et limitées.
Trois examens sont potentiellement utiles
:
• L'échographie
pour documenter une dystrophie ovarienne, détecter un kyste
endométriosique ou une adénomyose, vérifier la
position d'un stérilet, ou découvrir parfois une tuméfaction
utérovaginale,
• l'hystérographie,
examen de référence pour confirmer un diagnostic d'adénomyose,
• la coelioscopie surtout
pour faire le diagnostic d'endométriose externe et le bilan
d'une malformation utérovaginale.
Ces examens sont inutiles chez
une adolescente ou une femme jeune dont la douleur a tous les caractères
d'une dysménorrhée essentielle.
Même lorsque la dysménorrhée
paraît organique les examens complémentaires ne doivent
pas être systématiques. Leur indication n'est légitime
que dans la mesure où leurs résultats peuvent influencer
valablement la décision thérapeutique.
Dysménorrhée
primaire
Une dysménorrhée primaire
est presque toujours essentielle.
Deux exceptions à cette règle.
• Une dysménorrhée
primaire apparue dès les premiers cycles et d'intensité
progressivement croissante doit faire redouter une malformation
utérovaginale, hémivagin borgne notamment.
• L'endométriose juvénile est une entité rare mais la méconnaître
pourrait être fâcheux pour la fertilité ultérieure.
Il faut y penser si la dysménorrhée est rebelle aux
différents essais thérapeutiques et si elle s'accompagne
de douleurs pelviennes non cycliques, bien différentes de la
dystrophie ovarienne macropolykystique.
Dysménorrhée
secondaire
D'assez nombreuses situations pathologiques
ont été rendues responsables de dysménorrhée
secondaire organique chez la femme adulte.
• L'endométriose externe et l'adénomyose sont les plus
fréquentes
• Les sténoses cervicales
après chirurgie du col
ont une responsabilité réelle à condition que
la sténose soit authentique et que la douleur soit apparue
dans les mois suivant l'intervention.
• Le stérilet est parfois en cause. C'est
notamment le cas lorsqu'il est déplacé. Ailleurs, certaines
études ont rapporté chez ces patientes une hypersecrétion
de prostaglandines endométriales en présence du stérilet.
Cette hypothèse n'exclut pas la recherche des autres causes
de dysménorrhée, et en particulier d'une adénomyose.
• Parmi les fibromes,
seuls les myomes intra-cavitaires ont parfois la dysménorrhée
secondaire comme mode d'expression, souvent associée à
des ménorragies.
• En revanche l'infection
génitale subaigue ou chronique et la rétroversion
utérine ont une place très discutable dans ce chapitre.
Leur responsabilité, évoquée dans le passé,
ne paraît plus retenue à l'heure actuelle.