Le clonage humain pour demain ?

Jacques MONTAGUT
19èmes Journées Pyrénéennes de Gynécologie – Tarbes 2005

Le clonage humain pour demain est une évidence, encore faut-il savoir de quel clonage s’agit-il et ce que sous-entend demain. Au départ le clonage recouvrait plusieurs possibilités de reproduction asexuée, il signifi e couramment aujourd’hui le transfert de noyau dans un ovocyte énuclée. Un an près la brebis Dolly née d’un clonage reproductif, la découverte de cellules ES dans le blastocyste humain, leur perspectives thérapeutiques de greffes cellulaires compatibles ont conduit au concept de clonage thérapeutique pour revenir depuis peu à une dimension plus modeste et réaliste : le clonage scientifique.

A défaut de se hasarder à ce que demain sera fait en matière de clonage, qu’en est-il brièvement aujourd’hui de ces deux fi nalités qui reposent sur la même technique de base, le transfert de
noyau dans l’ovocyte ?

Le clonage reproductif n’a jamais pu aboutir pour certaines espèces : le chien, les primates, ce qui hypothèque sérieusement la réussite à court terme d’un clonage reproductif humain malgré
les annonces sans preuve mais par trop médiatisées de Clonaid des raëliens, de Severino Antinori ou du plus sérieux Panayiotis Zavos.

Le clonage à visée scientifique et thérapeutique a pour objectif des embryons clonés pour l’obtention de cellules souches et non pour faire naître un enfant. D’importantes recherches tendent à s’imposer afi n de connaître leur véritable pouvoir régénérateur à côté des cellules souches adultes.
Fin 2002, la société américaine ACT (advanced cell technology) tente de développer trois approches innovantes pour produire des cellules souches embryonnaires humaines à visée thérapeutique : le transfert de noyau somatique dans l’ovocyte humain, dans certains ovules animaux (vache, lapine) et la parthénogenèse. D’autres équipes se lancent dans la même aventure sans plus de résultats validés(1). L’équipe de Lu à Chansha publie en 2003 dans une revue chinoise l’obtention de 5 blastocystes humains par transfert de noyaux somatique.

C’est en 2004 que l’équipe de Woo Suk Hwang(2) présente une nouvelle technique d’énucléation ovocytaire (242 ovocytes provenant de 16 donneuses bénévoles) permettant d’obtenir 30 embryons humains clonés. Il s’agit en fait d’un autoclonage (cellules du cumulus de la donneuse d’ovocytes) inadapté au clonage thérapeutique qui n’a permis l’obtention que d’une seule
lignée cellulaire.

Sans développer les problèmes éthiques liés à la nature de l’embryon humain et à sa constitution pour une fi nalité non reproductive, les arguments sont nombreux pour dire au plan strictement scientifi que que l’obtention aisée de cellules souches d’un embryon humain cloné, et a fortiori la naissance d’un bébé cloné n’est pas pour demain : consommation ovocytaire dispendieuse (détournée du don d’ovocytes pour les femmes stériles), rendement faible pour l’obtention de lignées cellulaires (entre
3 et 4%) et risque non maîtrisé de cancérisation de lignées de cellules souches indifférenciées. Parallèlement, la reprogrammation de cellules souches adultes présente une alternative à tous égards plus acceptable, notamment depuis la découverte de cellules progénitrices dans certains tissus (moelle osseuse, peau), dont le comportement est très proche de la cellule souche embryonnaire.

Au delà des convictions individuelles, culturelles et cultuelles, les décideurs politiques s’en mêlent. L’ONU est partagé entre ceux qui à l’instar des Etats Unis souhaitent interdire toutes formes de clonage humain et ceux qui comme le France et l’Allemagne, prônent une interdiction du clonage reproductif sans fermer définitivement la porte au clonage scientifi que et thérapeutique, dépendant de l’avancée des connaissances en matière de cellules souches embryonnaires et de tissus adultes.
C’est donc une véritable course contre la montre entre chercheurs et politiques, une tension éthique entre le droit de savoir et le principe de précaution qui fait que le clonage humain scientifique d’aujourd’hui dans certains pays n’est peut-être pas pour demain.

1. C.Dennis, « Chinese fusion methods promises fresh route to human stem cells », Nature,
2003, vol 427, 711
2. W.S. Hwang, J. Ryuy, J.H. Park et al., « Evidence of a pluripotent human embryonic
stem cell line derived from a clone blastocyst, Science, 2004, vol 303, 1669-1674


MOTS-CLES : MONTAGUT J - Clonage