Définitions
|
| Un certain degré
d'hyperstimulation biologique est recherché volontairement
au cours des AMP pour augmenter le taux de grossesses.
L'hyperstimulation clinique est la complication la plus grave des inductions
de l'ovulation sur le plan médical (potentiellement létale)
et médico-légal (totalement iatrogène). |
Mécanismes physiopathologiques
|
| Ils restent assez hypothétiques
dans la mesure où il n'existe pas de modèle animal réellement
satisfaisant. Ils font notamment intervenir :
- L'augmentation
du volume ovarien : développement
de nombreux follicules ovariens petits et moyens et taux d'estradiol
plasmatique généralement élevé.
- Un passage
massif de liquide et de protéines de l'espace vasculaire vers
les cavités péritonéale et pleurale, avec :
- création d'un
troisième secteur,
- oligurie, insuffisance rénale fonctionnelle,
- bilan hydrique positif aggravant l'extravasation plasmatique,
- hypovolémie efficace avec élévation secondaire
de l'aldostérone, de l'ADH et activation du système rénine-angiotensine
ovarien. |
Principales manifestations
cliniques
|
| Accidents
locaux
Forte augmentation du volume ovarien,
torsion, rupture ovarienne pouvant être cause d'hémopéritoine,
Accidents
généraux classés par GOLAN en 5 stades
- distension abdominale et inconfort,
- nausées, vomissements et/ou
diarrhée, ovaires de 5 à 12 cm,
- ascite à l'échographie,
- ascite et/ou hydrothorax évidents
cliniquement (difficultés respiratoires)
- anomalies de la coagulation et de
la fonction rénale.
Complications
et formes sévères
Choc hypovolémique, insuffisance
rénale aiguë, détresse respiratoire, perturbations
des fonctions hépatiques, hémoconcentration, accidents
thrombo-emboliques veineux ou artériels (voir fiche "Stimulation
ovarienne et accidents thrombo-emboliques"), et même
décès.
Des
séquelles sont possibles
• Ovariectomie uni- ou bilatérale.
• Hémiplégie, amputation
de membres
|
Facteurs favorisants
|
| Maladie
des ovaires polykystiques (OPK)
Facteur de risque majeur : recrutement
d'un nombre anormalement élevé de follicules et absence
de sélection d'un follicule dominant.
Réserve
ovarienne plus riche en follicules sensibles aux gonadotrophines
que dans le groupe contrôle sans
hyperstimulation (ENSKOG 1999) : âge plus jeune de 2 ans, quantité
de gonadotrophines administrées plus faible, nombres plus élevés
de follicules, d'ovocytes, de grossesses, moins de tentatives antérieures
de FIV.
Stimulation
ovarienne
Les hyperstimulations sévères
sont surtout fréquentes sous gonadotrophines exogènes,
mais ont pu être observées avec tous les types d'inducteurs.
Les agonistes de la LHRH ont augmenté le risque par développement
d'un nombre plus élevé de follicules et suppression de
l'effet protecteur du pic spontané de LH.
L'hCG
exogène
administré pour le déclenchement
de l'ovulation et le soutien de la phase lutéale est à
l'origine d'hyperstimulations précoces du fait de sa demi-vie
et de sa bio-activité très supérieures à
celle de la LH endogène.
L'hCG
endogène
en cas de grossesse évolutive,
a fortiori multiple ou môlaire, restimule les corps jaunes et
est à l'origine d'hyperstimulations tardives. |
Prévention
|
| Elle
doit constituer la préoccupation majeure à toutes les étapes
de la stimulation ovarienne.
Dépistage
avant toute stimulation d'un terrain à risque
• des éléments caractéristiques
de l'OPK
• des facteurs de risque thrombo-embolique.
Prévention
médico-légale
• Information complète
sur les risques par voie orale et par le dossier-guide,
• Consentement éclairé
signé.
Traitement
adapté à l'âge de la femme et à sa fonction
ovarienne
Faibles doses de rec-FSH en cas d'OPK,
utilisation préférentielle d'un antagoniste du GnRH en
FIV (LUDWIG 2000).
Surveillance
sous traitement
En cas de follicules nombreux, de résistances
intra-ovariennes basses au Doppler et/ou d'estradiol plasmatique élevé,
plusieurs mesures préventives sont possibles en fonction du niveau
estimé de risque :
Réduction
des doses de REC-FSH administrées
Step-down
Précautions
pour le déclenchement de l'ovulation
• Abstention de tout déclenchement,
avec rapports protégés si la perméabilité
tubaire est conservée, éventuellement poursuite de l'agoniste
et restimulation à faibles doses.
• Méthode du coasting :
arrêt de la stimulation avec poursuite de l'analogue du GnRH en
FIV pendant 1 à 6 jours en attendant la chute de E2 en dessous
d'un certain seuil (2.000 à 3.000 pg/ml selon les auteurs) pour
déclencher par hCG. La ponction n'est maintenue que si l'estradiol
ne baisse pas à nouveau de plus de 20% après déclenchement.
Le taux de grossesse paraît conservé de façon étonnante
dans toutes les séries. L'effet passe par une atrésie
partielle des follicules petits et intermédiaires, mais reste
imparfait.
• Utilisation à la place
de l'effet supra-physiologique trop prolongé d'hCG :
- en stimulation simple ou sous
antagoniste du GnRH, d'une injection unique d'un analogue de la LHRH,
qui entraîne un pic de LH endogène plus physiologique,
- en FIV sous agoniste du GnRH,
d'une injection de LH recombinante : une dose unique comprise entre
15.000 UI et 30.000 UI donne le meilleur ratio efficacité / sécurité
et réduit le risque d'hyperstimulation.
Précautions
pour le replacement des embryons
• Congélation de tous les
embryons, avec poursuite de l'agoniste jusqu'à l'atrésie
des follicules et leur replacement différé : elle réduit
bien le risque d'hyperstimulation sans altérer le taux de grossesse
(FERRARETTI 1999).
• Transfert tardif à J3
ou J5 J6, après culture longue, réduction de l'hypercontractilité
utérine et en l'absence de signes cliniques d'hyperstimulation
• Non-renouvellement des injections
d'hCG en phase lutéale : soutien par progestérone à
dose accrue.
Autres
méthodes préventives proposées
• L'administration d'albumine
humaine pose le problème de son efficacité inconstante
et surtout celui de son innocuité.
• L'aspiration folliculaire partielle
n'est pas sans risque sur de gros ovaires hypervascularisés.
• L'administration de fortes doses
d'antagoniste de la LHRH s'est avérée efficace dans un
cas à risque d'hyperstimulation en FIV sous rec-FSH et faibles
doses d'antagoniste (DE JONG 1998). Elle est potentiellement utilisable
également hors FIV, dans le but de prévenir la survenue
du pic de LH spontané.
|
Traitement curatif
|
Dans tous les cas, la survenue d'une hyperstimulation clinique impose l'arrêt
des gonadotrophines exogènes.
Dans les formes légères
et moyennes, cette mesure associée
au repos, avec éventuellement glace sur le ventre, permet généralement
une régression spontanée (vers la 7ème 10ème
semaine en cas de grossesse évolutive, lorsque les effets de
l'hCG endogènes diminuent).
Dans les formes sévères,
l'hospitalisation est nécessaire. Les buts poursuivis sont le
maintien de la volémie et de la fonction circulatoire, l'élimination
rénale d'eau et de sodium de façon à mobiliser
le 3ème secteur principalement intra-abdominal. L'efficacité
et l'innocuité des diverses thérapeutiques doivent cependant
être soigneusement évaluées :
• Le remplissage
vasculaire par différents types de solutés associés
à de petites doses de Dopamine après restauration de
la volémie pour augmenter le flux sanguin rénal est
indiqué
- en urgence en cas de collapsus cardio-vasculaire,
- et en cas d'oligurie pour prévenir l'insuffisance
rénale, l'hémoconcentration et les accidents thrombo-emboliques.
Dans les autres cas, on peut préconiser
une restriction hydrosodée modérée avec simple
compensation des pertes hydro-électrolytiques, associée
ou non à de petites doses de diurétiques en particulier
de type anti-aldostérone.
• Les épanchements
pleuraux et péritonéaux ne
sont généralement ponctionnés que s'ils sont
compressifs et mal supportés.
Certains recommandent cependant une évacuation précoce
de l'ascite par voie vaginale ou abdominale sous contrôle échographique
+/- autotransfusion du liquide d'ascite pour limiter la perte protéique.
Elle apporterait une amélioration plus rapide de l'état
clinique et biologique (fonction rénale, hémoconcentration).
Le risque est la récidive rapide des épanchements.
Le
• La ponction
des kystes ovariens par voie coelioscopique ou vaginale sous contrôle
échographique peut entraîner des complications hémorragiques
du fait de leur fragilité, mais raccourcirait l'évolution
clinique.
Le
• La chirurgie ne s'impose qu'en
cas de torsion, de rupture de kyste, d'hémopéritoine
ou de grossesse extra-utérine, mais doit être au maximum
conservatrice chez ces femmes jeunes désireuses de grossesse.
Le
• Les anticoagulants comportent un risque
d'hémorragie intra-péritonéale. Ils ne sont pas
indiqués à titre systématique pour toutes les
stimulations, mais :
- à doses isocoagulantes en cas de :
. terrain à risque connu au préalable, si le risque
a été jugé acceptable,
. hyperstimulation clinique patente, pour une durée de 6 semaines
en principe (date des accidents les plus tardifs rapportés).
- à doses hypocoagulantes en cas de :
. complication thrombo-embolique patente,
. signes biologiques de thrombose imminente : hyperleucocytose (hémoconcentration)
ou élévation des D-dimères (activation de la
coagulation). Ces derniers pourraient avoir une bonne valeur prédictive
négative, mais leur seuil au cours des hyperstimulations ovariennes,
avec ou sans grossesse, reste à définir.
Le
• Traitements
à visées étiologiques
: ayant une efficacité
et une tératogénicité incomplètement évaluées,
ils sont à réserver aux formes sévères
:
- Corticoïdes : classiques mais d'efficacité non démontrée
et avec des effets indésirables sur la rétention hydrosodée
et la coagulation,
- Indométacine,
- Antihistaminiques,
- Inhibiteurs de l'enzyme de conversion ou du VEGF, difficiles
à utiliser en cas de grossesse débutante du fait du
rôle ubiquitaires de ces facteurs, notamment sur l'angiogenèse,
- L'interruption thérapeutique
de grossesse n'est envisagée
qu'à titre exceptionnel dans les formes mettant en jeu le pronostic
maternel.
|
Principaux critères
de surveillance
|
| Cliniques
• Tension artérielle, pression
veineuse centrale dans les formes graves,
• Diurèse,
• Courbe de poids ++
• Périmètre abdominal,
• Echographie : volume des ovaires,
importance de l'ascite,
• Radiographie thoracique.
Biologiques
• NFS : signe de gravité
si hématocrite > 55%, leucocytose > 25.000/ml
• Ionogramme sanguin et urinaire,
• Créatinine,
• Hémostase,
• Bilan hépatique.
|
Surveillance de l'évolution
des grossesses après hyperstimulation sévère
|
| Une étude suggère qu'elles
sont à risque à toutes les étapes (ABRAMOV 1998)
:
• 29,8% de FCS (25% précoces
et 4,8% tardives) contre 18 à 22% pour l'ensemble des FIV,
• 13,2% d'HTA gravidique contre
4,9%,
• 5,9% de diabète gestationnel
contre 0,8%,
• 4,4% d'HRP contre 0,4%,
• 17,7% de ruptures prématurées
des membranes contre 6%,
• 44,2% d'accouchements avant
37 semaines de grossesse contre 24 à 29%,
• 62,1% de poids de naissance
< 2.500 g contre 24 à 36%,
• et 44,1% de césariennes.
Plusieurs mécanismes sont évoqués
à l'origine de ces accidents plus fréquents :
• Les perturbations liées
à l'hyperstimulation (taux élevés d'E2, de cytokines,
de rénine-angiotensine et de prostaglandines, hypovolémie,
hémoconcentration, hypoxémie, insuffisance rénale
ou hépatique, troubles hydro-électrolytiques) pourraient
expliquer l'augmentation du taux de FCS.
• Le terrain à risque thrombo-embolique
élevé favoriserait l'HTA gravidique et les HRP.
• Surtout, il est bien connu que
les grossesses multiples augmentent la fréquence des accouchements
prématurés, des petits poids de naissance et du taux de
césariennes.
Sur le plan préventif, les auteurs
suggèrent une surveillance rigoureuse des femmes enceintes après
hyperstimulation avec correction des perturbations biologiques qui en
résultent, une pratique plus large des réductions embryonnaires,
voire éventuellement l'administration précoce et large d'aspirine
pour limiter les complications d'HTA gravidique.
Professeur
Jean-Marie ANTOINE
Hôpital Tenon
Seervice de Gynécologie-Obstétrique et Médecine de
la Reproduction
4 rue de la Chine
75020 PARIS |
Bibliographie
|
- ABRAMOV Y., ELCHALAL U., SCHENKER
J.G. Foetal morbidity in severe and critical ovarian
hyperstimulation syndrome: A multicentre study. Hum. Reprod. 1998, 13,
3128-3131
- CHEN C.D., CHEN H.F., LU H.F., CHEN
S.U., HO H.N., YANG Y.S. Value of serum and follicular fluid cytokine profile in
the prediction of moderate to severe ovarian hyperstimulation syndrome.
Hum. Reprod. 2000, 15, 1037-1042
- DE JONG D., MACKLON N.S., MANNAERTS
B.M.J., COELINGH BENNICK H.J.T., FAUSER B.C.J. High dose gonadotrophin-releasing hormone antagonist
(ganirelix) may prevent ovarian hyperstimulation syndrome caused by
ovarian stimulation for in-vitro fertilization. Hum. Reprod. 1998, 13,
573-575
- ENSKOG A., HENRIKSSON M., UNANDER
M., NILSSON L., BRANNSTROM M. Prospective study of the clinical and laboratory parameters
of patients in whom ovarian hyperstimulation syndrome developed during
controlled ovarian hyperstimulation for in vitro fertilization. Fertil.
Steril. 1999, 71, 808-814
- EVBUMWAN I.O., DAVISON J.M., MURDOCH
A.P. Coexistent hemoconcentration
and hypoosmolality during superovulation and in severe ovarian hyperstimulation
syndrome: A volume homeostasis paradox. Fertil. Steril. 2000, 74, 67-72
- FERRARETTI AP, GIANAROLI L, MAGLI
C, FORTINI D, SELMAN HA, FELICIANI E. Elective cryopreservation of all pronucleate
embryos in women at risk of ovarian hyperstimulation syndrome: efficiency
and safety. Hum. Reprod. 1999, 14, 1457-1460
- ITSKOVITZ-ELDOR J., KOL S., MANNAERTS
B. Use of a single bolus of
GnRH agonist triptorelin to trigger ovulation after GnRH antagonist
ganirelix treatment in women undergoing ovarian stimulation for assisted
reproduction with special reference to the prevention of ovarian hyperstimulation
syndrome : a preliminary report. Hum. Reprod. 2000, 15, 1965-1968
- LUDWIG M., FELBERBAUM R.E., DEVROEY
P. Significant reduction of
the incidence of ovarian hyperstimulation syndrome (OHSS) by using the
LHRH antagonist Cetrorelix in controlled ovarian hyperstimulation for
assisted reproduction. Arch. Gynecol. Obstet. 2000, 264, 29-32
- MATHUR R.S., AKANDE A.V., KEAY S.D.,
HUNT L.P., JENKINS J.M. Distinction between early and late ovarian hyperstimulation
syndrome. Fertil. Steril. 2000, 73, 901-907
- WHELAN J.G., VLAHOS N.F. The
ovarian hyperstimulation syndrome. Fertil. Steril. 2000, 73, 883-896
|