| Avant
une stimulation ovarienne, chez quelles patientes doit-on réaliser
un bilan d'hémostase ?
Aucun test biologique global du risque
de thrombose n'est actuellement disponible. Il est donc essentiel de
dépister les patientes à risque de thrombose, par l'interrogatoire
et un bilan biologique adapté, afin de leur proposer si nécessaire
un traitement anticoagulant préventif.
• L'interrogatoire est l'élément
fondamental pour le dépistage des femmes à risque, par
la recherche systématique d'antécédents de thrombose
personnels ou familiaux (surtout chez les apparentés du 1er degré).
• L'examen clinique recherche de plus l'existence de varices,
une obésité.
Quel
bilan d'hémostase ?
En
cas d'antécédent personnel ou familial de thrombose veineuse
et/ou artérielle, recherche d'anomalies constitutionnelles ou
acquises
• Dosage de l'activité
des inhibiteurs de la coagulation : antithrombine, protéine C
et protéine S. En cas de baisse d'activité d'un ou plusieurs
de ces inhibiteurs confirmée sur un 2ème prélèvement,
étude antigénique permettant de typer ce déficit
(quantitatif ou qualitatif).
• Etude de la résistance
à la protéine C activée : en cas d'anomalie, recherche
de la mutation du facteur V Leiden par étude génétique
en biologie moléculaire.
• Recherche de la mutation G20210A
de la prothrombine.
• Dosage de l'homocystéinémie
et éventuellement recherche du mutant thermolabile de la MTHFR,
dosage de la vitamine B12 et de l'acide folique.
En
cas d'antécédent personnel de thrombose et/ou de FCS à
répétition inexpliquées, recherche d'un syndrome
des antiphospholipides et d'une collagénose
• recherche d'anticoagulant circulant
de type antiphospholipidique
• recherche d'anticorps antiphospholipides
et anticardiolipide
En cas de positivité, les examens pathologiques devront être
contrôlés 6 à 8 semaines après la 1ère
détermination : en cas de confirmation, le bilan immunologique
sera complété.
En l'absence de
ces facteurs de risques
• Avant stimulation ovarienne
simple ou une insémination artificielle : aucun bilan particulier
n'est nécessaire.
• Avant FIV, il se limite au bilan
préopératoire habituel avec TQ, TCA et numération
des plaquettes, qui évalue exclusivement le risque hémorragique.
Le dépistage systématique de la mutation Leiden avant
toute stimulation ovarienne n'est actuellement pas considéré
comme justifié en fonction de son rapport coût / bénéfice.
Schéma
de prévention pratique du risque thrombo-embolique
En cas d'anomalie
constitutionnelle de l'hémostase mise en évidence avant
le début du traitement
• Contre-indication absolue de
toute stimulation ovarienne en cas de déficit en anti-thrombine
III et protéine C,
• Décision plus délicate
en cas de déficit en protéine S ou de mutation Leiden
du facteur V, reposant sur leur caractère homozygote ou hétérozygote,
l'information complète de la patiente et la nécessaire
prudence liée au caractère non vital de la pathologie
concernée.
En cas de lupus
• Contre-indication formelle en
cas de lupus cliniquement actif non contrôlé ou d'antécédent
de thrombose récente,
• Stimulation possible dans les
formes quiescentes depuis plus de deux ans avec corticothérapie
inférieure à 20 mg/jour.
En leur absence
:
• Il n'existe aucun argument
pour une anticoagulation systématique de toute femme soumise
à une stimulation ovarienne, notamment du fait des risques :
- d'hémorragie intra-péritonéale en cas de ponction
ovarienne,
- de thrombopénie
à l'héparine.
• Une héparine de bas
poids moléculaire à doses préventives suffisantes
(puisque certaines patientes
ont développé des accidents thrombotiques lors de syndromes
d'hyperstimulation malgré un traitement préventif à
faibles doses - HORSTKAMP 1996, HIGNETT 1995), est indiquée avec
surveillance de la numération plaquettaire :
- en cas d'antécédents
thrombo-emboliques personnels : du début de la stimulation (avec
arrêt pendant 12 heure avant la ponction en FIV) jusqu'à
la 6ème semaine post-partum.
- chez les femmes sans antécédent
personnel de thrombose ni hyperstimulation ovarienne, mais avec facteur
de risque thrombotique authentifié au préalable et jugé
acceptable : de la ponction d'ovocytes jusqu'au dosage d'hCG. En cas
de grossesse, la plupart des auteurs préconisent de poursuivre
le traitement au moins pendant le 1er trimestre.
- en cas d'hyperstimulation clinique
patente, à poursuivre théoriquement pendant 20 semaines,
terme des accidents les plus tardifs rapportés dans la littérature.
• Anticoagulation efficace
:
- en cas de complication thrombo-embolique patente,
- voire de signes biologiques
annonçant une complication thrombo-embolique imminente, comme
l'hyperleucocytose (signe d'hémoconcentration) et l'élévation
des D-dimères (signe d'activation de la coagulation), mais leur
valeur prédictive n'a pas encore été validée
par une enquête prospective dans ces situations à risque.
Professeur
Jean-Marie ANTOINE
Hôpital Tenon
Service de Gynécologie-Obstétrique et Médecine de
la Reproduction
4 rue de la Chine
75020 PARIS |