Introduction
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Parmi les
nombreuses incertitudes et controverses concernant l’endométriose,
celle de son association à l’infertilité est l’une
des plus aigues, malgré la fréquence de cette situation
en pratique courante.
Au moment où la médecine basée sur les preuves
est le « gold standard » de l’évaluation, il
apparaît difficile de valider une stratégie pour les diverses
situations rencontrées, en raison de la rareté des données
ayant le niveau de preuve le plus élevé.
L’épidémiologie, la physiopathologie et quelques
études cliniques adéquates permettent cependant de donner
quelques lignes de conduite pratique.
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Que
nous indique l'épidémiologie ?
|
| L’endométriose
est fréquente chez la femme infertile
Dans une
étude multicentrique sur l’infertilité, l’endométriose
est diagnostiquée chez 17 % des femmes présentant une
infertilité primaire (2). Dans d’autres études,
les taux sont très variables allant de 9 à 50 % (3, 4).
De nombreux paramètres sont susceptibles d’ expliquer ces
gandes variations :
• relativité du diagnostic visuel (5)
• types de lésions reconnues
• type de l’infertilité
Dans notre
expérience portant sur plusieurs milliers de coelioscopies, nous
avons observé une incidence de l’endométriose de
40 % en cas de stérilité dite inexpliquée en comparaison
avec une incidence de 0,4 % en cas d’infertilité tubaire
et respectivement 15 % et 12 % pour les patientes avec un échec
de stimulation de l’ovulation ou d’IAD.
Si un taux moyen très probable de 25 % est admis, l’endométriose
apparaît alors 10 fois plus fréquente chez la femme infertile,
en comparaison avec la population générale pour laquelle
l’incidence estimée de l’endométriose varie
de 1,3 à 1,6 %.
L’endométriose
augmente le risque d’infertilité
Il a été
proclamé que le risque d’infertilité est multiplié
par un facteur 10 chez les femmes présentant une endométriose.
L’enjeu est encore plus important quand il s’agit de lésions
minimes ou légères. Une étude observationnelle
a montré, dans un programme d’inséminations, que
la fécondité des femmes présentant ces lésions
était diminuée.
La causalité n’est cependant pas démontrée
Si
l’on peut admettre que l’endométriose est fréquemment
associée à l’infertilité, les études
disponibles, le plus souvent rétrospectives et de valeur limitée
pour des raisons m éthodologiques, ne permettent pas, tout au
moins pour les lésions les moins sévères, d’établir
une relation causale.
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Mécanismes
d'altération de la fécondité |
De nombreux
mécanismes ont été proposés pour expliquer
l’alération de la fécondité.
Les
lésions les plus sévères
Selon le
score arbitraire de la classification établie par l’AFS,
les lésions les plus sévères (stades III et IV)
sont surtout liées à la présence d’adhérences
sévères et d’endométriomes ovariens. Ces
lésions entraînent une infertilité par « atteinte
mécanique » de la fonction des annexes.
Comme pour l’infertilité secondaire à une infection
annexielle, les adhérences peuvent altérer la libération
de l’ovocyte et sa captation par le pavillon tubaire, et ce d’autant
plus qu’elles sont importantes.
Pour les endométriomes ovariens, isolés sans adhérences,
selon leurs tailles et leurs bilatéralités ou non, la
relation causale est moins certaine. Une étude observationnelle
montre que l’endométriome unilatéral n’affecte
pas significativement la fécondité.
Les lésions les moins sévères
Au cours
des ces 20 dernières années, de nombreuses études,
pratiquées sur des modèles animaux expérimentaux
ou en clinique humaine, ont identifié de nombreuses anomalies
fonctionnelles occultes susceptibles d’affecter la fertilité.
Les principales anomalies décrites sont énumérées
sur le tableau 1.
Tableau
1 : Anomalies fonctionnelles occultes rapportées en cas d’endométriose
Etape
affectée |
Principales
anomalies rapportées |
| 1.
FOLLICULOGENESE |
-Croissance
folliculaire anormale
-Taille plus petite des follicules
-Diminution de l’estradiolémie pré ovulatoire
-Diminution de la concentration des récepteurs de la LH (granulosa)
-Diminution de l’activité collagénique dans le
liquide folliculaire (LF)
-Augmentation des concentration en androgènes et P dans le
LF
-Pic prématuré de LH
-Absence d’expulsion de l’ovocyte (LUF syndrome) |
| 2.
CORPS JAUNE |
-Dysfonctionnement
de la phase lutéale (lutéolyse inadéquate) |
| 3.
OVOCYTE |
-Fécondabilité
diminuée |
| 4.
OVUM PICKUP |
-Présence
d’un facteur inhibiteur |
| 5.
SPERMATOZOÏDE |
-Transport
altéré
-Survie réduitel
-Phagocytose par les macrophages accrue |
| 6.
EMBRYON |
-Moins
bonne qualité
-Effets néfastes des cytokines (IL-1, IL-6, TNF, protéases…)
-Milieu tubaire hostile
-Transport perturbé |
| 7.
IMPLANTATION |
-Altérations
fonctionnelles de l’endomètre :
• expression diminuée de l’intégrine béta
3
• anomalies immunologiques (anticorps endométriaux élevés)
|
 |
 |
Fig.1
: Lésion péritonéale minime n'expliquant
pas l'infertilité |
Fig.2
: Lésions sévères avec comblement complet
du Douglas |
Diverses
anomalies n’ont pas été retrouvées par d’autres
études et sont controversées. Certaines d’entre
elles ne sont pas spécifiques à l’endométriose,
et peuvent simplement résulter de tout processus inflammatoire
péritonéal, et ont aussi été retrouvées
en cas d’infertilité dite inexpliquée.
De plus certaines anomalies n’ont été décrites
que sur des modèles animaux expérimentaux. Peu d’études
cliniques ont démontré une corrélation entre l’anomalie
et l’infertilité associée, ou que la correction
de l’anomalie décrite était asssociée à
une amélioration de la fécondité.
Malgré
ces limitations, il est admis que les implants périonéaux
actifs peuvent altérer le milieu péritonéal (liquide
péritonéal=LP) avec :
• une augmentation de son volume
• une plus grande concentration en macrophages
• une augmentation de diverses cytokines (IL-1, IL-6, TNF….)
et des prostaglandines.
Ces anomalies sont susceptibles d’avoir un impact délétère
sur la folliculogénèse, l’ovulation, la croissance
de l’embryon et son implantation. Il a été proposé
que la qualité de l’ovocyte et de l’embryon puisse
être altérée en cas d’endométriose.
Si la causalité
entre l’endométriose et l’hypofertilité est
bien établie pour les lésions les plus sévères,
altérant les annexes, elle est moins certaine pour les lésions
les plus légères, pour lesquelles diverses anomalies fonctionnelles
associées peuvent néanmoins avoir un impact notable sur
la fécondité. L’absence actuelle de marqueur validé
ne permet pas d’identifier, au sein des patientes présentant
des lésions stades I & II, celles pour lesquelles l’endométriose
a réellement un impact négatif sur la fécondité.
|
Les
outils thérapeutiques et leurs résultats |
De nombreux
outils thérapeutiques sont disponibles pour essayer d’améliorer
la fécondité des femmes présentant une endométriose,
ils sont rappelés sur le tableau 2.
Tableau
2. Options thérapeutiques
1-Abstention
2-Hyperstimulation ovarienne contrôlée
3-Hyperstimulation ovarienne contrôlée avec IAC
4-Suppression hormonale
5-Traitement chirurgical (de préférence par coelioscopie)
6-Aide Médicale à la procréation (FIVETTE).
Abstention
Cette option
est recommandée en première intention chez les femmes
jeunes ayant une durée d’infertilité réduite
et n’ayant pas été traitée lors de la coelioscopie
diagnostique initiale. Une étude rétrospective n’a
pas démontré des taux de conceptions significativement
améliorés par la FIVETTE, en comparaison avec un groupe
non traité sur une période de 3 années….
Hyperstimulation
ovarienne contrôlée
Diverses
études contrôlées suggèrent que la stimulation
ovarienne est susceptible d’améliorer la fécondité
chez les femmes présentant des lésions peu importantes.
Au contraire, d’autres études ne retrouvent pas de bénéfices.
Il n’a pas, par ailleurs été prouvé, qu’un
pré traitement hormonal suppresseur améliore les résultats
d’une stimulation ovarienne empirique.
Hyperstimulation ovarienne contrôlée avec IAC
Les données
concernant cette association thérapeutique sont davantage documentées.
Dans une étude non contrôlée, le taux de conception
par cycle passe de 6,6 % par cycle traité par une hyperstimulation
ovarienne à 12,9 % si une IAC est associée.
Les résultats de deux études contrôlées,
démontrent que la fertilité des femmes, ayant une endométriose,
peut être améliorée par ce double traitement. Ainsi,
dans une étude contrôlée portant sur 40 femmes avec
des stades I & II, le taux de conception par cycle est de 15 % pour
celles traitées par hMG + IAC versus 4,5 % pour celles ne recevant
aucun traitement. L’un des inconvénients de ce type de
traitement, est le taux relativement élevé de grossesses
multiples, pouvant aller jusqu’à 29 %, selon les données
d’une autre étude publiée.
La "suppression" hormonale
Toutes
les études randomisées ont été récemment
évaluées dans une méta analyse.
Aucune des divers études publiées, quel que soit la molécule
utilisée, n’a démontré un bénéfice
pour le traitement de l’infertilité associée à
une endométriose peu sévère en comparaison avec
l’abstention thérapeutique.
La recommandation du Royal College of Obstetricians and Gynaecologists
est du même ordre : "le traitement médical de l’endométriose
minime et légère n’améliore pas la fertilité
des femmes hypofertiles". Pour les modérées et sévères,
les données contrôlées sont aussi assez rares et
aucune recommandation n’a actuellement été proposée.
Traitement chirurgical
Le traitement
chirurgical, de préférence par coelioscopie, est largement
accepté pour les lésions les plus sévères,
quand le pelvis est remanié, quelle que soit la cause, endométriose
comprise, ou quand un endométriome ovarien (ou plusieurs) est
présent. Pourtant aucune randomisée n’a été
réalisée pour valider cette assertion….Il est cependant
bien admis aussi, que le traitement médical n’a aucun impact
sur des adhérences, une occlusion distale ou un endométriome
ovarien de plus de 3 cm de diamètre : force est de recourir à
la chirurgie. Il semble que la coelioscopie ait des résultats
comparables à la laparotomie, mais on dispose de peu d ‘études
comparatives. De même, il n’existe aucune étude comparant
la chirurgie à la FIVETTE.
Les traitements médicaux en association avec la chirugie, n’ont
pas démontré de bénéfices, selon les rares
études contrôlées publiées à ce jour.
La situation
pour les lésions légères est l’objet
de davantages de controverses. Jusqu’à la publication d’une
étude randomisée en 1998, il n’y avait pas de réelles
données validées pour justifier le traitement coelioscopique
de ces lésions. Un autre essai randomisé s’est depuis
aussi adressé à l’évaluation du traitement
coelioscopique. La première étude, portant sur 341 femmes
infertiles présentant une endométriose stade I ou II,
a montré que le taux de grossesses de 20 semaines était
supérieur dans le groupe traité lors de la coelioscopie
(30,7 %) en comparaison avec le groupe non traité (17,7 %). Cette
étude est la première, aussi bien conduite, prouvant l’effet
bénéfique de la destruction des lésions légères
au cours de la coelioscopie, et pouvant enfin justifier la pratique
de ces gestes. Il faut cependant y apporter deux commentaires :
• il faut quand même opérer près de 8 patientes
pour obtenir une grossesse chez l’une d’elles
• le taux de conceptions dans le groupe contrôle est étonnement
bas, par rapport à ceux habituellement rapportés.
La deuxième
étude, portant sur un effectif beaucoup plus faible (101 cas
inclus), ne retrouve par contre aucune différence pour les taux
de grossesses observés à 1 an dans le groupe traité
et le groupe contrôle. Elle souffre cependant de divers biais
méthodologiques (co interventions…), qui lui font perdre
du poids. Néanmoins la méta analyse de ces deux études
montre encore un bénéfice du traitement coelioscopique.
Fécondation in vitro (FIVETTE)
La FIVETTE
est fréquemment utilisée après échec de
la chirurgie quel que soit le stade, ou de 3 ou 4 cycles de stimulation
ovarienne + IAC en cas de lésions légères.
L’efficacité de cette thérapie a été
principalement évaluée par des études observationnelles.
Une seule étude, avec un effectif très réduit (20
femmes infertiles présentant une endométriose) a comparé
la réalisation d’une FIVETTE à l’observation
sans traitement. Aucune femme du groupe sans traitement n’a présenté
de grossesse, alors 5 des 15 patientes ayant subi une FIV ont présenté
une grossesse (différence non statistiquement significative compte
tenu du faible effectif). Une étude rétrospective, réalisée
chez des patientes n’ayant pas conçu après chirurgie
a comparé la réintervention (18 cas) à la réalisation
de la FIVETTE (23 cas) (37). Neuf mois après la chirurgie, le
taux cumulé de conceptions est de 24,4 %, pour les femmes ayant
eu recours à la FIVETTE, les taux de conceptions sont respectivement
de 33,3 % et 69,9 % après une et deux tentatives.
De nombreuses études et les données de divers registres,
montrent que les résultats obtenus en cas d’endométriose
sont comparables à ceux observés en cas de stérilité
tubaire ou inexpliquée. Même si la technique de l’ICSI
est employée, la présence ou la sévérité
de l’endométriose n’affecte pas les taux de grossesse
et d’implantation.
En cas de lésions sévères, il semble qu’un
traitement préalable d’au moins 3 mois améliore
les résultats.
|
Recommandations
actuelles |
Cette brève
revue révèle que de nombreux aspects concernant l’association
endométriose et infertilité restent méconnus ou
peu validés. Cette constatation implique que, dans de nombreuses
situations rencontrées en pratique courante, la décison
clinique sera plus souvent empirique et individualisée que basée
sur des preuves de bon niveau. Il est possible cependant de donner quelques
lignes directives pratiques en fonction des lésions.
Lésions légères
Les lésions
stades I & II doivent être détruites lors de la coelioscopie
initiale diagnostique. Si cela n’a pas été fait,
ou en cas d’échec après 6 mois, ou plus selon l’âge,
plusieurs cycles de stimulation ovarienne controlée + IAC seront
réalisés, avant de recourir finalement à la FIVETTE.
En cas d’infertilité de courte durée, chez une femme
jeune, une période limitée d’observation sans traitement
peut être proposée….. si elle est acceptée
par le couple !
Les lésions sévères
Les lésions
stades III et IV imposent un traitement chirurgical, de préférence
par coelioscopie.
Si le traitement médical pré opératoire est susceptible
de faciliter sa réalisation, il ne faut pas en attendre de bénéfices
en termes de conceptions. Pour les endométriomes ovariens, il
faut être très scrupuleux pour préserver le parenchyme
ovarien sain. Des précautions particulières, faisant appel
à des thérapeutiques adjuvantes, doivent être mises
en jeu pour réduire la formation des adhérences post opératoires.
En cas d’échec, le recours à la FIVETTE sera proposé
plus ou moins rapidement selon la sévérité des
lésions et la qualité de la prestation opératoire.
Un prétraitement de 3 mois par un analogue de la Gn-Rh est probablement
utile, mais non encore prouvé.
|
Conclusion
|
Si l’association
endométriose-infertilité est fréquente, sa gestion
reste un défi clinique, en raison de la grande hétérogénéité
des lésions et les nombreuses incertitudes actuelles. A l’heure
ou la médecine basée sur les preuve devient la référence
de nos décisions, celles ci seront néanmoins parfois purement
empiriques. Si de nombreux progrès ont été réalisés
au cours de cette dernière décennie, beaucoup de questions
restent sans réponse claire. La physiopathologie est cependant
mieux comprise et diverses recommandations raisonnables peuvent être
appliquées en pratique courante, au moins pour certains situations
exemplaires. De nombreuses recherches sont encore nécessaires……
Docteur
Alain AUDEBERT
IGF-1
35 rue Turenne
33000 Bordeaux |
Bibliographie
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+ IAC.
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