Définition
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| Les
ménométrorragies peuvent survenir chez toute femme durant
la période d’activité génitale, avec un pic
de fréquence indiscutable après la quarantaine. Il s’agit
d’un symptôme très courant, lié à de
nombreuses affections gynécologiques. La première étape
devant des ménométrorragies est d'en préciser la
définition, la seconde est de rechercher les lésions organiques
qui peuvent être responsables de ménométrorragies.
Les ménométrorragies
sont des saignements d’origine endo-utérine (ce qui exclut
les saignements dus à une pathologie du vagin ou du col utérin),
qui surviennent entre les règles (métrorragies) et au moment
des règles (ménorragies), avec une augmentation de l’abondance
et/ou de la durée des règles (avec une perte sanguine supérieure
à 80 ml par cycle menstruel).
Il est toujours
difficile d’évaluer l’importance du flux menstruel,
car les données de l’interrogatoire dépendent fortement
du vécu de chaque patiente. Il existe 2 moyens simples pour essayer
de préciser la réalité des troubles allégués
:
•
le score d’Higham, qui est déterminé par la patiente
elle-même, en attribuant une « note » à l’imprégnation
sanguine des tampons ou des serviettes utilisées chaque jour
des règles ;
•
une NFS, avec dosage du fer sérique et la ferritine : une anémie
hypochrome hyposidérémique, en l’absence de toute
autre hémorragie interne (rectorragies, hématurie), est
la traduction de ménométrorragies avec retentissement
systémique.
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Diagnostic
étiologique
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Une
fois la symptomatologie affirmée, un bilan étiologique minimal
est indispensable. Il doit porter sur 3 axes :
•
rechercher une pathologie organique utérine,
endométriale (polype muqueux en premier lieu, hyperplasie simple,
hyperplasie atypique, et cancer de l’endomètre, rare avant
la ménopause) ou myométriale (fibrome utérin essentiellement,
adénomyose). La pathologie annexielle (salpingites, kystes de
l’ovaire) est rarement diagnostiquée à l’occasion
de troubles hémorragiques chroniques. Deux examens se dégagent
pour rechercher une pathologie du corps utérin : l’échographie
pelvienne endo-vaginale et l’hystéroscopie diagnostique
(± biopsie d’endomètre). Parmi toutes les pathologies
évoquées, celle qui est le plus souvent méconnue
est l’adénomyose mineure ou superficielle.
•
rechercher un trouble de l’ovulation, à
type d’anovulation ou de dysovulation chronique avec insuffisance
lutéale.
•
éliminer un trouble de la coagulation : si la
prise d’anticoagulants (héparine, HBPM, antivitamines K)
ou une pathologie chronique (insuffisance hépato-cellulaire,
insuffisance rénale) sont facilement diagnostiquées, certains
troubles constitutionnels de l’hémostase peuvent ne se
révéler que tardivement, en particulier par des ménorragies
à l’âge adulte. La pathologie la plus fréquente
est la maladie de Willebrand, qu’il est indispensable d’éliminer
par un bilan d’hémostase et un dosage du facteur Willebrand.
Lorsque le
bilan étiologique s’avère négatif, on peut
parler de ménométrorragies « fonctionnelles ou essentielles
» : il s’agit donc de saignements avérés, chez
une patiente qui présente un utérus normal, sans pathologie
associée. Ce terme ne peut être retenu que par élimination.
En raison de l’extrême fréquence et du caractère
bénin de ces ménométrorragies, une escalade thérapeutique
doit être évitée le plus souvent possible. Le traitement
médical mérite d’être utilisé en première
intention, les traitements chirurgicaux conservateurs (endométrectomie
hystéroscopique, thermo-coagulation et procédés voisins)
ne devant vivrent que de son échec ; encore trop d’hystérectomies
sont indiquées « rapidement » pour des troubles hémorragiques
sans substratum anatomo-clinique (même si le diagnostic méconnu
d’adénomyose est parfois ainsi redressé). |
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Les
traitements médicaux
Moyens
disponibles
Plusieurs
classes thérapeutiques peuvent être utilisées en
cas de ménométrorragies « essentielles ».
Les
progestatifs
Ils peuvent
être prescrits en 2ème partie de cycle (J15-J25), de J10
à J25, ou de J5 à J25 si une action contraceptive est
par ailleurs souhaitée. Les produits les plus utilisés
en France dans cette indication sont les dérivés norprégnanes
(SURGESTONE®, LUTERAN®, LUTENYL®), alors que les anglo-saxons
font appel essentiellement à la noréthistérone
(PRIMOLUT-NOR®) et à l’acétate de médroxyprogestérone.
Le danazol (Danatrol)
Il s’agit
du dérivé d’un androgène de synthèse,
l’éthistérone. Il a un effet anti-oestrogénique,
anti-gonadotrope, et anabolisant à fortes doses. Il peut être
utilisé en continu ou 20 jours par mois. Ses effets secondaires,
liés à une activité androgénique marquée,
en limitent fortement l’emploi au long cours : acné, séborrhée,
hirsutisme, prise de poids, baisse de la libido, diminution du volume
des seins, hypertension artérielle, troubles métaboliques.
La pilule oestro-progestative
Ses indications
sont spécifiques dans ce contexte. Elle permet en particulier
une régularisation des règles chez les patientes qui présentent
des cycles anovulatoires. En cas de règles abondantes, une pilule
monophasique fortement dosée est recommandée par certains
auteurs. Après 40 ans, la pilule doit être dosée
à moins de 30 µg d’éthynil-oestradiol, en
respectant les contre-indications : tabagisme, facteur de risque vasculaire
surajouté.
Les antihémorragiques vasculo-protecteurs et les antifibrinolytiques
•
l’étamsylate (DICYNONE®) renforce la résistance
vasculaire par action directe sur l’endothélium et action
indirecte sur l’adhésivité plaquettaire.
•
l’acide tranexamique (EXACYL®, SPOTOF®) a une action anti-hémorragique
par inhibition de l’activité fibrinolytique de la plasmine
et par action frénatrice sur l’activation du système
du complément. Il est efficace dans les phénomènes
hémorragiques entretenus par la fibrinolyse locale (cas de ménométrorragies).
•
ces produits sont très bien tolérés, et connaissent
peu de contre-indications (antécédents thrombo-emboliques
artériels ou veineux et insuffisance rénale pour l’acide
tranexamique). Les 2 molécules sont souvent utilisées
en association.
Les
anti-inflammatoires non stéroïdiens
Ils ont
une action anti-prostaglandines. L’acide méfénamique
(PONSTYL®), les dérivés de l’acide propionique
(ketoprofène : PROFENID®), et l’indométacine
(INDOCID®) ont été les plus étudiés
en gynécologie. Les contre-indications sont celles de tous les
AINS, en particulier digestives (antécédent d’ulcère
gastro-duodénal ou d’hémorragie digestive, asthme,
insuffisance rénale). Les effets secondaires nombreux de AINS
sont contraignants dans le cadre d’un traitement de longue durée
: intolérance digestive (douleurs abdominales, nausées,
diarrhée), ulcères et hémorragies digestives, réactions
immuno-allergiques.
Efficacité
des différents traitements médicaux
Une
tendance très marquée en France est de prescrire souvent
en première intention des progestatifs, alors que leur efficacité
réelle dans cette indication n’a pas été
clairement établie.
Plusieurs
études randomisées ont comparé les différents
traitements médicaux. Il en ressort que l’acide tranexamique
est le produit qui offre le meilleur rapport efficacité –
effets indésirables. Il est plus efficace que le placebo, l’étamsylate,
les progestatifs en 2ème phase du cycle, et les AINS. Les progestatifs
en 2ème phase du cycle (J15-J25) ne sont supérieurs aux
autres traitements dans aucune étude.
Les
études sur les progestatifs prescrits 20 jours par mois ont été
menées avec la noréthistérone, qui s’est
révélée efficace, mais dont la tolérance
au long cours est aléatoire. Il est difficile d’en tirer
des conclusions pour les produits utilisés en France comme les
norprégnanes.
Le
danazol semble le produit le plus efficace, mais ses effets secondaires
sont trop nombreux pour en prôner la prescription en première
intention ou pour un traitement de longue durée.
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Le
stérilet au lévonorgestrel
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Le stérilet
au lévonorgestrel, commercialisé sous le nom de MIRENA®
52 mg dispositif intra-utérin, constitue une alternative nouvelle
et séduisante dans le traitement des ménométrorragies.
A la base, il s’agit une méthode contraceptive, qui présente
les avantages suivants :
•
l’action sur l’endomètre et la glaire cervicale,
qui ne repose pas sur une réaction inflammatoire, confère
au MIRENA® une efficacité contraceptive équivalente
ou supérieure à celle de la pilule oestro-progestative
(indice de Pearl = 0,09) ; le taux de grossesses extra-utérines
ne semble pas augmenté.
•
le MIRENA® présente les avantages habituels du stérilet
en matière d’observance du traitement.
•
sa durée d’action est de 5 ans, avec le retour à
une fertilité normale après retrait (ce qui a un intérêt
certes secondaire dans le traitement des ménométrorragies
des femmes de plus de 40 ans).
•
les effets systémiques sont réduits, en raison d’une
diffusion très faible du lévonorgestrel : le MIRENA®
n’est pas contre-indiqué chez les patientes obèses,
diabétiques, hypertendues, ou dyslipidémiques.
•
le MIRENA®, contrairement aux stérilets au cuivre, a un effet
bénéfique sur les dysménorrhées.
•
la réduction du volume des règles, qui dans un cas sur
dix peut aller jusqu’à l’aménorrhée
après un an de traitement, en fait toute la particularité.
Cette action, qui est parfois mal vécue chez les femmes jeunes
aux règles normales, devient un avantage thérapeutique
en cas de ménométrorragies.
Les contre-indications
du Mirena sont les suivantes : grossesse suspectée ou avérée,
infection génitale évolutive, néoplasie cervicale
ou utérine, affection hépatique aiguë ou tumeur du
foie, pathologie thrombo-embolique, hémorragie utérine
anormale non diagnostiquée.
Plusieurs
études « pilote » sur le Mirena ont été
menées chez des patientes qui présentaient des ménorragies.
La réduction du flux menstruel est en moyenne de 80% avec un
recul supérieur à un an ; en corollaire, il est noté
une hausse significative des taux d’hémoglobine et de ferritine.
Les études randomisées ont montré que le Mirena
était plus efficace que l’acide tranexamique et aussi efficace
que la noréthistérone prescrite 20 jours par mois. Les
résultats comparés à ceux de l’endométrectomie
sont voisins, mais les auteurs de ces études soulignent les avantages
du stérilet : geste non-opérateur dépendant, absence
de complications liées à l’anesthésie et
à l’hystéroscopie, technique réversible.
Les patientes porteuses d’un stérilet au lévonorgestrel
dans l’attente d’une hystérectomie pour ménorragies
renoncent à l’intervention dans environ 3/4 des cas, en
raison de l’efficacité du dispositif. Plus qu’une
alternative aux traitements médicaux et chirurgicaux, le Mirena
apparaît comme un traitement à part entière des
ménométrorragies fonctionnelles ; il permet de surcroît
une contraception sûre, à un âge où le choix
de la méthode contraceptive est délicat.
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Conclusion
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En présence
de ménométrorragies « essentielles »
avérées, le traitement médical doit être
prescrit avant de décider d’un geste chirurgical conservateur
utérin (thermo-coagulation ou techniques apparentées,
endométrectomie), ou a fortiori radical (hystérectomie).
En raison
de son efficacité et de son innocuité, la majorité
des publications souligne l’intérêt de l’acide
tranexamique (à la dose de 3 à 4 g/j). Les AINS sont indiqués
en cas de ménorragies avec dysménorrhée secondaire.
Si une contraception est nécessaire, il peut être fait
appel aux progestatifs (J5-J25) ou au stérilet au lévonorgestrel.
Les produits à forte activité androgénique ne devraient
être utilisés que pour des traitements de courte durée.
Docteur
Ludovic CRAVELLO
Hôpital de la Conception
Service du Pr. Blanc
147 Boulevard Baille
13005 MARSEILLE |
Bibliographie
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loss using a pictorial chart. Br J Obstet Gynaecol 1990 ; 97 : 734-9.
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