Thermocoagulation endométriale par ballonnet

Ludovic CRAVELLO
Les troubles hémorragiques du cycle menstruel représentent un motif fréquent de consultations gynécologiques. Une récente enquête de l’OMS sur l’abondance des règles rapporte une prévalence stable des ménorragies chez 20% des femmes interrogées dans 14 pays différents. Ces saignements menstruels excessifs peuvent présenter un caractère très invalidant, et limiter la vie active, sociale et familiale des femmes concernées. Ils sont une des étiologies des anémies par déficience en fer chez la femme.
Face aux traitements médicamenteux de longue durée plus ou moins adaptés, au traitement radical chirurgical par hystérectomie grévé d’une certaine morbidité, et face à l’endométrectomie hystéroscopique qui nécessite une formation spécifique de l’opérateur, la thermo-ablation ou thermocoagulation de l’endomètre par ballonnet intra-utérin représente une alternative séduisante dans le traitement des ménorragies.
Les travaux internationaux concernant cette nouvelle thérapeutique ont commencé aux Etats-Unis en 1988 avec Singer et Neuwith (1), suivi par Vilos au Canada en 1993. La technique que nous présentons consiste en une thermocoagulation de l’endomètre par un ballonnet intra-utérin (sonde UBT Gynecare).
Technique

Description du matériel

Le système de thermocoagulation qui utilise la sonde UBT Gynecare est un traitement spécifique des ménorragies fonctionnelles de la femme en effectuant une ablation thermique du revêtement endométrial de l’utérus. Le système consiste en un ballonnet de latex fixé à l’extrémité d’une sonde de 5mm de diamètre qui, une fois introduit dans l’utérus, est rempli avec 2 à 30 ml d’une solution liquidienne de glucosé à 5%. L’élément chauffant (électrode) est contenu dans l’extrémité distale de la sonde, à l’intérieur du ballonnet de latex ; il est maintenu à une température moyenne de 87°c pendant 8 minutes. Cette température est atteinte habituellement 30 secondes après le début de la procédure. Le chauffage de la solution liquidienne a pour effet d’entraîner une thermocoagulation du tissu endométrial au contact du ballonnet. La sonde est reliée à un moniteur de contrôle qui règle la température et la durée du cycle d’ablation, tout en surveillant la pression à l’intérieur du ballonnet. Celui-ci est rempli initialement avec le liquide jusqu'à l’obtention d’une pression d’environ 170 mmHg. Les éléments de sécurité sont intégrés dans l’appareil et permettent d’arrêter l’opération si la pression devait sortir d’une fourchette préétablie de 45 à 210 mmHg. De plus, si la température à l’intérieur du ballonnet devait dépasser 95°c, l’élément chauffant se couperait automatiquement et le cycle de chauffage serait arrêté. A la fin du cycle de 8 minutes, le liquide à l’intérieur du ballonnet est réaspiré dans une seringue et la sonde est délicatement retirée de l’utérus.

Conditions de réalisation

L'intervention se fait chez une patiente installée en position gynécologique après toilette vaginale. Elle peut s'effectuer sous anesthésie générale, loco-régionale, ou locale pure (2). Si la patiente n'a pas eu au préalable d'hystéroscopie diagnostique en externe, elle doit être faite le jour de la thermocoagulation ; nous conseillons de la faire suivre par un curetage biopsique ou une biopsie d'endomètre à la canule de Novak. L'introduction dans la cavité utérine de la sonde de thermocoagulation est le plus souvent facile ; elle s'apparente à l'introduction d'un hystéromètre ou d'un stérilet. Il est parfois nécessaire de procéder à une dilatation cervicale aux bougies (jusqu'à la bougie n°5). L'intervention s'effectue dans le cadre de la chirurgie ambulatoire ou d'une courte hospitalisation.

Le ballonnet de thermocoagulation
Critères de sélection des patientes

Ce traitement s’adresse à des femmes en pré-ménopause, sans désir de conserver une fertilité, sans antécédents de prémalignité utérine, qui présentent des ménorragies fonctionnelles. L’état général de ces patientes doit être satisfaisant. Le bilan préalable avant toute thermocoagulation doit comprendre :
- un frottis cervico-vaginal inférieur à 1 an ;
- une hystéroscopie diagnostique avec biopsie de l’endomètre afin d’éliminer une lésion maligne ou suspecte.

Bien entendu, le bilan pré-opératoire doit rechercher et éliminer une cause organique bénigne aux troubles hémorragiques du cycle (fibromes utérins, polypes de l'endomètre, adénomyose). Ces étiologies relèvent en effet le plus souvent d'un traitement spécifique distinct de la thermocoagulation.

Contre-indications à la thermocoagulation

Les contre-indications à la thermocoagulation doivent être connues de l'opérateur, car certaines lui sont spécifiques :

• l’allergie au latex car le ballonnet est en latex ;

• la présence de fibromes sous-muqueux ou polypes de l'endomètre, qui, en déformant la cavité utérine, peuvent gêner l’application uniforme du ballonnet chauffant contre la muqueuse utérine (les petits polypes ne sont pas une contre-indication formelle) ;

• les malformations de la cavité utérine, qui sont également responsables d'une mauvaise accommodation du ballonnet sur l’endomètre ;

• une infection utérine récente qui contre-indique toute manoeuvre intra-utérine ;

• une hystérométrie inférieure à 6 cm, car le ballonnet ne peut pas être gonflé correctement dans la cavité utérine, mais également une hystérométrie supérieure à 12 cm qui représente un volume utérin supérieur à la capacité maximale du ballonnet.

Complications

Les complications de la thermocoagulation sont très rares. Parmi les complications possibles, citons :

• en per-opératoire : la perforation utérine lors de la dilatation aux bougies ou lors de l'introduction de la sonde (il s'agit d'une perforation avec un matériel inerte, qui est le plus souvent sans conséquence, mais contre-indique la poursuite de la procédure de thermocoagulation) ; la rupture du ballonnet en cours de procédure avec issue de liquide à 87° et risque de brûlure vaginale et vulvaire (mais la quantité de liquide susceptible de s'échapper est très faible, de l'ordre de quelques ml).

• en post-opératoire : l'endométrite, la dysménorrhée par hématométrie à la suite d'une sténose cervicale (3,4).

Dans certains cas, il peut exister pendant quelques jours un écoulement liquidien clair ; cette hydrorrhée s'explique par la brûlure tissulaire provoquée par la thermocoagulation.

Résultats

La thermocoagulation est un traitement conservateur ; elle expose donc potentiellement à un risque de récidive des ménorragies, parfois à l'origine d'une nouveau geste chirurgical (hystérectomie secondaire ou hystéroscopie opératoire).

L'étude internationale multicentrique d'Amso a retrouvé 96% de bons résultats fonctionnels à 2 ans chez près de 300 patientes (5). Ces résultats favorables sur les ménorragies ont été confirmés par une étude française multicentrique (91% de bons résultats, dans 5 centres hospitalo-universitaires).

La thermocoagulation se veut une alternative (moins invasive) aux autres traitements destructeurs de l’endomètre effectués par voie hystéroscopique, comme l'endométrectomie. Il était donc logique de comparer ces 2 principes thérapeutiques.

• Meyer a réalisé une étude randomisée chez 239 patientes (6). Avec un suivi à 12 mois, les pourcentages de bons résultats ont été les suivants : thermocoagulation : 85,6%, versus coagulation endométriale à la roller ball : 86,7%.

• De même Gervaise (7), dans une étude randomisée portant sur 147 patientes a retrouvé à 12 mois : thermocoagulation : 83% de bons résultats, versus résection d’endomètre : 76,3%.

Parmi les causes d'échec possibles de la thermocoagulation, les principales sont les fibromes utérins et l'adénomyose.

• En effet, la présence de fibromes, quelque soit leur localisation, peut expliquer l’échec du traitement par thermocoagulation qui ne traite que l’endomètre.

• En ce qui concerne l’adénomyose, l’échec est également compréhensible car les lésions d’adénomyose se situent parfois profondément dans le muscle utérin, or la coagulation effectuée par le ballonnet ne s’effectue que sur l’endomètre, avec une profondeur maximale de la brûlure estimée à 4 mm.

Conclusion

La thermocoagulation endométriale par ballonnet intra-utérin est une alternative fiable et efficace dans le traitement des ménométrorragies. Cette technique est reproductible, rapide, réalisable sans difficulté technique particulière et sans apprentissage long de la méthode. De surcroît, elle présente un intérêt économique, son coût étant inférieur à toute autre technique (traitement progestatif au long court, hystérectomie, endométrectomie). La thermocoagulation, si les indications et les contre-indications sont bien respectées, est une technique de choix dans l’arsenal des thérapeutiques conservatrices des ménorragies. Son caractère peu invasif pour la patiente doit être souligné.

Docteur Ludovic CRAVELLO
Hôpital Conception
Service du Professeur BLANC
147 Boulevard Baille
13005 MARSEILLE

Bibliographie
  1. Singer A, Almenza R, Gutierrez A, Haber G, Bolduc LR, Neuwirth R. Preliminary clinical experience with a thermal balloon endometrial ablation method to treat menorrhagia. Obstet Gynecol. 1994 May;83(5 Pt 1):732-4.
  2. Fernandez H, Capella S, Audibert F. Uterine thermal balloon therapy under local anaesthesia for the treatment of menorrhagia: a pilot study. Hum Reprod. 1997 Nov;12(11):2511-4.
  3. Vilos GA, Fortin C, Sanders B, Pendley L, Mc Coll M. Uterine Balloon Therapy for the Treatment of Menorrhagia J Am Assoc Gynecol Laparosc. 1996 Aug;3(4, Supplement):S54.
  4. Hubert SR, Marcus PS, Rothenberg JM, Schilder JM, Hurd WW. Hematometra after thermal balloon endometrial ablation in a patient with cervical incompetence. J Laparoendosc Adv Surg Tech A. 2001 Oct;11(5):311-3.
  5. Amso NN, Stabonski SA, Mc Faul P, Blanc B, Pendley L, Neuwirth R. Uterine thermal balloon therapy for the treatment of menorrhagia: the first 300 patients from a multi-centre study. International Collaborative Uterine Thermal Balloon Working Group. Br J Obstet Gynaecol. 1998 May;105(5):517-23.
  6. Meyer WR, Walsh BW, Grainger DA, Peacock LM, Loffer FD, Steege JF. Thermal balloon and rollerball ablation to treat menorrhagia: a multicenter comparison. Obstet Gynecol. 1998 Jul;92(1):98-103.
  7. Gervaise A, Fernandez H, Capella-Allouc S, Taylor S, Vieille SL, Hamou J, Gomel V. Thermal balloon ablation versus endometrial resection for the treatment of abnormal uterine bleeding. Hum Reprod. 1999 Nov;14(11):2743-7.

MOTS-CLES : Ménorragies - Hémorragies - Ménométrorragies - Thermocoagulation - Ballonnet - Endomètre - CRAVELLO L.