| Quid
de la polémique actuelle sur les oestroprogestatifs et leurs effets
carcinogènes ?
Réponse
du Docteur Christian JAMIN
Le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer) est une émanation
de l’OMS basée à Lyon. Cet organisme a procédé
à une évaluation des risques carcinogènes induits
par les progestatifs, et a donné des conclusions qui ont un certain
retentissement au mois d’août 2005.
Le CIRC est
composé de 21 scientifiques appartenant à 8 pays. Leurs
conclusions ont été « lâchées »
dans la presse avant d’être transmises aux professionnels
de la santé, très mauvaise habitude qui tend à se
généraliser, les médias étant apparemment
plus importantes que les spécialistes ! Les médias ont encore
une fois dramatisé à souhait les conclusions, puisque l’on
peut lire dans l’Humanité : « prendre la pilule peut
nuire gravement à la santé », le Figaro, rarement
en reste dans le mauvais goût, titre « la pilule officiellement
classée cancérigène », le Parisien : «
les traitements hormonaux plus que jamais sur la sellette » etc…
Seul un article du Lancet daté du 10 août donne une note
un peu plus sérieuse.
On doit donc
se baser sur le communiqué de presse du 21 juillet 2005 qui rappelons-le
n’a aucun caractère scientifique : il s’agit de vérités
assénées sans que soient fournies les données bibliographiques
ayant permis d’arriver à de telles conclusions. Le communiqué
de presse est relativement modéré quand on le lit attentivement
: il est dit en effet que les risques et bénéfices globaux
doivent être soigneusement pesés, ce qui est bien le minimum
!
•
En ce qui concerne le risque de cancer du sein, il
semble que les auteurs se soient reportés à la méta-analyse
du Lancet qui est loin de faire autorité en la matière,
puisque les méta-analyses se suivent et ne se ressemblent pas,
et que l’augmentation du risque de cancer du sein sous œstroprogestatifs
est encore aujourd’hui très largement sujette à
caution (biais d’inclusion, biais de surveillance des femmes,
grande variabilité des résultats, et enfin niveau de risque
trop faibles pour que des études d’observation soient concluantes).
•
Pour le cancer du col on sait qu’il est lié
à un virus oncogène. La question est de savoir si les
estroprogestatifs potentialisent les effets carcinologiques de certains
virus HPV, sachant que les femmes qui prennent la pilule ont bien évidemment
des rapports plus fréquents avec des partenaires plus variés
et à des âges plus précoces : il est donc bien difficile
de se faire une opinion.
•
Quand à l’augmentation annoncée des cancers
du foie, là encore le sujet est très discutable
puisque les cancers du foie dont il est question sont ceux en rapport
avec les hépatites B et C. Lorsque l’on remet en perspective
le nombre plus important des partenaires des femmes qui prennent la
pilule par rapport à celles qui ne la prennent pas, on peut se
poser la question là encore légitime de savoir s’il
s’agit d’une modification du mode de vie ou d’un effet
direct contraceptif.
Il est tout
de même admis dans ce rapport que la pilule diminue de manière
très forte et durée dépendante le cancer de l’ovaire
qui reste la première cause mortalité par cancer gynécologique
chez la femme jeune, et qu’elle diminue également le cancer
de l’endomètre, ce qui a certainement moins de conséquences
puisqu’il s’agit d’un cancer plus tardif.
Il ne faut pas oublier que la pilule, contraceptive, diminue le nombre
des grossesses involontaires. Outre les complications liées aux
avortements et aux grossesses non désirées, ces mêmes
grossesses non menées à terme ont elles-mêmes des
conséquences hormonales qui ne sont certainement pas très
éloignées de celles induites par la contraception orale.
Nous ne reviendrons pas ici sur tous les bénéfices non contraceptifs
de la pilule. On ne peut être qu’atterré de voir des
informations sorties ainsi de leur contexte sans aucune évaluation
globale des bénéfices et des inconvénients de cette
contraception.
Par ailleurs
le rapport s’intéresse également aux traitements œstroprogestatifs
donnés en post-ménopause : nous ne reviendrons pas ici sur
les discussions encore en cours sur l’augmentation du risque de
cancer du sein sous THS, avec quel traitement, quel progestatif, et à
quel âge ? Le sujet reste encore largement débattu.
Les conséquences de l’arrêt du THS sont, au moins à
court terme, moins importantes que celles liées à l’arrêt
de la contraception orale.
Nous ne pouvons qu’espérer que les femmes seront suffisamment
sages pour ne pas interrompre brutalement leur contraception et dans un
deuxième temps demander à leur médecin des médicaments
à visée abortive pour lesquels on commence à voir
apparaître quelques accidents, en particulier aux Etats-Unis où
leur commercialisation semble actuellement remise en question. Ceci relevant
certainement de la même idéologie |