Thyroïde et ménopause

Michel HAUTECOUVERTURE

Les liens unissant pathologie thyroïdienne et ménopause sont de nature épidémiologique et concernent l'insuffisance thyroïdienne (d'origine primitivement thyroïdienne).

Il n'y a aucun rapport de causalité entre ménopause et insuffisance thyroïdienne mais un simple rapport de fréquence. Son intérêt réside dans la relative difficulté d'un diagnostic car la symptomatologie propre de la situation ménopausique prête à confusion et la fréquence de l'insuffisance thyroïdienne à partir de cet âge est un véritable problème de santé publique.

Fréquence et manifestations cliniques de l'hypothyroïdie d'origine basse

La fréquence globale dans la population générale est estimée à 3 % de la partie masculine et 7.5 %, soit plus du double, de la partie féminine de cette population.
La prévalence de l'affection s'accroît avec l'âge atteignant 10 % au delà de 65 ans.
Les principaux signes cliniques sont regroupés dans le tableau suivant par décroissance des spécificités comparativement à leur sensibilité.

Symptômes cliniques de l'hypothyroïdie

  SPECIFICITE EN % SENSIBILITE EN %
Lenteur (motrice) 98 36
Hypoacousie 97 22
Infiltration 96 60
Raucité de la voix 87 34
Sudation diminuée 86 54
Constipation 85 48
Paresthésies 82 52
Peau froide 80 50
Prise pondérale (modeste) 77 54
Frilosité 65 64
Sécheresse de la peau 63 76

Une absence de parallélisme entre spécificité et sensibilité apparaît donc nettement. De plus, l'apparition de l'ensemble de ces manifestations cliniques est lente, voire très lente et risque donc de ne pas attirer l'attention surtout en période ménopausique où un certain nombre de plaintes sont facilement rapportées à ce dernier événement.
Diagnostic

Si la ménopause ne pose pratiquement pas de problème diagnostic, tout le monde connaît en plus les symptômes (plaintes rapportées à cette dernière situation) à savoir : une lassitude générale, un manque d'entrain et d'envie d'entreprendre, une relative sécheresse de la peau et des muqueuses, une chevelure qui peut se raréfier et qui est faite de cheveux cassants, manquant de souplesse, des ongles parfois de mauvaise qualité, un engourdissement musculaire diffus, une sensation de malaise indéfinissable avec gonflement, des modifications pondérales.

Au total, le seul problème ici est d'avoir en permanence à l'esprit la possibilité d'une insuffisance thyroïdienne et de ne pas hésiter à avoir le réflexe facile et peu coûteux d'un seul dosage biologique utile à savoir la détermination d'une TSH plasmatique.

Son élévation au delà de la norme supérieure du laboratoire suffit à déclencher l'enquête que résume l'arbre suivant :

Deux points importants en pratique clinique restent à signaler en période ménopausique à l'égard de l'insuffisance thyroïdienne

Premier point biologique

Il faut ne pas attribuer à la seule ménopause, un cholestérol total sanguin qui s'élève ou que l'on constate élevé pour la première fois alors que ce peut être là le signe biologique révélateur d'une insuffisance thyroïdienne d'origine basse.

Point clinique

Il ne faut pas faire espérer à une patiente qui accuse une modification pondérale dans le sens soit d'une prise pondérale soit d'une modification de sa morphologie, que le traitement adapté de l'insuffisance thyroïdienne découverte par opothérapie substitutive définitive règlera ce problème car elle serait, à juste titre, déçue.

Il n'y a en pratique pas de rapport simple entre prise pondérale VRAIE (c'est à dire excès de tissu adipeux) et insuffisance thyroïdienne.

Docteur Michel HAUTECOUVERTURE
185 rue Raymond Losserand
75674 PARIS CEDEX 14


MOTS-CLES : Thyroïde - Hypothyroïdie - TSH - T3 - T4 - Ménopause - Poids - HAUTECOUVERTURE M.