Traitement hormonal des hyperandrogénies

Evelyne DRAPIER-FAURE
Le traitement hormonal des hyperandrogénies est représenté par l'utilisation d'anti-androgènes.
Le contexte clinique

Les hyperandrogénies se traduisent par des signes cliniques variés : anomalies du cycle, troubles métaboliques et obésité, signes dermatologiques. Ceux-ci sont souvent à l'origine en fait de la découverte d'une hyperandrogénie. Il s'agit essentiellement de l'hirsutisme, mais également de certaines acnés sévères et de l'alopécie dite alopécie androgéno-génétique.

Les causes de ces hyperandrogénies sont multiples :

• les tumeurs ovariennes surrénaliennes sont exceptionnelles, de même un syndrome de Cushing.

• le plus souvent il s'agit d'une hyperandrogénie fonctionnelle d'origine ovarienne (OMPK) ou surrénalienne (déficit dit partiel en 21 OH) ou d'un hyperandrogénisme cutané périphérique (hirsutisme idiopathique).

Quelle que soit la cause, le traitement hormonal de ces hyperandrogénies est le même, en dehors du traitement d'une tumeur ou d'un Cushing.

Le traitement hormonal est de plus identique qu'il s'agisse de l'hirsutisme, de l'alopécie ou même des acnés sévères. Cette prise en charge hormonale doit être accompagnée d'autres mesures thérapeutiques, en fonction de la scène clinique. Il s'agit :

• en cas d'hirsutisme : des différentes techniques d'épilation (voir fiche hyperpilosités)

• en cas d'acné : des traitements anti-acnéiques par voie topique ou par voie orale

• en cas d'alopécie : applications de minoxidil, prise de fer, d'aminoacides, de vitamines B5, voire de chirurgie d'implantation

Le diagnostic d'OMPK nécessite une prise en charge globale pour prévenir les complications métaboliques et les maladies cardiovasculaires à long terme, mais aussi le risque de cancer de l'endomètre et bien sûr l'infertilité.

Les anti-androgènes

Mécanisme d'action

Ce sont des molécules qui inhibent directement de façon compétitive la liaison de la DHT aux récepteurs aux androgènes.(Figure 1). Sont utilisés l'acétate de cyprotérone et la spironolactone. Ces deux anti-androgènes sont de structure stéroïdienne et sont dénommés anti-androgènes « impurs » car ils possèdent d'autres activités hormonales.

FIGURE 1
MECANISMES D'ACTION DES ANTIANDROGENES ET DU FINASTERIDE

L'acétate de cyprotérone (C.P.A.), progestatif le plus puissant de la classe des 17 OH progestérone, est le seul anti-androgène à être aussi anti-gonadotrope. Il diminue donc les taux circulants d'androgènes. A fortes doses, et en prise au long cours, il freine certaines enzymes de la stéroïdogenèse surrénalienne.

La spironolactone (ALDACTONE® cp à 50 mg), de structure voisine de celle de la progestérone, se lie préférentiellement aux récepteurs minéralo-corticoïdes, mais aussi aux récepteurs à la progestérone et aux récepteurs aux androgènes. Elle n'a pas d'effet anti-gonadotrope.

Le flutamide, de structure non stéroïdienne, est un anti-androgène « pur » car il ne possède aucune activité hormonale. Il n'est pas anti-gonadotrope. Sa toxicité hépatique explique sa non utilisation dans le traitement des hyperandrogénies hors quelques essais cliniques.

Le finastéride n'est pas un anti-androgène au sens strict, puisqu'il n'agit pas par compétition au niveau du récepteur aux androgènes. Il inhibe la 5 a réductase, donc empêche la transformation de la testostérone en DHT (l'hormone active). Il n'est pas anti-gonadotrope. Le finastéride n'a pas été utilisé dans l'hirsutisme hors quelques essais cliniques. Il est inefficace dans l'alopécie féminine post-ménopausique androgéno-génétique. Il a une AMM en France uniquement pour l'alopécie masculine.

L'acétate de cyprotérone en pratique

Schémas de prescription

Les habitudes de prescription ont évolué depuis le schéma initial d'Hammerstein (figure 2). Le schéma le plus utilisé actuellement est simple et facilite donc l'observance quelque soit l'âge de la patiente. On associe, chaque jour, et ceci 20 jours sur 28, un comprimé d'Androcur®, 50 mg à un estrogène naturel. Le choix de la voie d'administration de l'estrogène dépendra de l'état métabolique et/ou de la préférence de la patiente. Le début du traitement se fera le premier jour des règles (déclenchées éventuellement par un progestatif). L'arrêt n'exédera jamais huit jours même s'il y a aménorrhée, ceci afin d'assurer l'efficacité contraceptive. Cette précaution devra être mentionnée sur chaque ordonnance. L'Androcur®, est le seul anti-androgène a avoir l'AMM en France pour «hirsutisme sévère». Toute prescription dans l'alopécie ou l'acné doit se faire hors AMM donc non remboursable.

FIGURE 2
LES DIFFERENTS PROTOCOLES FAISANT APPEL À L'ANDROCUR®
POUR TRAITER LES HYPERANDROGENIES

Tolérance

L'effet secondaire le plus fréquent est représenté par les troubles du cycle. Une information de la patiente est nécessaire pour éviter l'arrêt du traitement. Ces troubles du cycle existent dans 60 % des cas, aménorrhée ou oligoménorrhée permanente ou intermittente. Plus rarement, spottings d'intensité variable. Le CPA entraîne une atrophie endométriale dose et femme dépendante. Si les troubles du cycle ne peuvent être acceptés psychologiquement, et si l'état métabolique de la patiente le permet, on peut prescrire Diane 35®, associée les quinze premiers comprimés à Androcur®, (1/2 à 1 comprimé). La contraception est alors assurée par Diane ce qui permet de moduler la dose d'Androcur®. La prise d'Androcur® limitée à 15 jours permet à son effet rémanent de sept jours de s'estomper au moment de la venue des hémorragies de privation.

Les autres effets secondaires sont rares : diminution de la libido, modifications du « bilan » hépatique à très hautes doses.
En fait la tolérance métabolique de l'Androcur® administré au long cours à la dose de 1 comprimé par jour est excellente comme le démontre l'étude de Van Wayden. Contrairement aux idées reçues, la prise de poids est exceptionnelle (fait bien démontré dans deux études celle de Vexiau et celle de Van Wayden).

La spironolactone en pratique

Schéma de prescription

La non commercialisation du CPA aux USA y explique l'utilisation exclusive de la spironolactone. La dose efficace semble être au moins de 100 mg/jour (mais des doses de 150 à 200 sont parfois utilisées aux USA). La spironolactone entraîne des troubles du cycle par insuffisance lutéale ; on lui associe donc un progestatif non androgénique 10 jours par mois, ou un estro-progestatif si une contraception est souhaitée.

Tolérance

Outre les troubles du cycle, la spironolactone peut entraîner des nausées, une asthénie et une pollakiurie. Ces effets secondaires sont en fait rares, à la dose de 100 mg/jour. Ils sont variables d'une patiente à l'autre. Un effet tératogène n'a été décrit qu'à très forte dose (400 mg/jour) ce qui explique que la contraception ne soit pas obligatoire.

Indications

La spironolactone est particulièrement utile dans toutes les situations où les estrogènes, même naturels, sont contre-indiqués. Elle peut être intéressante aussi chez la très jeune adolescente. Suivant les habitudes du prescripteur ses indications peuvent être les mêmes que celle de l'acétate de cyprotérone.

L'efficacité

Deux études, celle de Fruzzetti ­ 1990 et celle de Venturoli ­ 1999, montrent une efficacité à peu près identique pour tous les anti-androgènes : spironolactone, flutamide, finastéride. Dans ces études, l'efficacité de l'acétate de cyprotérone semble supérieure sans toutefois atteindre la significativité mais la méthodologie de toutes ces études est très discutable, en particulier les effectifs sont très petits.
Le traitement par anti-androgène doit être un traitement au long cours. L'étude de Yüecelten 1999 montre bien le retour à l'état initial de l'hirsutisme un an après l'arrêt des anti-androgènes quelqu'ils soient.

Conclusion

• Hirsutisme et alopécie relèvent exclusivement des anti-androgènes

• Ces anti-androgènes sont efficaces quelque soit l'étiologie des signes d'hyperandrogénie

• Leur efficacité varie avec le symptôme et son intensité : très bonne en cas d'hirsutisme sévère, médiocre si simple duvet et en cas d'alopécie. Les anti-androgènes stabilisent la chute des cheveux mais ne les font pas repousser

• Le traitement hormonal de l'acné dépendra du désir ou non de contraception et du type d'acné. Dans les acnés modérés, les estro-progestatifs suffisent associés à d'autres anti-acnéïques. En fait, seul Diane 35, a l'AMM pour le traitement de l'acné. Les acnés sévères, inflammatoires, récidivantes relèvent soit des anti-androgènes (prescription hors AMM) soit du Roaccutane®.

Docteur Evelyne DRAPIER-FAURE
Hôpital Edouard Herriot
Place d'Arsonval
69003 LYON

Bibliographie

REVUES GENERALES

  1. Les Hyperandrogénies. Reproduction humaine et hormones 1998, XI, N°1
  2. Dystrophies micropolykystiques des ovaires. Reproduction humaine et hormones 2001, XIV, N°3

ARTICLES

  1. Fruzzetti F., Bensi C., Parrini D., Ricci C., Genazzani A.R. Treatment of hirsutism : comparaisons between different antiandrogens with central and peripheral effects. Fertil. Steril. 1999, 71, 445-451
  2. Van Wayjen R.G.A., Van den Ende A. Experience in the long term treatment of patients with hirsutism and/or acne with cyproterone acetate ­ containing preparations : efficacy, metabolic and endocrine effects. Exp. Clin. Endocrinol. 1995, 103, 241-51
  3. Vexiau P, Fiet J., Conard J. et coll. 17 b estradiol : oral or parenteral administration in hyperandrogenic women ? Metabolic tolerance in association with cyproterone acetate. Fertil. Steril. 1995, 63, 508 ­ 13
  4. Yucelten D., Erenus M., Gurbuz O. et coll. Recurrence rate of hirsutism after 3 different antiandrogen therapies. J. Am. Acad. Dermatol. 1999, 41, 64-8

MOTS-CLES : Hyperandrogénie - Pilosité - Virilisation - Acné - Alopécie - SOPK - OPK - Cyprotérone - Androcur® - Spironolatone - Aldactone® - Acétate de cyprotérone - Drapier-Faure